POPULATION-BURKINA FASO: Le gouvernement encourage le retour volontaire de sesressortissants en Côte d'Ivoire

OUAGADOUGOU, 20 nov. (IPS) – Plus de 2.000 Burkinabè fuyant les exactions en Côte d'Ivoire, souvent dépouillés de leurs biens, sont retournés depuis une semaine au Burkina Faso dans le cadre de l'opération "Bayiri" qui signifie "Patrie" dans une langue locale.

"Cela donne une connotation fraternelle à l'opération, les rapatriés sauront qu'on les attend chez eux", explique Mariam Lamizana, ministre burkinabè de l'Action sociale.

Les rapatriés sont arrivés dans des cars loués par le gouvernement burkinabè qui assure gratuitement aussi leur transport jusqu'à leur ville ou village d'origine. Ils sont arrivés via le Ghana car le Burkina Faso a fermé sa frontière avec la Côte d'ivoire depuis le 20 septembre, au lendemain de l'éclatement de la mutinerie militaire dans ce pays voisin.

La plupart des rapatriés volontaires viennent d'Abidjan, la capitale économique ivoirienne, de Daloa et Tiébissou, respectivement dans le centre-ouest et le centre de la Côte d'Ivoire.

"Bayiri n'est qu'une opération stratégique pour favoriser leur retour volontaire au pays… Nous avons mis des facilités pour favoriser ceux qui veulent rentrer au pays", explique Lamizana pour qui cette opération n'est pas faite pour inciter les Burkinabè à rentrer au pays.

"Si tout se passe comme prévu, les rapatriés se sentiront bien chez eux.

Car le gouvernement souhaite que tous les Burkinabè de retour de Côte d'Ivoire puissent se trouver confortés par l'accueil et l'assistance que nous leurs réservons", ajoute-t-elle.

L'opération coûtera 450 millions de francs CFA (environ 692.307 dollars US) et permettra à quelque 7.000 Burkinabè de retourner au pays.

Ces rapatriés volontaires, qui se sont inscrits auprès de l'ambassade du Burkina en Côte d'Ivoire, ont souvent tout perdu. "J'ai retrouvé ma maison détruite par le feu de retour de la ville où j'étais allé chercher du boulot", affirme Albert Konto, 24 ans, cuisinier dans un quartier précaire d'Abidjan. Les autorités ivoiriennes, qui soupçonnaient les bidonvilles d'héberger les assaillants, ont décidé de les incendier.

"C'est grâce à Dieu que nous sommes ici aujourd'hui. Pendant deux semaines, avec les autres, nous avons mangé et porté des habits grâce à Caritas, une organisation non gouvernementale (ONG)", explique Konto qui déclare avoir tout perdu dans l'incendie de sa maison, et qui jure de ne plus remettre les pieds en Côte d'Ivoire.

Eric Belembaogo, 50 ans et père de six enfants, a eu son élevage de porcs décapité dans une banlieue d'Abidjan, les animaux abattus depuis les événements de 1999. Mais avec les troubles du 19 septembre dernier, sa maison a été détruite, avec tous ses rêves de 23 ans passés en Cote d'Ivoire.

"Au moins ici, mes enfants auront la vie sauve, même s'ils n'iront plus à l'école", se réjouit-il. "C'est mon fils de 12 ans qui faisait les courses pour moi car je n'étais pas sûr de revenir vivant si je sortais de chez moi", ajoute Belembaogo qui avait trouvé refuge chez des parents avec sa famille.

Selon le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), 40.000 personnes sont sans abris en Côte d'Ivoire, suite à la destruction de leurs maisons depuis le début des troubles. Le HCR précise que quelque 40 bidonvilles sont en attente d'être détruites dans les jours à venir. Onze autres abritant une majorité de ressortissants de pays voisins ont déjà été détruites depuis. "Les évènements qui ont cours en Côte d'Ivoire sont contraires aux intérêts des peuples et fragilisent la paix dans la sous-région. Ils marquent un recul des droits humains et de la démocratie", estime Halidou Ouedraogo, président du Mouvement burkinabè des droits de l'Homme et des peuples (MBDHP).

Ouedraogo dénonce "le lourd tribu humain" payé par les ressortissants étrangers, notamment les Burkinabè, les Maliens et les Guinéens depuis le début de la crise ivoirienne, "sans oublier les exactions, humiliations et expropriations, etc." Selon Ouedraogo, "La crise en Côte d'Ivoire est exacerbée par des querelles politiques sur fond de chauvinisme entretenu par le concept de l'ivoirité et autres concepts rétrogrades".

Le MBDHP invite les populations ivoiriennes et burkinabè à "cultiver la fraternité et éviter les comportements chauvins et xénophobes". Il lance un appel à l'Union africaine (UA), à la Commission africaine des droits de l'Homme et des peuples afin que soient mis en œuvre les mécanismes d'intervention pour mettre un terme "aux violations massives et récurrentes des droits de l'Homme" en Côte d'Ivoire.

Les autorités ivoiriennes ont régulièrement accusé le Burkina Faso d'avoir abrité, pendant plusieurs années, les chefs des militaires insurgés qui occupent aujourd'hui une partie du territoire national. Ce que le Burkina a toujours nié, reconnaissant cependant avoir hébergé des déserteurs de l'armée ivoirienne, mais pour des raisons humanitaires.

Lundi, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Youssouf Ouedraogo, a réaffirmé que son pays continuera de recevoir, sur son sol, tout Africain chaque fois que ce dernier sera "en difficulté".

"Lorsque des frères africains viendront au Burkina et tant qu'ils ne mèneront pas des activités contraires qui consistent à déstabiliser d'autres Etats à partir du Burkina Faso, celui-ci se fera le devoir de les accueillir en frères", a précisé Ouedraogo.

Le Burkina est également soupçonné de soutenir l'ancien Premier ministre ivoirien, Alassane Ouattara, éliminé de l'élection présidentielle de 2000 pour "nationalité douteuse".

Quelque 30.000 Burkinabè sont déjà rentrés au pays par leurs propres moyens depuis le 19 septembre. Mais pour parer au pire, le gouvernement est en train de finaliser un document d'accueil et d'assistance aux rapatriés d'un montant de 5 milliards de FCFA (environ 7,692 millions de dollars US). Une table ronde des bailleurs de fonds est prévue sur ce document. Lors de la première crise en 1999, ils étaient 20.000 à rentrer au bercail.

Environ 3 millions de Burkinabè vivent en Côte d'Ivoire où ils constituent la principale main-d'œuvre dans les plantations de cacao et de café dont ce pays est respectivement le premier et deuxième producteur mondial.

Selon des études d'historiens, 55 pour cent de ces Burkinabè sont soit nés en Côte d'Ivoire de parents burkinabè ayant immigré dans ce pays voisin depuis des dizaines d'années, soit sont des descendants des 2 millions de Burkinabè qui sont passés en Côte d'Ivoire avec la suppression de la Haute Volta (actuel Burkina Faso) en 1932 par le colonisateur français.

En 1932, la Haute Volta avait été supprimée et deux tiers de son territoire avaient été rattachés à l'actuelle Côte d'Ivoire. Le pays a ensuite été reconstitué en 1947.