POLITIQUE: Des inquiétudes sur la santé du nouveau président du Kenya

NAIROBI, 21 jan (IPS) – Il y a des inquiétudes sur la santé du nouveau président du Kenya, Mwai Kibaki, qui a été admis à l'hôpital de Nairobi dimanche soir et devrait y rester pendant huit à dix jours.

Selon le médecin de Kibaki, Dan Gikonyo, le président âgé de 72 ans a un caillot de sang dans sa jambe gauche et souffre modérément d'une hypertension artérielle. On lui administre actuellement un traitement pour fluidifier son sang.

S'adressant aux journalistes depuis l'hôpital lundi, Gikonyo a cherché à rassurer les Kényans que la vie du président n'est pas en danger.

"Il pourra s'occuper de toutes les affaires urgentes de l'Etat, mais toute activité fatigante pouvant nécessiter un effort physique doit être évitée.

Nous voudrions assurer tous les Kényans et les amis de l'étranger que le président n'est nullement en danger", a-t-il déclaré.

"Nous n'avons rien vu pouvant alarmer les Kényans par rapport à son état", a-t-il insisté.

"Il est en mesure de s'occuper des affaires de l'Etat depuis son lit d'hôpital, a assuré Isaiah Kabira, chef du Service de communication du président.

Toutefois, le calendrier de travail de Kibaki sera limité au strict minimum.

"Nous ne l'autoriserons pas à continuer de recevoir des visites officielles quotidiennes, à faire des réunions et des choses du genre. Ce n'est pas judicieux", a poursuivi Gikonyo.

"Si certains rendez-vous avaient été pris et que nous trouvons qu'ils peuvent le fatiguer et que nous ne voulons pas qu'ils les honorent, nous devons recommander aux gens qui les ont pris de les remettre à plus tard", a-t-il indiqué.

Kibaki devrait rencontrer le ministre britannique du Développement international, Clare Short, mardi.

Les problèmes de santé de Kibaki ont commencé avec un accident de voiture en décembre, à son retour d'un meeting électoral.

Le genou droit de Kibaki a été fracturé et sa cheville droite s'est déboîtée, entre autres blessures. Il avait également eu une fissure dans son épine cervicale, pour laquelle il a porté un collier (pour immobiliser le cou) pendant plusieurs semaines. Le plâtre sur sa jambe droite a été enlevé la semaine dernière.

Son médecin rassure que Kibaki est jusqu'ici en bonne voie de guérison et espère que le président pourra quitter sa chaise roulante et marcher dans les deux semaines à venir.

"Il guérit très bien. C'est pourquoi nous avons enlevé le plâtre", a-t-il fait remarquer.

Selon Gikonyo, le président a été amené à l'hôpital à cause d'un caillot de sang qui s'est formé dans sa jambe droite et qui a besoin d'être surveillé et traité.

"Une immobilisation prolongée dans un plâtre peut occasionner la formation de caillots de sang dans les membres. Ceci est traité par la médication pour fluidifier le sang", a-t-il expliqué.

"D'abord le caillot lui-même constitue un risque parce qu'il pourrait se déplacer à d'autres endroits. Et évidemment, il y a également le risque de traitement parce que parfois, lorsque vous administrez des produits pour fluidifier le sang, vous pouvez avoir une complication hémorragique. Ce sont là les risques que nous devons surveiller de très près", a-t-il déclaré.

Gikonyo souligne que la priorité est que Kibaki se repose pour ne pas s'acquitter de ses obligations quotidiennes.

Kibaki n'a guère eu une minute de repos depuis son accident au début de décembre. Il est aussitôt retourné faire campagne pour les élections du 27 décembre, qu'il a remportées à une écrasante majorité. Depuis lors, il était occupé à mettre en œuvre son programme de réforme.

Les inquiétudes sur la santé de Kibaki sont aggravées par le fait que son vice-président Michael Wamalwa soit également malade. Wamalwa, qui a été admis à un hôpital de Londres à cause des problèmes de goutte le mois dernier, y serait retourné pour un contrôle.

Alors que Wamalwa nie avoir un quelconque sérieux problème de santé, on se pose actuellement des questions à cause de son teint pâle et de ses difficultés à marcher.

Pendant les élections, les partisans de l'opposition actuelle KANU, parti alors au pouvoir, ont exploité la mauvaise santé de Kibaki en faisant circuler des tracts disant qu'il était trop malade pour aller à terme d'un mandat de cinq ans et qu'il cèderait la place à Raila Odinga, un important membre de sa Coalition nationale Arc-en-ciel, après six mois.

Toutefois, le soutien pour Kibaki était si fort – en partie motivé par le désir d'évincer la KANU, qui avait dirigé le Kenya depuis l'indépendance en 1963 – que certains Kényans plaisantaient et disaient qu'ils voteraient néanmoins pour lui même s'il était mort.

Kibaki jouit d'une immense popularité au sein des populations kényanes, qui sont excitées à l'idée de la promesse de changement après plus d'une décennie de stagnation économique et d'une corruption au haut-niveau sous le président Daniel arap Moï.