DAKAR, 27 déc. (IPS) – Les pluies sont rares cette année au Sénégal, et les effets de la sécheresse se font terriblement sentir dans le monde rural où l'eau manque pour les habitants et les cultures maraîchères dans certains villages qui ont souvent recours aux pompes éoliennes.
A Diass, un village situé à une trentaine de kilomètres de Thiès, une ville à 70 km de Dakar, la capitale sénégalaise, la population est presque en deuil car l'éolienne, qui pompe l'eau de l'unique puits qui alimente les habitants du village, le bétail et les cultures maraîchères, est en panne. Bassirou Sylla, le chef du village, explique que les villageois n'ont rien récolté cette saison à cause de la sécheresse qui a sévi dans tout le pays et que la pompe éolienne est le seul moyen de maintenir la vie dans cette zone aride et isolée. "Aux yeux des villageois, l'éolienne n'est pas considérée comme une simple machine, mais un membre à part entière du village", dit-il.
Cette éolienne à été installée par l'organisation non gouvernementale (ONG) Eau Vive, en 1988, pour aider les populations rurales à développer le maraîchage et assurer leur autosuffisance. "Avant l'arrivée de l'éolienne, on tirait l'eau à la main et c'était vraiment pénible", raconte Sylla à IPS.
"Depuis que l'éolienne est installée, nous avons pu mettre, dans le périmètre maraîcher, neuf bassins de six mètres cubes (m3) chacun, ce qui nous a permis d'augmenter et d'améliorer notre production. En plus du mil, nous produisons du bois et des arbres fruitiers", ajoute-t-il. "Cela était impossible à faire sans l'éolienne".
A Mont Rolland, un village situé à 15 km de Thiès, le Groupement d'intérêt économique du Vent, l'eau pour la vie (GIE VEV), entretient trois éoliennes qu'il avait installées depuis une dizaine d'années. Dans ce village, la réalisation d'un forage coûte extrêmement cher malgré l'existence d'une nappe phréatique importante, mais qui est très profonde.
"Un forage coûte au minimum 30 millions de francs CFA (environ 46.154 dollars US) car il faut creuser parfois jusqu'à une profondeur de 80 mètres pour trouver de l'eau", indique Michel Tine, coordinateur du GIE VEV. Selon lui, trouver de l'eau ne résout pas tout le problème car il faut la pomper pour la rendre accessible à la consommation.
"Avant, les villageois n'avaient que deux choix : soit tirer l'eau à la main, soit utiliser une pompe diesel. Or, la première solution était pénible et la deuxième, trop cher et surtout polluante", explique-t-il. "La pompe éolienne a réglé à la fois les deux problèmes".
Une pompe éolienne n'utilise que le vent comme source d'énergie et peut pomper jusqu'à une profondeur de 80 mètres. En outre, cette machine fonctionne sans arrêt, tant qu'il y a du vent et elle produit de l'eau à moindre coût : 800 FCFA (environ 1,2 dollar US) le m3 contre 1.500 FCFA (environ 2,3 dollars US) auprès de la Société de l'Eau (SDE).
Les éoliennes permettent également d'éliminer une grande partie des maladies liées à la consommation de l'eau en milieu rural, d'où leur nom d'instruments "hydrosanitaires".
L'installation d'éoliennes dans des zones qui n'ont d'autres revenus que l'agriculture, permet aussi la création d'emplois, notamment pour les jeunes ruraux ayant souvent tendance à aller vers les villes, à la recherche de moyens de subsistance pour eux et leurs familles restées au village.
"Quand notre éolienne fonctionnait bien, il y avait, dans cet espace, un grand jardin avec trois bassins, aujourd'hui sec et désolé; il y avait des choux, des oignons, de la salade et d'autres légumes. Cela avait beaucoup changé la vie des jeunes et des villageois", se souvient Sœur Agnès, de la mission catholique. "La panne de l'éolienne a eu une répercussion socio-économique néfaste sur le village de Mont Rolland… La sécheresse n'a pas arrangé les choses car les villageois n'ont rien récolté", se plaint-elle.
