ECONOMIE-KENYA: Le financement des bailleurs reprendraen juillet, selon un responsable du FMI

NAIROBI, 20 jan (IPS) – L'espoir du nouveau gouvernement du Kenya de remettre sur pied l'économie du pays, qui est dans une mauvaise passe, a reçu un important coup de pouce la semaine dernière avec des informations selon lesquelles le financement des bailleurs pourrait reprendre en juillet.

"J'ai très bon espoir que le Fonds reprendra ses activités de prêts dans ce pays", a annoncé le directeur Afrique du Fonds monétaire international (FMI) Abdoulaye Bio-Tchané, le dernier jour de sa visite au Kenya vendredi dernier.

La question clé pour le FMI est la corruption. Sous le président Daniel Arap Moï, qui s'est retiré en décembre après 24 ans au pouvoir, le Kenya avait fini par avoir la triste réputation d'être l'un des pays les plus corrompus au monde, entraînant son économie dans la récession puisque les bailleurs et les investisseurs ont fui ailleurs.

Le FMI a suspendu ses prêts à la fin de 2000 à cause du manque d'engagement du gouvernement à s'attaquer à la corruption.

Le FMI a longtemps insisté sur le fait qu'il ne reprendrait pas ses prêts au Kenya tant que le gouvernement ne voterait pas deux projets de lois anti-corruption – le premier, pour réactiver une Autorité anti-corruption au Kenya ayant le pouvoir d'enquêter et d'engager des poursuites judiciaires; le second, un projet de loi d'éthique pour les agents de la fonction publique en vue d'enrayer la corruption au sein des employés du gouvernement.

Le gouvernement de Mwai Kibaki a publié ces projets de lois et a l'intention de les déposer devant le parlement dès sa réouverture le 28 janvier.

"L'exécution de ces exigences initiales devrait être assez rapide, a-t-on compris de son Excellence le président", indique Godrey Kalinga, chef divisionnaire du FMI pour l'Afrique de l'est.

"Après une réunion avec le ministère de la Justice et le ministère des Finances, j'en suis venu à la conclusion selon laquelle ces gens ont une compréhension claire de là où ils vont. Et je pense que nous devons les soutenir et nous assurer que ces actions sont réellement mises en œuvre", reconnaît Bio-Tchané.

Toutefois, les responsables du FMI soulignent que voter une législation n'est que la première étape.

"Une stratégie anti-corruption est un processus. Nous ne voyons pas cela comme étant juste un vote de lois. C'est voter des lois, mais en agissant, en prenant des mesures supplémentaires pour mettre en œuvre les politiques", affirme Bio-Tchané.

Selon lui, l'engagement de Kibaki à amener les responsables publics à déclarer leurs biens prouve que la population kényane doit également changer ses habitudes.

"Vous devez amener le secteur privé à s'impliquer également. Ces gens ne sont pas obligés de déclarer leurs biens. Ne sont-ils pas impliqués dans la corruption?", demande-t-il.

Le FMI a promis de retourner à la fin de février pour évaluer l'état de l'économie kényane et les progrès du gouvernement par rapport à ses conditions préalables. Des négociations pour un nouveau programme de trois ans reprendront alors en avril ou en mai avec le déblocage de l'argent en juillet.

L'approbation du FMI est cruciale parce qu'elle va rouvrir les portes à plusieurs autres bailleurs. Le Kenya est l'un des pays les plus pauvres au monde, avec la majorité de la population vivant avec moins d'un dollar par jour.

On s'attend à ce que la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et d'autres bailleurs bilatéraux accroissent leur soutien financier au Kenya une fois que le FMI aura donné le feu vert.

Le président Kibaki a été propulsé au pouvoir par une liste anti-corruption.

Il a commencé rapidement par s'acquitter de sa promesse.

La semaine dernière, en plus de la rédaction des projets de lois, il a créé un nouveau département pour superviser la campagne d'éradication de la corruption – le département de la Gouvernance et de l'Ethique.

Le département sera dirigé par John Githongo, un homme âgé de 37 ans, jusqu'à ces derniers temps un critique virulent du gouvernement. Il présidait Transparency international Kenya et animait une chronique dans le quotidien populaire 'East African'.

Githongo est décidé à aller directement au sommet pour éradiquer le vice.

"Dans le passé, vous aviez essentiellement une corruption commençant à de très hauts niveaux dans la direction de la nation. Le défi le plus pressant est de s'asseoir et de chercher des voies pour débarrasser la culture politique du Kenya de toute forme de corruption comme de vastes détournements de deniers publics à des fins personnelles, mais également pour des objectifs politiques", dit-il.

Toutefois, certains observateurs se disent inquiets que tant de voix critiques pour le pouvoir, appartenant à la société civile, comme Githongo, aient été cooptées dans le gouvernement. De nouveaux surveillants devront parvenir à s'occuper de ses activités.

Le nouveau ministre kényan de l'Habitat, Raila Odinga, a révélé récemment qu'on avait vendu à des douzaines de fonctionnaires politiquement liés, de luxueuses maisons gouvernementales du domaine de Nairobi à moins de 10 pour cent du taux du marché.

Le gouvernement avait dit qu'il vendait les maisons pour remplir ses caisses vides. Odinga est revenue sur les allocations.

Vendredi, le ministre kényan des Finances a annoncé qu'il y aurait un gel des paiements sur tous les contrats du gouvernement pendant que le ministère réexaminera les priorités de ses dépenses. De fréquentes allégations faisaient état de ce que le gouvernement de Moï avait payé des millions de shillings à des entrepreneurs favorisés politiquement, qui n'avaient même pas achevé les travaux pour lesquels ils avaient été engagés.