SANTE-CÔTE D'IVOIRE: Les déplacés constituent une population vulnérable auVIH/SIDA

ABIDJAN, 17 fév (IPS) – Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) déclare que "le déplacement forcé des populations (en Côte d'Ivoire) augmente le risque d'infection au VIH/SIDA par la prostitution vu l'extrême pauvreté".

En cinq mois de crise politico-militaire, près d'un million de personnes ont été déplacées en Côte d'Ivoire, dont 80 pour cent de femmes et d'enfants. Ce constat de la représentation de l'UNICEF à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, est révélateur du danger qui pointe à l'horizon concernant l'assistance humanitaire. Pour l'UNICEF, "garder les enfants, les filles en particulier à l'école, n'est pas seulement un devoir pour leur éducation et leur développement, mais constitue aussi une des plus fortes stratégies pour réduire leur vulnérabilité à la violence ainsi qu'à l'exploitation sexuelle et au VIH/SIDA".

Le taux de séroprévalence en Côte d'Ivoire se situe entre 8 et 12 pour cent.

Cette statistique du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS) date d'avant la rébellion 19 septembre 2002. Selon les statistiques de 1998-1999, On compte environ 1,5 million de personnes vivant avec le VIH/SIDA et quelque 600.000 orphelins du SIDA dans ce pays d'Afrique de l'ouest, peuplé d'environ 16 millions d'habitants. Selon Alice Kipré, coordinatrice générale de Afrique secours et assistance (ASA), une organisation non gouvernementale (ONG) qui fait de l'information et de la sensibilisation sur la lutte contre le VIH/SIDA dans le milieu des populations déplacées, la situation serait beaucoup plus dramatique eu égard aux conditions de vie et à certaines pratiques. Dans les centres d'accueil des déplacés, plusieurs personnes ont fait état d'agression sexuelle lors de la traversée des zones rebelles vers les zones sous contrôle gouvernemental.

En larmes, Lucie L. dit ne pouvoir jamais se remettre de son supplice.

"J'étais coincée à Bouaké (fief de la rébellion dans le nord) depuis le 19 septembre 2002. Ma première tentative pour fuir la ville a été un échec faute de moyen. La seconde fut par contre un succès, mais au prix de ma chair. Les enfants soldats, qui nous interceptaient à l'entrée sud de la ville, ne voulaient rien savoir puisque nous n'avons pas de quoi payer.

Systématiquement, deux d'entre eux se sont emparés de moi et de deux autres filles et nous ont violées. En ce moment, j'ai peur. On m'a conseillé de faire un dépistage au VIH/SIDA, une chose qui agrandit encore ma peur", affirme Lucie qui préfère garder l'anonymat. Dans un autre témoignage révélé par la presse à Abidjan, une jeune étudiante a affirmé, sous le couvert de l'anonymat, qu'elle a été séquestrée et violée par une cinquantaine de rebelles. Vrai ou faux? Toujours est-il que l'affaire fait grand bruit dans la capitale économique. Mais dans les zones sous contrôle gouvernemental, la situation n'est pas aussi rose qu'on pourrait le penser. A Yamoussoukro, capitale administrative dans le centre de la Côte d'Ivoire, où est situé le commandement opérationnel des forces gouvernementales, la prostitution a gagné du terrain. La présence des mercenaires engagés par le gouvernement et des soldats loyalistes réjouit les belles de nuit. A la gare routière, dans les nombreux maquis qui jonchent la rue, Alice K. ne cache pas sa satisfaction.

"La crise a aussi des avantages. Ça marche bien chez moi. Les soldats étrangers ne discutent pas trop. Avec ou sans préservatif, ils sont partie prenante. Pourvu qu'ils soient satisfaits". Alfred Kouadio, tenancier de maquis dans la ville, confirme les propos d'Alice K., affirmant que jamais à Yamoussoukro, l'on n'a vu autant de monde transiter. Pour les responsables des ONG venues assister les déplacés, le risque de voir le taux de prévalence du VIH s'accroître est réel. Dans les zones de guerre, tout est difficile parce que là-bas, il est question du minimum vital qu'il faut obtenir par tous les moyens pour survivre, même les plus humiliants. Pour le PNLS, il est difficile de donner des chiffres exacts et actuels sur le taux de séroprévalence. Cependant, estime le Dr Malick Sangaré, responsable du PNLS, il est fort probable que l'ancien taux soit revu à la hausse. Malheureusement, la lutte contre la pandémie est passée au second plan en Côte d'Ivoire, voire au stade zéro dans la situation actuelle. Par exemple, la sortie de la première dame, Simone Gbagbo, considérée comme une "championne de lutte contre le VIH/SIDA", pour parler de la maladie remonte à la mi-décembre avec l'ONG "Notre Nation". "La guerre, qui nous est imposée, ne doit pas nous faire perdre de vue la lutte contre le VIH/SIDA", déclarait-elle, saluant l'initiative de cette ONG qui a réalisé un téléfilm de trois minutes sur la sensibilisation au SIDA. "Aux premières heures de la crise ivoirienne, de nombreux déplacés ont envahi les zones sous contrôle des forces loyalistes. Sans grands moyens, ces personnes restent sensibles au VIH/SIDA. Ce téléfilm leur est spécialement destiné pour les encourager à se prémunir contre ce fléau", explique un responsable de l'ONG. "La lutte contre le VIH/SIDA doit s'accentuer en pareille circonstance au profit des populations vulnérables que constituent les déplacés. Le manque de moyen et surtout l'instabilité de ces populations pourraient, si l'on n'y prend garde, entraîner l'augmentation du taux de séroprévalence dans le pays", souligne l'ONG. Selon la police, malgré le couvre-feu imposé par les autorités, la prostitution gagne du terrain dans le pays. Des actions vigoureuses doivent être menées pour venir en aide aux malades, selon les ONG. Pour l'instant, par exemple, l'accès aux médicaments anti-rétroviraux reste encore réservé aux malades privilégiés. Une situation que ne cesse de décrier le président de l'Association de personnes vivant avec le VIH/SIDA, Boua Bi.