Selon Tine, il existe différentes dimensions d'éoliennes. "La première dimension que nous avons installée au début était de 12 mètres de hauteur, mais s'apercevant que le couvert végétal au Sénégal dépassait cette hauteur, nous avons opté pour des éoliennes de 16 mètres : taille standard qui tourne avec une roue de quatre mètres de diamètre et qui pèse 1.125 kilogrammes".
Une éolienne est généralement liée à un réservoir qui alimente à son tour des bassins d'irrigation ou des abreuvoirs. Il existe des zones où l'éolienne déverse directement son eau dans les bassins. Ce système est destiné uniquement aux maraîchères.
"Un puits de 20 mètres fournit un débit de 3.000 litres par heure tandis qu'un puits de 80 mètres donne 800 litres/h", selon Tine, ajoutant : "Un puits fournit en moyenne 18 m3/24 h, ce qui est largement suffisant pour la couverture des besoins d'un village de 500 personnes".
"Avant, il existait le système de cotisation, mais ce dernier générait parfois des conflits en cas de non récolte. Aujourd'hui, les villageois dotés d'un comité de gestion de l'eau, ont opté pour un système de tarification équitable qui détermine le prix de l'eau à 10 FCFA (environ 015 cents US) la bassine de 20 litres, pour tout le village", explique-t-il.
Les femmes ne sont pas en reste puisque, d'après Tine, il y a beaucoup de villages qui les impliquent maintenant dans la gestion de l'éolienne et de l'eau.
Plusieurs pompes éoliennes ont été installées dans différentes régions du Sénégal, par le GIE VEV depuis sa création, en 1993, par de jeunes spécialistes en hydraulique et en énergie éolienne, désireux de remédier aux problèmes posés par le manque d'eau en milieu rural, en utilisant les énergies renouvelables et les technologies propres.
Les éoliennes installées par le GIE de Tine sont construites à 95 pour cent dans les ateliers du vent, à Thiès et seules les garnitures — joints en cuir qui aspirent l'eau au niveau, et les crépines qui filtrent l'eau pour la faire entrer dans la pompe — sont importées d'Italie.
L'éolienne clé en main revient à 5,5 millions FCFA (environ 8.462 dollars US) et l'éolienne de récupération, remise à neuf, coûte entre 3,5 millions FCFA (environ 5.385 dollars US) et 4 millions FCFA (environ 6.154 dollars.
Les investissements sur ces machines sont importants, selon les paysans.
"Pour encourager les agriculteurs, il faut leur faire des tarifs assez intéressants. Je ne suis pas le seul à vouloir monter une éolienne… Il y a plusieurs personnes qui voudraient en monter une, mais qui n'ont pas les moyens", confie Michel Chami, arboriculteur à Thiès, désireux d'acquérir une éolienne pour équiper son jardin d'un puits.
"La somme de 2,5 millions FCFA (environ 3.846 dollars US) me paraît raisonnable, mais même cela pourrait être cher pour d'autres agriculteurs", suggère Chami.
Tine conseille aux paysans voulant acquérir une machine de s'organiser en association ou de chercher un partenaire (entreprises, ONG, organismes…) qui pourraient éventuellement les appuyer financièrement.
François Ndjone, technicien principal de VEV et responsable de l'atelier du vent, assure que les éoliennes sont très robustes et tombent rarement en panne. "Pour maintenir une éolienne en bon état, il faut changer les garnitures tous les deux ans et les roulements tous les quatre ans", conseille-t-il.
Les lourdes charges auxquelles est soumis Tine constituent le problème majeur de entreprise. "En dehors des différents frais sociaux, nous payons environ 700.000 FCFA (environ 1.077 dollars US) par an à l'Etat et nous sommes imposés sur tous les achats et les bénéfices", révèle-t-il..
"L'Etat devrait nous aider car non seulement nous nous occupons d'un secteur stratégique et sensible, mais nous prenons aussi en charge des jeunes désœuvrés", ajoute Tine.

