POLITIQUE-RD CONGO: La délégation du RCD/Goma déclare la fin de la guerre

KINSHASA, 28 avr (IPS) – "Aujourd'hui, nous faisons la déclaration de la fin de la guerre. Cette guerre, qui a duré quatre ans et neuf mois, avait été déclenchée par notre mouvement parce que les circonstances l'exigeaient en ces moments-là", a déclaré Azarias Ruberwa, secrétaire général du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma) à Kinshasa.

"Aujourd'hui, ces circonstances ont cessé d'exister. Nous apportons un message de paix et de réconciliation. Nous espérons que les travaux, auxquels nous allons participer, vont conduire vers la réunification du pays et des armées, mais également l'installation des nouvelles institutions", a ajouté Ruberwa, à l'arrivée dimanche de la délégation du RCD/Goma à l'aéroport de Ndjili dans la capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Conduite par le vice-président du mouvement, le général Jean-Pierre Ondekane, la délégation, comprend une dizaine de cadres et une trentaine de gardes de corps. Ruberwa et Ondekane sont les deux délégués désignés pour représenter le RCD/Goma au comité national de suivi créé à Sun City, en Afrique du Sud, début-avril, à la suite de la signature de l'acte final du dialogue inter-congolais pour mettre en place les nouvelles institutions de la transition. La déclaration officielle de cessation de l'état de guerre, faite par la délégation du RCD/Goma a été bien accueillie dans la capitale, même si les Congolais n'oublient pas les conséquences du conflit. "Nous sommes heureux que cela arrive enfin. Heureux, mais malheureux en même temps du fait qu'il aura fallu trois millions de morts pour revenir à la case départ", confie à IPS, Désiré Buhendwa, médecin, ressortissant du Sud-Kivu (est de la RDC) résidant à Kinshasa. " Personnellement, je ne vois ce qui aura changé avec la guerre. Les Congolais n'ont jamais su pourquoi il y a eu la guerre entre Laurent Désiré Kabila, l'ancien chef de l'Etat, et ses alliés dans la guerre de libération de 1996 (contre Mobutu). Peut-être allons-nous maintenant le savoir", se demande Buhendwa. A la descente de l'avion, la délégation du RCD/Goma a été accueillie par Vital Kamerhe, commissaire général du gouvernement chargé du suivi du processus de paix, et Olivier Kamitatu, secrétaire général du Mouvement de libération du Congo (MLC), un autre mouvement rebelle, revenu depuis à Kinshasa, à la suite de l'accord de paix de Sun City. "Dès lors que nos frères du RCD/Goma nous rejoignent pour mettre en place, ensemble, les nouvelles institutions, c'est le meilleur signe que nous pouvions attendre d'eux dans le processus de réunification du pays", a déclaré Kamitatu. "On peut maintenant espérer, de par la présence du RCD parmi nous, que cessent les menaces rwandaises sur notre territoire et que cessent aussi les tribulations de l'UPC (Union des patriotes congolais) de Thomas Lubanga dans l'Ituri (nord-est de la RDC). Autant d'éléments qui contribuaient à la déstabilisation de notre pays", a souligné Kamitatu. Depuis pratiquement cinq ans, Goma, la capitale de la province du Nord-Kivu, est coupée du reste du pays et vivait au rythme du Rwanda. Jules Fataki, l'un des contacts IPS à Goma, se trouvait à l'aéroport à l'embarquement de la délégation du RCD pour Kinshasa : "Pour beaucoup d'habitants de Goma, il s'agit d'un début de réalisation d'un rêve. Le Congo tant meurtri qui, progressivement, se recrée". Dimanche 27 avril, la population de la ville de Goma s'est rendue nombreuse à l'aéroport afin d'assister, de visu, à l'événement : "Nous avons toujours eu peur de nous voir annexés au Rwanda et ce n'était pas une simple menace en l'air", ajoute, incrédule, Alain Wima, activiste des droits de l'Homme. Le rêve va sûrement se réaliser surtout que désormais, l'espace RCD/Goma est ouvert à la libre circulation des personnes et de leurs bien. Autre signe de changement, la radio locale à Goma a, pour la première fois, relayé les informations de la radio nationale de Kinshasa.

Avec l'arrivée de la délégation du RCD/Goma à Kinshasa, les travaux du comité national de suivi du dialogue inter-congolais vont devoir démarrer, le mardi 29 avril, au grand complet, même si on ignore, pour l'instant, dans quelle atmosphère. Le climat de méfiance reste encore important entre le gouvernement et le RCD/Goma. Visiblement, le comportement du RCD/Goma commençait à agacer es autorités de Kinshasa, si l'on considère les déclarations de Kamerhe : "Nos amis de Goma ont décidé de nous rejoindre à Kinshasa. Nous les en remercions beaucoup parce que c'est au bout de difficiles négociations. Mais, qu'ils sachent que désormais, nous n'allons pas éternellement tourner les pouces en attendant qu'ils consultent Kigali pour réagir". Pour leur part, les délégués du RCD/Goma désapprouvent la désignation, par le gouvernement de Kinshasa, de Abdoulaye Yerodia Ndombasi au poste de vice-président de la République. L'ancien ministre des Affaires étrangères de Laurent Désiré Kabila est en effet accusé par le RCD/Goma d'avoir incité la population de Kinshasa à la haine contre les populations tutsi résidant dans la capitale, lors de l'attaque de la ville par ses éléments en septembre 1998. Réaction de Kamerhe : "Le RCD a peur du patriotisme et du nationalisme d'Abdoulaye Ndombasi. Il aurait sûrement, à la place, préféré un marche-pied du régime de Kigali qui aurait mieux arrangé ses affaires".

Selon l'accord de paix, le président Joseph Kabila doit être assisté, pendant la transition, de quatre vice-présidents nommés respectivement par le gouvernement de Kinshasa, par chacun des deux principaux mouvements rebelles — le RCD/Goma et le MLC — et par l'opposition politique non armée.