MAPEH, Sierra Leone, 28 avr (IPS) – "J'ai traversé la frontière pour me rendre en Sierra Leone au plus fort de la bataille dans le comté de Cape Mount dans le nord-ouest du Liberia", déclare le major Wilfred Parson des Forces armées du Liberia (AFL).
Parson est l'officier le plus haut gradé de l'armée régulière, AFL, à avoir déserté sa zone d'opération et à fuir la ligne de front des combats.
"Je n'ai ni l'intention de retourner combattre ni de repartir au Liberia au moment où la guerre fait toujours rage entre les forces gouvernementales et les rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD)", affirme-t-il.
Les combattants déserteurs sont maintenant dans un camp d'internement à Mapeh, dans le district provincial de Port Loko dans le nord, à quelque huit kilomètres de l'aéroport de la ville garnison de Lungi.
Selon le capitaine Arafan Warritay, chef des soldats sierra léonais déployés autour du camp, le nombre des internés ne cesse d'augmenter à cause de la recrudescence des combats au Liberia.
"Actuellement, nous avons un total de 352 internés et ils sont des combattants de l'armée gouvernementale, des rebelles du LURD et des soldats irréguliers qui combattent aux côtés du gouvernement", a indiqué Warritay à IPS, il y a quelques jours.
Le camp ressemble beaucoup plus à un lieu de détention pour prisonniers de guerre et les conditions n'y sont pas les meilleures. "Notre principale contrainte ici, c'est le régime d'assurance maladie financé par le gouvernement, qui prend en charge une partie des soins médicaux", déplore le colonel Munyah Sheriff du LURD. "Parfois, lorsqu'un interné tombe malade, il est difficile d'avoir un véhicule pour le transporter à l'hôpital, et de plus, nos parents ne sont pas autorisés à venir rester avec nous au camp".
Au camp, des combattants de toutes les parties rivales sont internés ensemble et il semble qu'ils nourrissent maintenant le sentiment de réconciliation et d'une fin à la violence et à la guerre dans leur pays.
Le major Fomba Kanneh du LURD déclare : "Des personnes innocentes sont en train de mourir au Liberia et je ne vois aucun sens à la poursuite de la guerre. Ici même au camp, nous apprenons à nous réconcilier et à prêcher le concept d'un Libéria uni".
Ceci est inhabituel parce que les rebelles du LURD se sont lancés dans une bataille cruelle, il y a quatre ans, pour l'exercice du pouvoir politique.
Les rebelles contrôlent maintenant la majeure partie de la frontière sud-ouest avec la Sierra Leone et ont juré de marcher sur Monrovia, la capitale du Liberia, pour renverser le président Charles Taylor et son gouvernement.
Au camp d'internement de Mapeh, les combattants parlent plus d'un point de vue national que par rapport aux divisions politiques. "Nous sommes certainement intéressés par ce qui se passe dans notre pays, mais pour le moment, notre souci, c'est de vivre ici en paix tout en espérant y retourner lorsque la guerre sera terminée", a fait remarquer le capitaine Ebenezer Paye des AFL. On s'attend à ce que davantage de combattants se réfugient en Sierra Leone puisque le conflit au Liberia continue de se rapprocher de Monrovia et que des dizaines de milliers de civils seraient déplacés à travers le pays.
Des pays voisins comme la Sierra Leone et la Guinée ont enregistré des centaines de milliers de réfugiés libériens et sont tous deux débordés à cause des ressources limitées.
Les Sierra Léonais craignent que l'internement des combattants libériens ne soit une menace sécuritaire pour un pays qui commence à peine par émerger de sa guerre civile, la plus brutale, longue de dix ans.
Mais le colonel M.S. Koroma, un soldat sierra léonais, pense autrement.
"Je veux assurer les Sierra Léonais qu'ils n'ont pas à s'inquiéter parce que tout est sous contrôle et l'armée ne permettra pas que les Libériens chamboulent la situation sécuritaire", affirme-t-il.

