BRAZZAVILLE, 19 fév (IPS) – Sous un soleil doux, en cette saison de pluie, Eulalie Mienanzambi debout devant ses sacs de charbon, refuse de payer des amendes que viennent de lui infliger trois agents de la Direction régionale des eaux et forêts (DREF) de Brazzaville, au Congo.
"Ces agents des eaux et forêts me demandent de leur payer 100 francs CFA (environ 16 cents US) par paquet. J'en ai une vingtaine. Mais depuis ce matin, je n'ai rien vendu. Avec quoi vais-je les payer", demande Mienanzambi.
Depuis la rareté du gaz butane à Brazzaville, la capitale, le commerce de charbon a pris une nouvelle ampleur et son utilisation s'est accrue ces dernières années.
Mienanzambi achète le charbon à Muntu ya Gombé, à l'extrémité de l'île Mbamou, à deux kilomètres en amont du fleuve Congo. "Là-bas, le sac de charbon nous est vendu à 1.500 FCFA (environ 2,5 dollars US). Le coût de transport varie entre 500 et 8OO FCFA (environ 83 cents à 1,3 dollar US). Au port de Yoro situé au nord-ouest de Brazzaville, nous revendons le sac à 2.500 FCFA (environ 4,1 dollars US). Nous n'avons qu'entre 300 à 400 FCFA (environ 50 à 66 cents US) de bénéfice", explique Mienanzambi, exaspérée par le comportement des agents de la DREF.
Sur la rive, une dizaine de baleinières chargées de sacs de charbon, de fagots de bois de chauffe en provenance du nord du Congo déchargent sans arrêt. "Il y a maintenant beaucoup de points d'approvisionnement et de vente dans la ville. Nous passons deux à trois jours pour vendre un chargement", se plaint Jean-Paul Ngoma, responsable d'une baleinière.
Environ 100 sacs de charbon arrivent quotidiennement à Brazzaville en saison sèche et un peu moins en saison de pluie. Un sac de charbon pèse environ 20 kilogrammes.
Ce déchargement sans arrêt des fagots de bois démontre dans quelle proportion la production du bois de chauffe et du charbon constitue une menace pour l'environnement. Cet abattage des arbres est la principale cause de la déforestation, qui prend des proportions de plus en plus inquiétantes.
Environ 90 pour cent de la population congolaise utilisent le bois de chauffe comme source d'énergie.
"La tentation est très grande de croire que le Congo est à l'abri de la désertification. Ceux qui défendent ce point de vue avancent des arguments de taille comme 'le Congo est un pays forestier'. Il connaît une pluviosité normale et est arrosé par d'importants cours d'eau", commente le coordonnateur de la Ligue congolaise pour la protection de l'environnement, Félix Mavoungou. "C'est une illusion car les signes avant coureurs sont là", ajoute-t-il.
La pauvreté est l'un des facteurs pouvant provoquer la désertification au Congo. Selon des données officielles, 70 pour cent des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar US par jour. Ensuite, 30 pour cent des Congolais souffrent de faim. Le Congo compte quelque 3,2 millions d'habitants dont environ 900.000 à Brazzaville.
Le faible revenu des citoyens se traduit également par le non-accès des ménages aux énergies renouvelables. Ainsi, les citoyens se tournent vers le bois de chauffe comme source d'énergie, en s'adonnant à l'abattage des forêts. La culture sur brûlis est une autre technique qui provoque un déboisement intensif. Cette technique est très courante dans les villages. On estime à 230 hectares par an la surface sur laquelle elle est pratiquée pour produire 98 pour cent des cultures vivrières.
La situation de déboisement et de la déforestation est particulièrement inquiétante autour des principales villes du pays. Brazzaville n'a plus de forêts. Celles de la Tsiémé, de la Pâte d'oie, de Djiri et de Kintélé ont été détruites ou presque, du fait de leur proximité avec la région du Pool.
En 2001, le gouvernement congolais avait accusé les réfugiés rwandais établis au camp de Kintélé, au nord de Brazzaville, de constituer une menace pour le massif forestier artificiel qui surplombe cette zone.
Sur une superficie plantée à 377 hectares, 367 hectares ont été dévastés et 22.000 mètres cubes de bois abattus. Ce qui représente un manque à gagner de 500.000 FCFA (environ 833 dollars US) pour la Société nationale de reboisement (SNR).
Pointe-Noire, la capitale économique congolaise, est confrontée à la même situation. Elle se caractérise par la destruction quasi-totale des forêts d'eucalyptus de Hinda et de Loandjili où les propriétaires fonciers ont anarchiquement vendu des terrains à des particuliers. Sur une superficie plantée à 4.425 hectares, près de la moitié est occupée par des habitations.
Cette occupation a occasionné à la SNR un manque à gagner de 1,440 million de FCFA (environ 2.400 dollars US). L'émiettement des forêts naturelles de Makola, de Hinda et de toutes celles situées sur la limite de la bande savanicole du littoral, peu avant la profondeur du massif du Mayombe ainsi que les menaces sur les forêts de Mayombe avec l'expansion démographique de certains villages forestiers comme Tchitondi, Madingou-kayes, Mvouti et autres, traduisent les conséquences de l'action destructive de l'homme sur l'environnement.
Selon une étude menée par Georges Claver Boudzanga, ingénieur des eaux et forêts, 30.000 à 40.000 hectares disparaissent chaque année, contre seulement 2.000 à 3.000 hectares reboisés annuellement.
D'après Boudzanga, les solutions passent par la préparation et la mise en œuvre d'un plan d'affectation des terres. La formation des charbonniers aux techniques semi-modernes et plus rentables de façon à les orienter vers la valorisation des déchets de bois abandonnés par les forestiers, serait aussi un atout. "Par cette pratique, on mettra, à très court terme à la disposition des consommateurs, un combustible propre, tout en encourageant des organisations non gouvernementales (ONG), des propriétaires fonciers … dans la mise en place des plantations à croissance rapide autour des villes, pour garantir la sécurité des énergies domestiques", suggère-t-il.

