HARARE, 25 avr (IPS) – La crise politique au Zimbabwe s'est aggravée au moment où la principale organisation syndicale, le Congrès des syndicats du Zimbabwe (ZCTU), a défié les menaces du gouvernement du président Robert Mugabe et s'est lancée dans un arrêt de travail de trois jours dont la première journée a été suivie par les travailleurs. Même les arrestations de huit responsables syndicaux dans la ville centrale de Gweru et la seconde ville de Bulawayo, à environ 450 kilomètres à l'ouest de la capitale Hararé, n'avaient pas intimidé les travailleurs pour qu'ils se soumettent. Le secrétaire général du ZCTU, Wellington Chibhebhe, a indiqué lundi que les arrestations de Percy Mcijo, Mandlenkosi Sibanda et de Rensen Ngwenya à Bulawayo à la veille de la première journée de protestation n'allaient pas entamer la détermination des travailleurs à manifester contre les augmentations des prix du carburant, annoncées par le gouvernement, la semaine dernière. Le syndicat a lancé un appel à la grève après que le gouvernement a ignoré ses demandes de revenir sur les augmentations des prix du carburant.
Le prix de l'essence avec plomb et sans plomb est monté en flèche, de 320 et 350 pour cent respectivement, et celui du diesel de 70 pour cent. "Nous savons qu'ils nous arrêteront, mais nous ne sommes pas inquiets puisque nous luttons pour une cause juste", a déclaré Chibhebhe au principal journal indépendant zimbabwéen, 'The Daily News', lundi.
S'étant rendu compte que les travailleurs avaient suivi l'appel, le ministre des Transports et de la Communication, Witness Mangwende, a menacé mercredi de retirer les autorisations de transport en banlieue pour n'avoir pas emmené les bus à travailler. Mais Collin Gwiyo, le vice-secrétaire général du ZCTU, a dit que son organisation poursuivra la protestation jusqu'à la satisfaction de ses exigences.
"Nous condamnons les arrestations des responsables syndicaux par la police. Nous condamnons également le fait de forcer les dirigeants à demander aux travailleurs de reprendre le service", a-t-il souligné. Selon Gwiyo, deux dirigeants travaillant pour une banque privée ont été arrêtés pour avoir refusé d'amener leurs travailleurs à reprendre.
La grève du syndicat vient à peine un mois après un appel similaire, lancé le mois dernier, par le principal parti d'opposition, le MDC, contre le régime répressif de Mugabe. L'opposition et d'autres groupes civiques ont apporté leur soutien à la grève. Le MDC a dit qu'il organiserait encore une autre manifestation pour contraindre Mugabe à restaurer l'Etat de droit dans le pays et à cesser les violations des droits humains contre ses partisans.
Pendant ce temps, mardi, le commerce s'est arrêté dans toutes les grandes villes dans le pays. A Hararé, Bulawayo, Gweru, Mutare et Masvingo, toutes les affaires étaient au point mort et la plupart des bus de banlieue sont restés garés.
Aucun incident de violence n'a été rapporté jusqu'ici, toutefois, huit membres du ZCTU à Gweru et quatre à Bulawayo ont été arrêtés le premier jour de la grève. A Hararé, Joseph Chinotimba, le vice-président de la Fédération des syndicats du Zimbabwe, pro-Mugabe, accompagné par un groupe de jeunes et de policiers, ont forcé un magasin de vêtements à ouvrir et ont arrêté le propriétaire, Mick Davies.
Des véhicules blindés de l'armée ont été garés dans la banlieue ouest de Warren Park tandis que des hélicoptères survolaient certaines zones de la capitale, surveillant la situation qui était en grande partie calme. La police armée et des soldats protégeaient des bus Zupco, appartenant à l'Etat, craignant apparemment d'être attaqués.
Quelques magasins et banques à Bulawayo ont ouvert dans la matinée, mais ont fermé vers midi. La plupart des boutiques dans des secteurs à forte densité et des zones industrielles étaient fermées. Des banques d'Etat, dont le 'People's Own Savings Bank' (Banque d'épargne) et la 'Reserve Bank of Zimbabwe' (la Banque centrale) n'avaient pas ouvert.
La pénurie de carburant semblait également avoir aggravé la situation puisque des centaines de voitures faisaient la queue aux stations service.
Dans la ville orientale de Mutare, toutes les grandes industries, les entreprises et les institutions financières étaient fermées tandis qu'un petit nombre de sociétés appartenant aux militants de la ZANU-PF étaient ouvertes. Il y avait une forte présence militaire. Des soldats armés étaient déployés dans toutes les banlieues résidentielles de la ville de Masvingo, au sud du Zimbabwe. La plupart des magasins étaient fermés, mais quelques banques et supermarchés étaient ouverts après que la police leur aurait intimé l'ordre de le faire.
La police, l'armée et les services secrets (Central Intelligence Organisation) ont érigé des barrages routiers sur toutes les voies menant à l'intérieur de la ville. Plus de 200 partisans et députés du MDC ont été arrêtés et auraient été torturés alors qu'ils étaient en garde à vue à la police le mois dernier, suite à la grève organisée par le parti de l'opposition.

