POTITIQUE-SOUDAN: La fin de la guerre est proche – selon le médiateur

NAIROBI, 12 fév (IPS) – Le médiateur qui tente de mettre fin à la guerre civile du Soudan qui dure depuis 20 ans – estime que "la fin du conflit est proche".

S'exprimant à la fin des deux semaines de négociations entre le gouvernement du Soudan et les rebelles de l'Armée de libération des peuples du Soudan (SPLA) le 6 février, le médiateur Lazaro Sumbeiywo, a affirmé que les pourparlers avaient été positifs et "nous pouvons bâtir quelque chose là-dessus pour mettre fin à la guerre".

Il a prédit "qu'avant la fin de cette année, il y aura un accord (global de paix)".

Le 4 février, les deux parties se sont mises d'accord pour que les observateurs venant des pays frontaliers du Soudan et des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Italie et de la Norvège soient envoyés au Soudan pour signaler les violations du cessez-le-feu.

Ce nouvel accord renforcera le cessez-le-feu signé en octobre 2002, qui va jusqu'au 31 mars prochain. La cessation des hostilités s'est révélée inefficace parce qu'il n'y a aucun observateur indépendant sur le terrain pour vérifier les contre-accusations de violations du cessez-le-feu.

"Nous n'avons pas un mécanisme de sa mise en œuvre. Maintenant, nous avons un mécanisme pour vérifier quand il y a violation, nous allons là-bas et nous vérifions. Nous pouvons maintenant montrer du doigt ceux qui ont commencé les combats", a déclaré Sumbeiywo.

Pour le médiateur, il ne reste à présent que quelques questions à débattre.

"On s'achemine vers la fin parce qu'il ne s'agit que de quelques questions sur les arrangements de pouvoir et de sécurité", a-t-il expliqué.

Les deux parties doivent toutefois se mettre d'accord sur une capitale neutre, avec le gouvernement qui fait pression pour que Khartoum reste la capitale du Soudan, tandis que les rebelles soutiennent que ce n'est pas juste parce qu'elle est régie par la loi islamique (Charia).

Ils doivent également mettre au point le mécanisme de partage du pouvoir à la présidence, à l'Assemblée nationale et à la fonction publique.

Avec les observateurs en place et, avec un peu de chance, une fin des hostilités, il devrait y avoir une meilleure atmosphère pour aplanir ces questions à la prochaine session. Environ une semaine de la session de deux semaines achevée récemment, a été perdue dans des débats sur les violations de cessez-le-feu. La SPLA s'est retirée des négociations en signe de protestation contre les combats en cours.

"Ceci est important parce que nous avons perdu beaucoup de temps à la dernière session pour parler des violations du Protocole d'accord et des combats dans l'ouest du Haut Nil et dans l'est du Haut Nil", affirme le porte-parole de la SPLA, Samson Kwaje.

"Nous espérons que lorsque nous reviendrons la prochaine fois et que nous donnerons notre adhésion à cet addenda, nous aurons une atmosphère de discussion meilleure et que nous aurons plus de temps pour débattre de questions substantielles au lieu des questions procédurales", dit-il.

Mohamed Dirdeiry, un haut responsable à l'ambassade soudanaise à Nairobi, Kenya, est également optimiste sur l'arrivée des observateurs.

"Nous pouvons dire assurément à l'instant que la guerre s'est arrêtée. Je pense que la paix n'est qu'à deux pas. C'est la première fois que nous parlons de mettre un terme à la guerre depuis que nous avons commencé les combats, il y a 19 ans. C'est une grande prouesse. Je pense que c'est un véritable exploit", souligne-t-il.

Des progrès significatifs ont été également faits sur la question du partage des richesses entre le nord et le sud Soudan. Des représentants de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) ont pris part aux discussions, apportant des idées fraîches sur le partage des biens comme les richesses pétrolières nouvellement découvertes.

"Ils leur ont montré comment faire le partage et ils ont accepté. Il n'y a aucun pourcentage. C'est sur demande. C'est ce que la Banque mondiale nous a conseillé. Vous préparez un budget et c'est ce qui est financé. Pas de partage d'argent", explique Sumbeiywo.

Ce mercredi, 12 février, la commission technique de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui organise les pourparlers, devait se réunir pour discuter du déploiement des observateurs du cessez-le-feu. Le nombre d'observateurs n'a toutefois pas été décidé parce qu'on ignore le montant qui sera alloué pour les financer.

Les pourparlers entre le gouvernement du Soudan et les rebelles reprendront le 1er mars. La première question à l'ordre du jour sera le statut des trois zones disputées.

Les zones font techniquement partie du nord Soudan, selon les frontières tracées à l'indépendance en 1956. Mais la SPLA soutient que les populations du Nil Bleu, des Monts Nuba et Abyei luttent à leurs côtés et devraient obtenir les mêmes concessions que ce qui est accordé au sud.

Comme ces zones ne font pas partie du mandat de l'IGAD, elles seront débattues sous la médiation du Kenya, plutôt que sous l'égide de l'institution régionale. Ceci n'est qu'une échappatoire technique puisque Sumbeiywo sera encore le médiateur.

"Je vais présider cela en tant que Kenyan. Ils ont donné mandat aux Kenyans de les aider à apporter une solution à la guerre dans ces zones", explique-t-il.

Au lieu d'être attribué au nord ou au sud, il est possible qu'on accorde à ces zones un statut autonome.

"Pouvons-nous arranger un système de gouvernance autonome, pour qu'elles deviennent membres de l'Union africaine?", s'interroge Kwaje.

"Nous sommes ouverts. Mais on doit donner à ces zones la chance de décider.

Comme le sud Soudan, ils doivent avoir la chance de décider de leur sort", affirme-t-il.

Toutefois, Dirdeiry dit qu'il est peu probable qu'ils veuillent de ce qui est en train d'être offert au sud parce que ce n'est pas une question d'islam contre le christianisme, mais simplement de sous-développement.

"Ils sont musulmans. Je ne pense qu'il y aura une quelconque demande pour être exempté de la Charia", souligne Dirdeiry.

La SPLA soutient cependant que les populations dans les trois zones litigieuses ne sont pas musulmanes.

Après avoir débattu de cette question, les deux parties passeront ensuite aux arrangements sur la sécurité avant de retourner au partage de pouvoir et des richesses.

"C'est une façon technique de procéder — laissant des questions pour qu'il y ait un compromis vers la fin. Vous prenez ceci, je prends cela, et c'est la fin de l'exercice", déclare Sumbeiywo, avec optimisme.

La SPLA a pris les armes contre le gouvernement en 1983 pour lutter en vue d'une plus grande autonomie pour le sud. La guerre a tué quelque deux millions de personnes, principalement à travers la famine liée au conflit.