KINSHASA, 23 déc. (IPS) – Les réfugiés centrafricains du camp de Mole, situé à 35 kilomètres de la ville de Zongo, dans la province de l'Equateur, à l'extrême nord-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), se préoccupent plus de leur santé et de la faim et souhaitent retourner dans leur pays.
"Nous mourons de faim ici. Nous préférons encore rentrer chez nous", telle est la plainte enregistrée quasi-unanimement auprès des quelque 3.500 réfugiés centrafricains gérés sur le site de Mole par le Haut commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR).
Comme il l'avait fait à Kimaza, dans la province du Bas-Congo et à Lubumbashi, dans le Katanga, le HCR a procédé, la semaine dernière, à l'enregistrement de tous les réfugiés de nationalité centrafricaine cantonnés sur le site de Mole, non loin de Zongo, en vue de leur attribuer une carte d'identité qui leur confère officiellement la qualité de réfugié en RDC.
Les réfugiés centrafricains ont quitté leur pays, il y a deux ans, à la suite de la répression appliquée contre eux par le régime en place à Bangui après la tentative de coup d'Etat de mai 2001, revendiquée par le général André Kolingba, ancien président de la République centrafricaine (RCA) contre son successeur, Ange Félix Patassé. Le camp de Mole est situé à 35 km de Zongo (26 000 habitants) qui, elle-même, fait face à Bangui, la capitale centrafricaine, les deux villes étant séparées par la rivière Ubangui, un affluent du fleuve Congo. Les 3.500 réfugiés y vivent depuis 2001. Leur péché est d'appartenir, d'une manière générale, à l'ethnie "Yakoma" de l'ancien président Kolingba en fuite, lui aussi. Bon nombre de ces réfugiés militaient également dans le Rassemblement démocratique centrafricain, parti de Kolingba. A 150 km plus au sud, vivent, dans le camp de Bokilio, des réfugiés militaires. "Nous étions près de 100.000 personnes à quitter Bangui, en juin 2001", indique José Mbombo, rapporteur général de la coordination des réfugiés. "Rien qu'à Zongo, nous étions plus de 30.000. L'assistance du HCR ayant beaucoup traîné, les autres se sont éparpillés dans différents endroits le long du fleuve Ubangui".
Les réfugiés centrafricains ont souhaité parler aux journalistes, venus de Kinshasa, d'autres préoccupations plus primaires et quotidiennes, notamment de l'insécurité alimentaire et de l'insuffisance de la couverture sanitaire.
"Le plus grand problème ici au camp de Mole est l'absence de nourriture", déclare le président de la coordination des réfugiés, Faustin Bambou. "Nous sommes obligés de nous débrouiller grâce à de petits potagers alors que le HCR devrait nous pourvoir en nourriture. Certains réfugiés ont même préféré repartir sur Bangui, en dépit des dangers que cela représente, en se disant autant mourir assassinés par la milice de Patassé en Centrafrique que de faim au Congo", ajoute Bambou.
Le HCR reconnaît la rupture de l'approvisionnement du camp des réfugiés en nourriture, mais déclare que cela est hors de ses attributions. "Les problèmes d'alimentation concernent entièrement le Programme alimentaire mondial (PAM) avec lequel nous travaillons en synergie", explique Marie-Antoinette Okimba, chef du bureau du HCR à Zongo. "Nous sommes en pourparlers avec lui (le PAM) pour qu'il reprenne ses approvisionnements en nourriture sur le site de Mole. Et en principe, les premières cargaisons sont en route en ce moment. C'est une exception car le PAM n'assiste que les camps habités par au moins 5.000 personnes. A Mole, il n'y a que 3.500".
En plus du manque de nourriture, il se pose, à Mole, selon les réfugiés, une insuffisance de la couverture sanitaire. Hubert Mbanza, 59 ans, journaliste et ancien responsable de la radio nationale centrafricaine se plaint : "Quand vous voyez des malades devant notre centre sanitaire, vous avez l'impression que les soins sont assurés. Il y en a qui sont là depuis plusieurs semaines, et même plusieurs mois sans recevoir de soins, à part les comprimés de paracétamol qui sont devenus une sorte de panacée universelle pour toutes les maladies. Le HCR a promis un approvisionnement en produits pharmaceutiques et les malades attendent toujours. Malheureusement, il y a des cas de décès".
Pour assurer la couverture sanitaire, le HCR se fait aider par un partenaire local, l'Association de développement social pour la sauvegarde de l'environnement (ADSSE), une organisation non gouvernementale (ONG) de développement.
Dans une des pièces qui servent de salle des soins, le médecin commis au camp, Dr Jules Mbaka, rejette toutes les accusations des réfugiés : "Les cas de décès que nous avons connus sont surtout dus au SIDA et nous n'y pouvons pas grand-chose. Le problème, selon moi, est plutôt psychologique.
Les malades réfugiés ont en tête des noms des produits pharmaceutiques et une pratique de soins qu'ils ont connus dans leurs pays. Souvent, ils font eux-mêmes leurs propres prescriptions et viennent exiger les produits au médecin que je suis". C'est en somme la pratique de l'automédication que le médecin du camp refuse de cautionner, ce qui met en colère la plupart des réfugiés.

