LIBREVILLE, 13 jan. (IPS) – Un accord de paix a été signé à Libreville, au Gabon, entre les représentants du gouvernement tchadien et les rebelles de l'Alliance nationale de la résistance (ANR) qui regroupe huit mouvements politico-militaires localisés dans l'est et le sud-est du Tchad.
Après de rudes tractations et des concessions faites de part et d'autre, le document paraphé jeudi dernier précise les conditions indispensables au retour de la paix au Tchad. Cet accord prévoit d'abord un cessez-le-feu qui interdit les combats entre les rebelles de l'ANR et l'armée régulière tchadienne. L'accord autorise les rebelles aptes à intégrer l'armée pour devenir des militaires tchadiens. "Tous les rebelles seront amnistiés et en échange, l'ANR renonce définitivement à la lutte armée et ne se battra que sur le champ politique".
Le Gabon va superviser l'application de cet accord qui permet "la proclamation d'un cessez-le-feu immédiat sur l'ensemble de la zone de conflit" et "la proclamation d'une amnistie générale en faveur de tous les militants, éléments et sympathisants de l'ANR".
Contrairement aux réserves formulées mercredi par le gouvernement tchadien, l'accord conclu stipule que "le gouvernement tchadien demeure ouvert au dialogue sans exclusive avec les acteurs de la vie politique tchadienne, notamment les politico-militaires, pour l'instauration d'une paix globale et durable au Tchad".
Mahamat Garfa, ancien chef d'état-major de l'armée tchadienne et président de l'ANR, est entré en rébellion contre les autorités de son pays à la suite de mésententes avec le président tchadien Idriss Déby depuis 1994. Il opérait dans l'est et le sud-est du Tchad à la tête d'un groupe de huit mouvements politico-militaires.
Les négociations avaient débuté à Libreville le 4 janvier sous l'égide du président du Gabon, Omar Bongo, du ministre gabonais des Affaires étrangères Jean Ping, de son homologue tchadien, Mahamat Saleh Annadif, et du président de l'ANR, le colonel Garfa.
"L'Accord de Libreville, c'est aussi un beau succès diplomatique remporté par le président gabonais Omar Bongo, avec notamment la proclamation d'un cessez-le-feu sur l'ensemble de la zone de conflit, la libre circulation des éléments de l'ANR et leurs biens, et une amnistie générale en faveur de tous les militants, éléments et sympathisants du mouvement que dirige le colonel Mahamat Garfa", déclare le porte-parole de l'ANR, Mahamat Abbo Sileck.
Pour Garfa, "la signature de cet accord de paix n'a pu intervenir que grâce à l'implication personnelle du président Omar Bongo qui a su nous convaincre par la sagesse, la justesse et la pertinence de ses arguments et analyses, de l'impérieuse nécessité de parvenir à une paix juste et durable".
L'optimiste de Garfa est partagé par le chef de la diplomatie tchadienne.
"C'est un acte de grande importance pour mon pays. Il sera scrupuleusement respecté", a déclaré Annadif.
Annadif a également lancé un appel aux autres forces rebelles en les invitant à suivre l'exemple de l'ANR dont les dirigeants se disent prêts à rentrer très prochainement dans leur pays. Le président de l'ANR est rentré le week-end dernier au Tchad où il a été reçu aussitôt par le président Déby.
Selon Ahmat Moussa, enseignant tchadien en exil au Gabon depuis trois ans, "l'accord signé à Libreville confirme que seul le dialogue entre le pouvoir et l'opposition est capable d'instaurer une paix globale au Tchad".
Déby, qui appartient à l'ethnie Bideyat, est accusé d'exterminer, avec l'appui de sa garde, ceux qui appartiennent à l'ethnie Tama dont est issu Garfa, le président de l'ANR.
Depuis 1998, le régime de Déby est confronté à plusieurs groupes rebelles.
En janvier 2002, un accord avait été signé entre le gouvernement et le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), le plus actif des mouvements politico-militaires sur le terrain. Depuis, les négociations sont dans l'impasse après la mort de Youssouf Togoïmi, ancien président du MDJT.
"Malgré sa volonté de s'ouvrir au dialogue depuis plusieurs mois, le président Idriss Déby est accusé d'être un autocrate et d'éliminer ses adversaires, notamment les opposants appartenant à la tribu Tama vivant au nord-est du Tchad", selon Garfa.
Garfa avait été impliqué dans l'attaque de la garnison d'Adré, dans l'est du Tchad près de la frontière avec le Soudan, qui avait causé la mort du colonel Yala Bourkou, un des hommes de main de Déby. D'où la politique d'épuration ethnique initiée par le régime de N'Djamena contre les Tama, selon l'ANR.
Un des mouvements rebelles de l'ANR, les Forces des organisations nationales pour l'alternance et les libertés au Tchad (FONALT), a rejeté l'accord signé à Libreville, déclarant "ne pas avoir été consulté".
Cet accord, qui met fin à huit années de conflit avec l'ANR au Tchad, pourrait favoriser la mise en œuvre de mesures visant au retour définitif de la paix dans ce pays d'Afrique, affirment les autorités gabonaises. "Les différentes classes politiques, qui se sont succédé depuis la proclamation de l'indépendance au Tchad en août 1960, n'ont jamais réussi à établir une paix durable" dans le pays, souligne un diplomate tchadien en poste à Libreville.

