DROITS: Conférence sur l'éradication de la violence à l'encontre des femmes

BERLIN, 26 déc. (IPS) – Des conditions-cadres et lois politiques ne suffisent pas à elles seules à enrayer la violence spécifique au genre. Les institutions et organisations étatiques et non gouvernementales doivent ratifier et mettre en oeuvre des directives politiques visant à prévenir et à punir la violence faite aux femmes et aux filles.

Dans ce contexte, le renforcement du rôle des professions soi-disant stratégiques – médecins, personnel de santé, travailleurs sociaux et éducateurs – constitue la clé du succès, ont indiqué des experts participant à une conférence internationale. Ils ont également plaidé pour le renforcement de la police et du système judiciaire.

Toutefois, cela présuppose que les institutions correspondantes, souvent caractérisées par une hiérarchie dominée par les hommes, soient disposées à s'identifier à la question et intègrent les nouvelles exigences qui en résultent dans la panoplie de leurs services et spécialement dans leur culture organisationnelle.

La conférence a été organisée du 2 au 4 décembre à Berlin par l'Agence allemande de coopération technique (GTZ) sur 'L'éradication de la violence faite aux femmes et aux filles – Renforcement des droits de l'Homme'.

"La violence à l'encontre des femmes est une expression de masculinité", affirme James Lang de Oxfam, une ONG internationale basée en Grande-Bretagne. Les hommes ou les garçons commettent près de 90 pour cent de tous les crimes violents. Les femmes ne commettent qu'environ 10 pour cent des crimes", ajoute-t-il.

L'écrasante majorité des actes violents commis par des hommes sont dirigés contre leurs semblables. Environ 20 pour cent affectent toutefois les femmes et les filles, notamment sous forme d'abus sexuel, physique ou psychologique au sein de la famille.

La raison de ces différences sensibles entre les femmes et les hommes par rapport aux tendances violentes sont les modèles et identités attribués aux deux sexes, qui ont été appris, assimilés et sont constamment reproduits.

Les stéréotypes masculins dominants dans la plupart des sociétés sont liés au pouvoir, à la force, à la domination et à l'agressivité; l'idéal féminin, au contraire, est associé à la passivité, à la subordination et la sollicitude.

"Cette division des rôles va généralement de pair avec une nette différence dans le pouvoir de chaque genre en rapport avec les ressources économiques, le pouvoir de prendre des décisions politiques et la mobilité", déclare Lang.

Selon Andrew Morrison de la Banque inter-américaine de développement (IADB), la violence a des coûts sociaux. Ceci est dû au fait que la violence faite aux femmes et aux filles n'est pas seulement une violation des droits humains fondamentaux, mais également un phénomène social ayant d'importantes conséquences pour l'économie en général, souligne-t-il.

Il ajoute que les conséquences de la violence basée sur le genre constituent une perte substantielle de ressources publiques. Les frais résultent, par exemple, de l'acquisition des biens et services nécessaires pour le traitement médical des victimes et pour les procédures policières et judiciaires contre les auteurs.

De même, la baisse de la productivité du travail des femmes violées, c'est-à-dire, leur absence du lieu du travail, doit être prise en compte, comme doit l'être celle des auteurs qui purgent leur peine de prison, isolés de la société.

Morrison souligne que des études aux Etats-Unis, en Nouvelle Zélande, en Grande-Bretagne, aux Pays-Bas et en Suisse ont révélé les coûts sociaux de la violence basée sur le genre qui s'élèvent à plusieurs milliards.

Une étude canadienne datant de 1995 a évalué les coûts estimatifs mesurables de la violence faite aux femmes, en termes de soins de santé et de bien-être seuls, à 1,5 milliard de dollars par an.

Une étude commandée par le gouvernement néo-zélandais a montré que les dépenses nationales pour les mesures liées à la violence à l'encontre des femmes, correspondent au bénéfice réalisé sur le principal produit d'exportation, la laine.

