SANTE-AFRIQUE DU SUD: Un insecticide interdit réutilisé pour éradiquer lepaludisme

JOHANNESBURG, 29 avr (IPS) – Le gouvernement sud-africain reste attaché à l'utilisation du pesticide DDT pour enrayer la propagation du paludisme, une maladie mortelle transmise par des moustiques.

L'utilisation du DDT pour éliminer les moustiques est controversée puisque le pesticide est interdit dans plusieurs pays à travers le monde, étant perçu comme un polluant organique persistant qui dégrade l'environnement pendant longtemps.

Son utilisation pour détruire les moustiques en Afrique du Sud a été découragée au cours des dix dernières années, mais il a été utilisé de nouveau pour supprimer les insectes nuisibles après une augmentation du nombre de cas de paludisme dans le pays.

"Il y a eu des points de vue variés au sein de différents groupes sur ….

les défis qui apparaissent avec l'introduction du DDT servant à la pulvérisation. Nous avons toujours souligné que notre approche est influencée par la nécessité et le besoin de sauver des vies. Nos résultats parlent d'eux-mêmes. Notre programme a été salué comme un succès par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et nos interventions d'éradication du paludisme sont en train d'être utilisées comme un modèle à suivre pour d'autres pays", a déclaré le ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, au lancement de la Campagne pour la course contre le paludisme, plus tôt ce mois. La course contre le paludisme est une campagne pour élever les niveaux de prise de conscience du public sur la maladie au sein du public en Afrique australe. Des équipes de course automobile venant des pays de la région se sont rendues en Tanzanie, et sont arrivées le 25 avril, Journée africaine de lutte contre le paludisme.

La Journée africaine de lutte contre le paludisme a été adoptée par 44 Etats africains où le paludisme est endémique. Dans une déclaration adoptée à Abuja, au Nigeria, en 2000, ils se sont engagés à réduire la morbidité et la mortalité liées au paludisme de 50 pour cent d'ici à 2010.

Les statistiques mondiales sur le paludisme sont terrifiantes. On estime qu'il y a un million de décès – environ 3.000 morts par jour – dus au paludisme par an. Près de 90 pour cent surviennent en Afrique, principalement parmi les femmes et les enfants.

En Afrique australe seule, entre 19 et 21 millions de cas de paludisme sont rapportés annuellement, entraînant entre 300.000 et 500.000 décès chaque année. Cette calamité humaine massive – qui est particulièrement tragique parce que le paludisme peut être prévenu et traité – constitue également un frein énorme au développement économique et social de la région. L'argent, qui pourrait être utilisé pour des programmes économiques et sociaux, est continuellement détourné pour faire face à la maladie, tandis que les ressources humaines des pays souffrent d'une dévastation constante.

S'exprimant au lancement de la Course de la campagne contre le paludisme, le président sud-africain, Thabo Mbeki, a déclaré : "Les experts ont prévenu que l'un des problèmes fondamentaux auxquels nous sommes confrontés avec l'éradication du paludisme est le manque de ressources – financières et matérielles – et l'absence de prise de conscience de la communauté à propos du paludisme".

Certaines autorités sanitaires africaines ont obtenu un succès significatif dans leurs efforts pour réduire l'incidence du paludisme – avec l'utilisation du DDT qui est un moyen relativement rentable d'enrayer les moustiques et la propagation du paludisme.

Comme une partie de l'Initiative de développement spatial Lubombo (LSDI) – un programme de développement économique et social qui s'étend à l'est du Swaziland, au sud du Mozambique et à la côte nord-est de l'Afrique du Sud – le pesticide a été utilisé pour réduire efficacement l'incidence du paludisme.

Selon Tshabalala-Msimang, le projet d'éradication du paludisme du LSDI a réduit le nombre de cas de la maladie de 40 pour cent en 2001 et de 70 pour cent en 2002. Les pourcentages ont été calculés sur une base de nombres de cas de paludisme rapportés au LSDI en 2000.

Le comité national de l'Union internationale de conservation (IUCN) en Afrique du Sud n'est pas opposé à l'utilisation du DDT pour détruire les moustiques. "Nous croyons qu'une exception peut être faite pour permettre l'utilisation du DDT puisqu'il n'y aucun autre moyen efficace d'éradiquer le paludisme à l'heure actuelle. Cette exception est également contenue dans la Convention sur les polluants organiques persistants, parrainée par l'ONU que l'Afrique du Sud a signée", affirme le coordonnateur du l'IUCN d'Afrique du Sud, Saliem Fakir.

"Notre approche est pragmatique, notamment lorsque vous regardez le coût du paludisme sur la santé et les moyens de subsistance des populations", explique-t-il.

Selon Fakir, la recherche conduite par son organisation montre que l'impact du pesticide sur l'environnement peut être limité s'il est appliqué avec précaution. Par exemple, l'eau servant à laver les habits et l'équipement contaminés par le pesticide, peut être réutilisée et isolée de l'environnement. Le pesticide ne devrait également pas être utilisé dans l'agriculture à grande échelle et devrait être gardé éloigné de la chaîne alimentaire, autant que possible.

"Il y a eu des débats", affirme Fakir, "mais le consensus majoritaire au sein des organisations environnementales est que l'utilisation du DDT est nécessaire".