SANTE-BENIN: Espoirs déçus chez les personnes atteintes du SIDA par rapportà la trithérapie

COTONOU, 24 déc. (IPS) – La prise en charge des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) au Bénin a été introduite dans le Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), mais les espoirs suscités n'ont pas été comblés malgré l'avènement de la trithérapie par les médicaments anti-rétroviraux.

Le taux de séroprévalence de l'infection par le VIH/SIDA au Bénin est passé de 0,3 pour cent en 1990 à 4,1 pour cent en 2001, pour une population de 6,752 millions d'habitants que compte ce pays d'Afrique de l'ouest.

Considérée comme un des moyens de lutte contre le SIDA, la prise en charge des PVVIH était, jusqu'en 1997, l'affaire de quelques organisations non gouvernementales (ONG). L'une d'entre elles est l'ONG Arc-en-ciel créée en 1990. Elle dispose d'un centre médical où le dépistage du SIDA se fait et où des personnes porteuses du virus sont suivies et traitées. Soutenue par des partenaires étrangers, Arc-en-ciel prend en charge, depuis 1995, en moyenne 300 personnes par an. Selon Dr Richard Hounnou, médecin au centre médical Arc-en-ciel, "la prise en charge des personnes infectées par le virus du SIDA comporte trois volets : un volet médical, un volet psychosocial et un volet spirituel". Au plan médical, les malades sont suivis et traités dans l'hôpital, notamment en ce qui concerne les infections opportunistes. Ils bénéficient parfois de visites à domicile sur décision de l'ONG ou à l'appel des malades eux-mêmes ou de leurs parents. "En dehors des soins que nous donnons, la prise en charge psychosociale se fait tous les jours", explique Dr Hounnou.

Le volet social, qui devrait permettre à l'ONG d'aider les malades à avoir des activités génératrices de revenus, "n'est pas très développé", reconnaît-il. Des religieux sont sollicités au besoin pour soutenir spirituellement les malades qui le souhaitent. D'autres ONG ainsi que des structures caritatives de l'Eglise catholique prennent aussi en charge des PVVIH dans deux hôpitaux installés dans le département du Zou, au centre du pays.

C'est en 1997 qu'un service de prise en charge a été créé au sein du PNLS qui dépend du ministère de la Santé publique. Selon le responsable de ce service, Dr Alphonse Guèdèmè, "cette prise en charge comprend deux volets : la prise en charge médicale et la prise en charge psychosociale". S'agissant de la prise en charge médicale, elle comporte la prévention ou le traitement des affections opportunistes ainsi que le traitement par les médicaments anti-rétroviraux (ARV) des PVVIH éligibles à ce traitement.

Trois sites de santé assurent cette prise en charge médicale pour le compte du PNLS.

Ce volet, qui se résumait au don de quelques médicaments (chloroquine, paracétamol, glucose) aux malades, a été renforcé, à partir de 2001, avec le démarrage d'un programme d'accès aux ARV dénommé Initiative béninoise d'accès aux ARV (IBA-ARV). Grâce à cette initiative soutenue à 80 pour cent par le Fonds de solidarité thérapeutique internationale (FSTI), des réductions substantielles ont été faites sur le coût du traitement individuel des malades par les ARV. Le coût du traitement mensuel par personne était de 300.000 francs CFA (environ 461,5 dollars US). Aujourd'hui, le traitement par les ARV a démarré pour quelque 400 personnes infectées par le VIH/SIDA et son coût varie entre 1.000 FCFA (environ 1,5 dollar US) et 20.000 FCFA (environ 30,7 dollars US) par mois et par malade en fonction de son niveau de vie.

Pour les personnes touchées par le SIDA, l'avènement des ARV au Bénin a constitué un soulagement puisque avec ces médicaments, il est possible de ralentir la progression de la maladie et de vivre avec elle sans attendre la mort à tout instant. Mais à peine ce programme a-t-il été lancé que la déception s'est à nouveau installée chez les malades du SIDA. Pour cette année, 400 personnes étaient prévues pour bénéficier du traitement aux ARV sur les 160.000 PVVIH que compte le Bénin. A en croire la présidente de l'une des associations des PVVIH, Action Espoir et Vie (AEV), Laurence Abati, "les analyses préliminaires que doivent faire les malades candidats à ce traitement coûtent cher, il faut au moins 35.000 FCFA (environ 53,8 dollars US), une somme que beaucoup de malades n'ont pas". C'est ce qui amène Abati à affirmer "qu'il n'y a pas encore de prise en charge réelle des malades du SIDA au Bénin". A ce propos, la ministre de la Santé publique, Céline Kandissounon Seignon, a déclaré que "des efforts ont été consentis par le gouvernement pour réduire le coût de ces analyses préliminaires, qui est passé à 12.000 FCFA (environ 18,5 dollars) actuellement". Abati indique que "le centre de traitement ambulatoire, qui accueille les malades, manque cruellement du minimum de moyens pour fonctionner normalement". Elle souhaite que "les ONG, qui interviennent dans le domaine de la prise en charge des personnes malades du SIDA, travaillent directement avec les bénéficiaires organisés en association au lieu de passer par les structures étatiques".

Infectée par le VIH depuis plus de 10 ans, Abati se dit "scandalisée de la manière dont l'argent du SIDA est géré", affirmant que "Les fonds consacrés aux PVVIH par l'Etat ne sont jamais débloqués. Nous nous apprêtions à manifester notre mécontentement, mais on nous a rappelés à l'ordre. Certains membres de l'association risquaient de perdre leur emploi, c'est pourquoi nous avons renoncé".

Face à l'amertume de nombreux malades qui souhaitent bénéficier de la prise en charge par les ARV, Dr Guèdèmè explique que "ce traitement n'est bénéfique pour le patient qu'à partir du moment où sa charge virale augmente et que les moyens de défense de son organisme commencent à chuter. La décision de traiter un malade dépend également de l'état de fonctionnement de certains de ses organes", ajoute-t-il.