HARARE, 19 nov. (IPS) – Le ministre des Finances du Zimbabwe, Herbert Murerwa, a qualifié de sombre la période à venir, en présentant un budget annuel de 14 milliards de dollars US devant le parlement, à Harare.
"Le pays est actuellement confronté à de sérieuses difficultés socio-économiques. Leur importance nécessite une action corrective urgente pour éviter une détérioration ultérieure", a affirmé Murerwa jeudi dernier.
La performance économique a baissé de 19,3 pour cent au cours des trois dernières années tandis que l'inflation a grimpé, passant de 86 pour cent en novembre 2001, à 144 pour cent à la fin d'octobre.
"Ceci a accru l'image du pays perçu comme une destination d'investissement à haut risque et, les normes comptables de l'hyper-inflation en vigueur actuellement dans le pays", a indiqué Murerwa.
Murerwa estime que cette situation est due à la sécheresse, mais aussi aux perceptions internationales négatives "suite à la mise en œuvre de la réforme agraire, qui ont aggravé les difficultés économiques actuelles".
L'économie zimbabwéenne a commencé par amorcer une pente descendante après la saisie, par le gouvernement du président Robert Mugabe, de 4.500 fermes commerciales appartenant à des fermiers blancs pour y réinstaller des millions de Noirs sans terre.
Dans le budget de 2002, le gouvernement avait prévu un ralentissement de 7,3 pour cent de l'économie cette année.
Toutefois, a souligné Murerwa, le Zimbabwe continue de faire face à une forte inflation, à des pénuries de devises étrangères, à l'épargne et à la production en baisse. Cette année, on s'attend à une baisse de la performance économique de 11,9 pour cent.
Selon Murerwa, on connaîtra une forte baisse dans le secteur agricole qui, d'ici à la fin de l'année, aurait reculé de moins 20,8 pour cent par rapport aux moins 12,9 pour cent de l'année dernière.
Le secteur agricole, qui est la principale source de devises étrangères pour le Zimbabwe, a été touché par des occupations de fermes menées par des partisans du parti au pouvoir, aux termes d'un plan controversé de redistribution de terres aux Noirs sans terre.
La production du maïs, l'aliment de base, a baissé d'un tiers et est passée à un demi-million de tonnes. Résultat d'une combinaison du programme de réforme agraire et de la sécheresse, les importations totales de vivres sont estimées à 359,3 millions de dollars US.
Dans une initiative destinée à amener les travailleurs à rapatrier une plus grande partie de leurs revenus vers leur pays, le gouvernement a ajusté les seuils et fourchettes de taxes pour accroître le revenu disponible des contribuables.
Mais, des analystes estiment que les taxes exceptionnelles sur les revenus seront englouties par la forte inflation.
Les bureaux de change, qui ont été accusés d'alimenter le marché parallèle, seront supprimés d'ici à la fin du mois. De même, en vue d'augmenter les recettes en devises étrangères qui font cruellement défaut, le gouvernement est en train de cibler les trois millions de Zimbabwéens expatriés, travaillant principalement en Grande-Bretagne, en Afrique du Sud et au Botswana.
Murerwa a affirmé que le gouvernement les invitait à rapatrier les devises étrangères au pays par l'intermédiaire de circuits bancaires formels dans un fonds administré à travers la Banque centrale du Zimbabwe.
On estime que les expatriés zimbabwéens ont la possibilité de rapatrier au pays plus de 250 millions de dollars US par an. Les mesures incitatives pour la mobilisation de ces ressources seront annoncées sous peu.
Mais l'initiative a peu de chances de réussir puisque la plupart des Zimbabwéens qui sont à l'étranger ont fui les problèmes économiques accablants au pays.
Par surcroît de malheur, la grande partie des Zimbabwéens de l'étranger est encore furieuse parce que le gouvernement lui a refusé le droit de vote au cours des dernières élections présidentielles et législatives.
Alors que le gouvernement espère réduire la pauvreté croissante grâce au budget, ce dernier semble populiste et sans aucun rapport avec les problèmes auxquels sont confrontés les 13 millions de Zimbabwéens, dont la moitié a besoin d'aide alimentaire d'urgence, et, dont les trois quarts vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Le ministre des Finances n'a également fait aucune référence au taux stabilisé des devises étrangères que le gouvernement propose, mais que les industriels trouvent surévalué et demandent la dévaluation.
Un dollar US équivaut à 55 dollars zimbabwéens dans le taux de change officiel, alors qu'il atteint 1.600 dollars zimbabwéens sur le marché parallèle florissant.
Les dépenses réservées à la défense sont également restées très élevées, recevant la deuxième plus grande allocation budgétaire après l'éducation et devant le secteur de la santé.
Le budget du ministère de la Défense est passé de 673 millions de dollars US à 1,4 milliard de dollars US au taux de change officiel. Le ministère de la Santé a reçu un peu moins que celui de la Défense.
Contrairement au prédécesseur de Murerwa, Simba Makoni, qui a prévenu, l'année dernière, que si le gouvernement ne faisait pas d'efforts concertés pour relancer l'économie et améliorer l'image du pays sur le plan international, il serait simplement condamné, le nouveau ministre des Finances compte sur une intervention divine.
Murerwa a terminé sa présentation du budget en citant la bible, dans Jérémie 29, verset 11 qui dit : "Car je connais les projets que j'ai formés pour toi, déclare le Seigneur. Projets de bonheur et non de malheur. Projets pour te donner de l'espérance et un avenir".
Au milieu des éclats de rire retentissants et des moqueries des députés de l'opposition, Muverwa a conclu en disant : "Dieu a un plan similaire pour le Zimbabwe".

