DROITS: Kinshasa est mécontent des exactions subies par des Congolais à Bangui

KINSHASA, 16 nov. (IPS) – Le ministre congolais des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, a dénoncé, en les qualifiant "d'inhumaines", les conditions que vivent les ressortissants de la République démocratique du Congo (RDC) à Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA).

Au cours d'une conférence de presse, jeudi à Kinshasa, She Okitundu a "regretté que d'innocents ressortissants congolais puissent subir tant d'humiliations corporelles jusqu'à perdre leur vie pour des délits qu'ils n'ont pas commis". Accompagné du ministre des Droits humains, Ntumba Luaba et de la ministre des Affaires sociales, Jeanne Ebamba Boboto, le chef de la diplomatie congolaise s'était rendu à Bangui le 13 novembre, porteur d'un "message de protestation du gouvernement congolais contre la traque dont les Congolais de Bangui étaient l'objet de la part des Centrafricains". Les Centrafricains s'en étaient, en effet, pris aux Congolais en guise de représailles contre les tueries et autres exactions imputées aux troupes du rebelle congolais, Jean-Pierre Bemba, venues au secours du président de la RCA, Ange Félix Patassé, lors de la tentative de coup d'Etat perpétré par les hommes du général François Bozizé, ancien chef d'état-major des Forces armées centrafricaines, entré en dissidence contre le pouvoir central de son pays. "Les troupes du Mouvement de libération du Congo (MLC de Bemba) sont accusées de faits extrêmement graves sur les populations centrafricaines", a déclaré She Okitundu. "Il y a eu la chasse aux Congolais à travers les rues de Bangui, la population centrafricaine ne faisant plus de différences entre les troupes de Jean-Pierre Bemba et les populations congolaises qui vivent sur le territoire centrafricain depuis de longues années", a-t-il affirmé. "Nous avons vu le président Patassé et lui avons demandé de prendre des mesures immédiates pour arrêter ces exactions contre les populations congolaises", a-t-il ajouté. Près de 5.000 ressortissants congolais vivent en République centrafricaine.

Ils viennent en majorité de la province de l'Equateur et vivent généralement de petits métiers. Dès que les représailles ont commencé, ils se sont réfugiés dans les locaux de l'ambassade de la RDC à Bangui en attendant leur rapatriement au pays. Selon Fatoumata Kaba, chargée de la communication au bureau de la délégation régionale du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) à Kinshasa, 1.300 personnes ont pu regagner le pays : "Ils étaient dans un tel état de choc qu'ils ont préféré rentrer chez eux sans chercher à savoir ce que sont devenus leurs biens". En dehors du HCR, deux autres organismes participent à l'opération de rapatriement des Congolais de Bangui : le Programme alimentaire mondial (PAM) et la Coopération italienne.

Il reste encore plus de 2.000 Congolais dans et aux alentours de l'ambassade du Congo à Bangui. Ce sont ceux-là que la délégation du gouvernement a rencontrés à son arrivée dans la capitale centrafricaine : "Ils portent des traces de tous les mauvais traitements qu'ils ont subis", a indiqué la ministre congolaise des Affaires sociales. "Nous leur avons apporté ce que nous avons pu pour les consoler, notamment quelques provisions parce qu'il y en a encore un bon nombre qui arrivent de l'intérieur de la Centrafrique", a expliqué Boboto. Au-delà du sort des ressortissants congolais, les derniers événements de Bangui ont jeté un coup de froid sur les relations diplomatiques entre la RDC et la RCA. Kinshasa aimerait savoir pourquoi le président Patassé a préféré appeler à son secours un rebelle, Jean-Pierre Bemba, plutôt que de s'adresser au gouvernement légal avec lequel la RCA entretient des relations normales d'Etat à Etat. "Il est, en effet, tout à fait inédit de voir un gouvernement légal faire appel à une troupe rebelle qui combat le gouvernement avec lequel il entretient des relations de coopération et même d'amitié. Il se pose donc un sérieux problème sur le plan du droit international. Il était important que M.

Patassé nous donne quelques explications", a déclaré She Okitundu.

En guise de réponse, selon le ministre congolais des Affaires étrangères, le président Patassé aurait évoqué un "danger imminent" qui l'avait poussé à faire appel aux troupes de Bemba qui étaient toutes proches plutôt que de s'adresser à Kinshasa. C'est la deuxième fois que le même réflexe se reproduit. La première fois, c'était lors d'une mutinerie au cours de laquelle une première tentative de coup d'Etat de l'ancien président centrafricain, André Kolingba, avait été matée en 2001, grâce aux troupes de Bemba. A l'époque, le président Patassé avait déclaré qu'il avait fait appel à son "fils Jean-Pierre Bemba, parce que quand la maison brûle, on ne cherche pas à connaître l'identité de celui qui vient en aide".

Les relations entre Kinshasa et Bangui n'ont, en fait, jamais plus été réellement bonnes depuis le déclenchement de la guerre au Congo en 1998. La RDC a souvent accusé la République centrafricaine de "rouler franchement et contrairement aux usages diplomatiques, pour Jean-Pierre Bemba, notamment en l'approvisionnant en produits pétroliers et même en armes. Kinshasa a même, au plus fort de la guerre, bloqué des cargaisons de produits pétroliers en partance pour Bangui", selon des analystes. En outre, à la fin de juin dernier, l'ambassadeur de la République centrafricaine au Congo, Cissé le Bernard Nzapa, avait été déclaré persona non grata et renvoyé chez lui pour "pédophilie".