Les femmes concernées et leurs enfants trouvent également leur potentiel de développement réduit. Des femmes qui sont exposées à la violence doivent faire face aux énormes conséquences psychologiques qui affectent négativement leur capacité à résister au stress et à jouer un rôle dans une famille et un milieu professionnel, avec une incapacité totale qui en est souvent le résultat final, explique Morrison.

Nahid Toubia, présidente-fondatrice de Rainbo, une organisation internationale à but non lucratif travaillant sur des questions du domaine de l'intersection entre les droits sanitaires et les droits humains des femmes, a plaidé pour l'examen de la violence basée sur le genre à partir d'une perspective inter-culturelle.

La violence est définie et légitimée différemment selon le contexte culturel, a-t-elle déclaré. Alors que, par exemple, dans plusieurs sociétés africaines, la mutilation génitale des filles est perçue au niveau local comme un important rituel positif, la pratique est définie internationalement, dans le contexte des conventions des droits humains, comme la mutilation du corps de la femme et une forme grave d'abus; dans plusieurs systèmes juridiques nationaux, c'est maintenant un délit criminel punissable.

La punition physique des femmes est acceptée à un certain degré dans plusieurs sociétés non seulement par les hommes, mais également par les membres de sexe féminin de la famille, et reste impunie. Les crimes pour l'honneur contre les femmes et les filles, perpétrés par leur famille, par exemple, dans le cas d'une fille célibataire qui tombe enceinte, sont encore légitimés conformément à la loi traditionnelle dans certains pays arabes.

Dans plusieurs sociétés et groupes sociaux, la violence basée sur le genre prend différentes formes, caractéristiques et dimensions. Par exemple, au début des années 90, les statistiques sur le viol en Australie étaient vingt fois supérieures à celles du Japon.

Des attaques à l'acide et des crimes de dot sont des formes de violence spécifique au genre qui se produisent fréquemment dans certains pays asiatiques. Dans d'autres pays, on sait que les filles sont violées et exploitées sexuellement comme une soi-disant thérapie contre le SIDA.

Les plus courantes formes de violence contre les femmes et les filles, dans les pays industrialisés, sont les attaques physiques et sexuelles au sein de la famille, a poursuivi Toubia. La violence basée sur le genre, a-t-elle ajouté, est plus probable dans des sociétés où les femmes ont un statut social plus bas et où il existe un grand écart dans l'équilibre de pouvoir par rapport à la violence des genres qui est en général très répandue, et aux changements économiques et politiques acceptés après des situations de crise, de conflit, qui doivent être trouvés.

Au nombre des participants, figuraient Monique Ilboudo, ministre burkinabè de la Promotion des Droits de l'Homme, et Mu Sochua, ministre cambodgien des Affaires des Femmes et des Vétérans, et le commissaire du gouvernement allemand pour les Droits de l'Homme, Gerd Poppe.

Dans un document de référence, la GTZ fait remarquer que l'expérience en matière de coopération technique montre comment la prévention et l'éradication de la violence peuvent être intégrées dans de nouveaux projets en cours. Ces exemples sont trans-sectoriels en nature et confirment le fait que les points de départ pour l'action existent à tous les niveaux, et que dans certains cas, d'importants effets peuvent être obtenus avec des apports relativement faibles.

Ils sont guidés par les considérations stratégiques suivantes : – La démocratie et l'Etat de droit sont incomplets sans une réduction de la violence à l'encontre des femmes – La violence faite aux femmes doit être éradiquée si l'on veut qu'il y ait une réduction durable de la pauvreté.

– Les stratégies pour réduire la violence requièrent la coopération avec les ONG et des alliances et réseaux locaux.

– La prévention de la violence signifie l'amélioration des conditions-cadres pour des actions non-violentes.

Une publication intitulée 'Stop à la violence contre les femmes et les filles' donne des exemples tirés du domaine de la coopération technique allemande.