NATIONS UNIES, 2 mai (IPS) – Les nations en développement du monde continuent de rester à la traîne des pays industrialisés dans l'égalité de genre et la délégation de responsabilité aux femmes, selon un nouveau rapport des Nations Unies, rendu public à New York.
Intitulé 'Progrès des femmes du Monde en 2002', l'étude indique que seuls trois des 133 nations en développement – Argentine, Costa Rica et Afrique du Sud – ont fait des progrès significatifs dans l'élévation du statut des femmes.
Publié par le Fonds des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), le rapport met le manque de progrès sur le compte de plusieurs facteurs, au nombre desquels la pauvreté, la globalisation économique, l'analphabétisme et l'incapacité de la communauté internationale à honorer ses promesses d'assister les nations pauvres.
"La pauvreté est un obstacle critique à l'accès des femmes à l'éducation, à leur émancipation économique et à leur participation politique", a indiqué Noeleen Heyzer, directrice exécutive de l'UNIFEM, à IPS.
Dans un monde de la globalisation, la féminisation de la pauvreté est un frein continuel à l'avancée des pays pauvres dans chaque aspect du développement, y compris l'égalité de genre, a-t-elle ajouté.
"Comme les gouvernements sont obligés de réduire les dépenses pour des services tels que l'éducation, les soins de santé, le transport – par souci d'ajustement structurel et de libéralisation du marché – ce sont les femmes qui portent le poids, en tant que travailleuses non rémunérées du ménage.
L'un des Objectifs de développement du millénaire, adoptés par des dirigeants politiques du monde à une session spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre 2000, lance un appel à "la suppression de la disparité de genre dans l'éducation primaire et secondaire, de préférence d'ici à 2005, et à tous les niveaux d'ici à 2015".
Mais la démarche visant à atteindre ces objectifs, a souligné Heyzer, "nous devons tenir toutes les nations pour responsables, pas seulement les nations en développement".
"C'est clair que dans les nations les plus pauvres, les femmes auront besoin du soutien d'un système international plus juste pour parvenir à l'égalité et l'émancipation de genre", indique l'étude.
Heyzer a fait remarquer que l'évaluation du progrès effectué vers l'égalité de genre requiert une compréhension du contexte mondial actuel : globalisation économique, fragmentation nationale, conflits militaires et maladies comme le VIH/SIDA – "tous avec des conséquences majeures pour la vie des femmes".
Selon l'étude, les mêmes sept pays d'Europe du nord, qui ont enregistré la plupart des exploits de genre en 2000 – la Suède, le Danemark, la Finlande, la Norvège, l'Islande, les Pays-Bas et l'Allemagne – étaient encore en tête en 2002.
Leurs réussites sont attribuées principalement à la forte volonté politique des gouvernements successifs à atteindre la parité et l'émancipation de genre, ainsi que de forts taux d'alphabétisation et d'avancement économique.
L'Afrique du Sud, qui était la première nation en développement en 2000, a été rejointe par l'Argentine et le Costa Rica, notamment à cause d'importantes augmentations du quota de sièges des femmes au parlement dans ces deux pays.
Actuellement, la part de sièges des femmes aux Etats-Unis est de 12 pour cent et de 11,8 pour cent en France. Mais près de 38 nations en développement ont un quota plus élevé, souligne l'étude, mentionnant 25,7 pour cent au Rwanda et 20,7 pour cent au Nicaragua.
Mais en Argentine, la récente crise financière et sociale a jeté la vie de presque tout le monde dans le désarroi, touchant gravement les femmes, ajoute-t-il. "Leurs salaires ont baissé, leurs taux de chômage ont augmenté et leur pauvreté s'est aggravée", selon le rapport.
L'étude indique que malgré les engagements pris à plusieurs conférences des Nations Unies depuis 1992, il y a très peu d'autres progrès vers l'égalité de genre et la délégation de responsabilité aux femmes dans des nations plus pauvres.
"Les plus grandes améliorations sont survenues dans le quota des sièges des femmes au parlement parce que cela peut être changé rapidement dans un court laps de temps", affirme l'étude.
Puisque les changements dans l'alphabétisation, l'éducation et l'emploi sont rarement aussi spectaculaires dans un laps de temps aussi court, ils nécessitent de réformes généralisés dans des structures économiques et culturelles, soutient le rapport.
L'une des conclusions clé dans le rapport est que quelque 140 millions de jeunes dans le monde sont analphabètes, et que plus de la moitié, environ 86 millions, sont de jeunes femmes.
Par ailleurs, nombre des femmes les plus pauvres dans le monde sont employées dans l'agriculture ou la fabrique "informelle" et les services, et leur travail est largement ignoré dans des statistiques sur l'emploi.
"Ce qui est indispensable à l'élimination de la pauvreté féminisée et au progrès sur l'égalité de genre, c'est que les gouvernements reconnaissent et apprécient partout la valeur du travail des femmes", a déclaré Heyzer.
La bonne nouvelle est qu'une majorité de pays ont atteint l'égalité de genre dans l'éducation secondaire ou ont plus de filles que de garçons inscrits au cours secondaire.
Heyzer a ajouté qu'aussi bien les Etats-Unis que la communauté internationale doivent continuer à honorer les promesses en faveur de l'égalité de genre, faites aux conférences internationales des années 90.
"Nous avons une nouvelle opportunité avec l'accord de tous les 189 nations sur les Objectifs de développement du millénaire, dont l'un est de promouvoir l'égalité des femmes et de déléguer des responsabilités aux femmes".
"Afin de réaliser cela, qui est critique non seulement en tant qu'objectif en soi, mais nécessaire aussi pour la réalisation de tous les autres objectifs, nous devons tenir toutes les nations pour responsables, et pas seulement les nations en développement".
***** +UNIFEM (http://www.unifem.org) +Banque mondiale (http://www.worldbank.org/gender/index.htm)

