POLITIQUE: Une troisième force en voie au Nigeria

LAGOS, 14 fév (IPS) – Fragmentés, pauvres et faibles. C'est ainsi que les analystes décrivent les 27 nouveaux partis politiques du Nigeria.

Pris individuellement, ces partis ont peu de chance de gagner les élections générales de cette année, avertissent-ils.

Les 27 partis – largement perçus comme défavorisés – se rencontreront à Abuja, la capitale administrative du Nigeria, cette semaine pour forger un front commun, connu sous le nom de "Troisième force", pour se présenter aux élections d'avril.

'La troisième force' cherche une alternative au président Olusegun Obasanjo et au leader du principal parti d'opposition, Muhammadu Buhari – les candidats déclarés pour les élections d'avril.

Les 27 partis sont conscients que leurs chances sont minces, s'ils n'arrivaient pas à resserrer leurs rangs, contre le puissant parti au pouvoir, le 'People's Democratic Party' (PDP) et le 'All Nigerian People's Party' (ANPP).

Le président actuel du Nigeria Obasanjo est le candidat du PDP, tandis que Buhari est le porte-flambeau du ANPP.

"La coalition est rendue nécessaire par rapport au besoin de s'attaquer au pouvoir écrasant en cours de mandat et au niveau des ressources dont disposent les deux partis. Le PDP est si puissant en termes d'argent que même les (27) partis politiques réunis ne peuvent l'affronter 'naira pour naira' (la monnaie du Nigeria). Mais, nous sommes décidés à leur livrer une bonne bataille", affirme Balarabe Musa du People's Redemption Party (PRP).

Bien qu'ils aient accueilli favorablement la proposition de fusionner, les analystes et politiciens se demandent comment les 27 partis – ayant des manifestes et programmes différents – pourraient se mettre d'accord sur un candidat unique.

"L'initiative est louable. Je souhaite bonne chance aux partis parce que mon parti, le National Democratic Party (NDP), a été partisan d'une telle coalition puisque nous avons contesté la politique d'enregistrement de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et avons gagné en équipe", affirme Kenny Martins, candidat aspirant du NDP à la présidentielle.

"La politique est un jeu de probabilités. Puisque cela s'est passé au Kenya et en Turquie, cela peut se passer au Nigeria", ajoute-t-il, se référant aux dernières élections générales de l'année dernière au Kenya et en Turquie où les coalitions d'opposition ont battu les partis au pouvoir.

Mais Dele Bodunde, un politologue à Lagos, croit que "le Nigeria n'est pas mûr pour ce type de coalition forgée au Kenya et en Turquie à cause des intérêts égoïstes des politiciens".

Gani Fawehinmi, le candidat du 'National Conscience Party' (NCP) à la présidentielle, a confirmé la réunion de cette semaine malgré la date limite du 12 février, fixée par la CENI, pour la soumission de la liste des candidats à la présidentielle.

"Nous mettons au point un plan électoral qui surprendra nos adversaires', affirme Fawehinmi.

"Bien qu'il ait été possible d'avoir une coalition, il sera presque impossible d'obtenir un consensus sur le candidat à la présidentielle puisque tous les partis ont nommé leur candidat pour les élections générales d'avril", poursuit-il. "Mais tout peut arriver en politique".

Les 27 partis politiques tiennent leur capacité à se présenter aux élections d'avril d'un procès. Il a commencé l'année dernière lorsque la CENI a annoncé l'enregistrement de trois partis sur les quelque 33 associations politiques qui avaient demandé à être enregistrées, amenant à six, le nombre de partis politiques enregistrés. Immédiatement, cinq des associations non enregistrées ont, sous la direction de Fawehinmi, contesté la décision de la CENI devant la cour.

La Cour suprême du Nigeria a annulé certaines des règles générales pour l'enregistrement des partis politiques. Cette victoire juridique a fourni la base pour l'enregistrement de plus de partis, amenant à 30 le nombre total des formations politiques au Nigeria.

Fawehinmi a immédiatement lancé une campagne visant à fusionner les 27 partis pour se présenter, comme un seul bloc, aux élections générales d'avril.

Le Nigeria, avec une population de 120 millions d'habitants, a restauré la démocratie multipartite en 1999, après 16 années de régime militaire ininterrompu.

Le président Obasanjo, un ancien chef d'Etat militaire, a été élu après la mort du dictateur du Nigeria, le général Sani Abacha, en 1998.