KAMPALA, 13 fév (IPS) – Mutabazi Enos, 33 ans, est un homme fier. Il fait partie des 40 Ougandais qui se sont portés volontaires pour les premiers essais du vaccin anti-VIH/SIDA en 1999.
Aujourd'hui, Enos est montré en exemple, prouvant aux sceptiques que le vaccin n'était pas dangereux. "Le vaccin n'est pas dangereux", affirme-t-il. Sa famille s'inquiétait pour le vaccin, mais étant un soldat, Enos a décidé de risquer sa vie en prenant part aux essais, connu sous le nom de 'Vaccin ALVAC Phase I'. L'Ouganda a lancé le deuxième essai le 10 février. Selon le Dr Ponsiano Kaleebo, qui est responsable du programme, 50 volontaires prendront part au deuxième essai : la Phase I du vaccin ADN MVA.
ADN – acide désoxyribonucléique – porte l'information génétique dans une cellule. Le MVA est le Vaccin Ankara modifié. L'ADN et le MVA – une paire de vaccins – visent à susciter une forte réaction immunitaire cellulaire au VIH. Le Conseil britannique de recherche médicale a développé les deux vaccins à l'Université d'Oxford, en travaillant avec des chercheurs de l'Université de Nairobi, au Kenya. Le vaccin ADN est fabriqué par une firme britannique, Cobra Biomanufacturing.
Les vaccins, testés sur des volontaires aux Etats-Unis et au Kenya, sont basés sur un sous-type A du VIH, la variété du virus la plus courante en Afrique de l'est. Le deuxième essai vient après – l'échec en 1999 – du premier essai du vaccin destiné au sous-type B du VIH. L'Ouganda a les sous-types A et D de VIH.
En août 2001, l'Initiative internationale de vaccin anti-Sida (IAVI) et le gouvernement de l'Ouganda ont signé un accord de partenariat destiné à accélérer le développement et l'expérimentation de vaccins préventifs. Chaque jeudi, des volontaires se rencontrent à l'Institut ougandais de recherche sur le virus (UVRI) à Entebbe, une ville située sur les rives du Lac Victoria, où ils reçoivent des conseils, subissent un test de dépistage et reçoivent des informations sur le vaccin.
Pour prendre part aux tests, les candidats doivent être en bonne santé, séronégatifs, courir peu de risques d'être infecté par le VIH, et être âgé de 18 à 50 ans. Les tests sont faits pour le paludisme et le fonctionnement du foie, entre autres. "Cet exercice va continuer pour une période de 18 à 24 mois, selon Kaleebo. L'Initiative internationale de vaccin anti-SIDA et l'Institut ougandais de recherche sur le virus ont dirigé conjointement les essais. Selon Kaleebo, "la réaction du public a été bonne (comparée à l'essai de 1991) en raison du grand nombre de campagnes de sensibilisation". "C'est bien qu'ils essaient de trouver un vaccin, mais au même moment, ils ne devraient pas exposer la vie des gens. La seule chose que je ne comprends pas, c'est de savoir si après la dose ils demandent aux volontaires de s'exposer au virus du VIH. Ils devraient expliquer aux volontaires qu'ils ne font que conduire des essais", affirme Irène Namubiru, une assistante sociale à Kampala. Le scepticisme semble être répandu. "Je ne prendrais pas ce risque. Je pense que c'est un jeu de hasard. Que se passerait-il si tout cela tournait mal?" demande Henry Ochieng, un journaliste. Il affirme "avoir perdu tellement de gens à cause de la maladie". Erina Nakabiito, une vendeuse à Wandegeya, une banlieue de Kampala, se demande si le vaccin peut guérir sa fille qui a développé le SIDA.
"Mes petits-enfants souffrent. Leur mère est mourante. Ce médicament (vaccin) pourra-t-il la sauver de la mort?", demande-t-elle.
Selon Kaleebo, si l'essai réussit, l'Ouganda ira à une phase avancée. "L'IAVI discute avec différents groupes pour conduire des études de faisabilité pour de possibles phases II et III en 2005", poursuit-il. La directrice des communications de l'IAVI, Kay Marshall, souligne que l'Ouganda a pendant longtemps été un modèle pour d'autres pays dans sa réaction à l'épidémie du SIDA. C'était le premier pays africain à avoir un essai du vaccin anti-SIDA et le premier à avoir un plan national de vaccin.
"Mais malgré les gros efforts et succès de la lutte ougandaise contre le SIDA, il y encore beaucoup de personnes qui sont infectées quotidiennement par la maladie, l'Ouganda a donc toujours besoin d'un vaccin anti-SIDA", estime Marshall.
"Il y a eu plusieurs cas où des médicaments et des vaccins ont été mis à la disposition des gens dans des pays en développement, plusieurs années après avoir été développés. Nous voulons nous assurer que cela ne se passera pas avec le vaccin du SIDA", déclare-t-elle. "Les volontaires ne jouissent pas des avantages directs", selon Marshall.
"Ils apportent plutôt un bénéfice à leurs communautés et à l'Ouganda ainsi qu'à d'autres pays où l'épidémie fait rage – les volontaires sont des héros", poursuit-elle. Les volontaires reçoivent une attention médicale et des orientations pour tout problème de santé qu'ils ont au cours de l'essai, qui est totalement pris en charge. "Ce vaccin ne contient pas de VIH, mais seulement des copies synthétiques de petites parties du virus. Il ne peut pas provoquer d'infection par le VIH chez quelqu'un qui le reçoit", affirme Marshall.
Paul Wetaka Innocent, un ancien volontaire, qui sert maintenant de conseiller, estime que l'esprit du volontarisme devrait être encouragé.
"Autant que je le sache, personne n'est mort des essais du vaccin", dit-il.
Il prend également part aux activités d'éducation des groupes à haut-risque comme les soldats et leurs femmes sur les risques du VIH/SIDA. Ils montent des pièces de théâtre, composent des chansons et encouragent l'utilisation du condom. Ils déconseillent également les relations sexuelles des mineurs et le mariage à un âge précoce.
Le premier cas de VIH a été diagnostiqué en Ouganda en 1982, après la réception, par le ministère de la Santé, de rapports sur une étrange maladie dans les villages de pêcheurs près de la frontière tanzanienne. Depuis lors, quelque 1,5 million d'Ougandais ont été diagnostiqués séropositifs et près d'un million sont morts de la maladie. Les derniers rapports montrent que le taux de prévalence du VIH a chuté et est passé d'une moyenne nationale de 30 pour cent en 1992 à environ six pour cent, le taux le plus bas en Afrique au sud du Sahara.
La participation de l'Ouganda aux essais de vaccin est perçue comme un autre engagement dans la lutte contre le VIH/SIDA.

