DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Promouvoir le manioc comme une source de sécuritéalimentaire

IBADAN, Nigeria, 15 nov. (IPS) – Des voies et moyens de transformation du manioc, un produit de peu de valeur actuellement, en une matière première industrielle et un produit d'exportation de grande valeur, seront débattus à un atelier de cinq jours, qui commence à Ibadan, au Nigeria, la semaine prochaine.

Plus de 250 experts du Nigeria, de la Thaïlande, du Brésil, de l'Afrique du Sud et de l'Indonésie se retrouveront pour l'atelier dans les locaux de l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA) à Ibadan, dans le sud du Nigeria.

"L'atelier vise à rendre plus compétitifs, plus profitables et plus efficaces la production, la transformation et le commerce du manioc ", affirme Simeon Anga du Consortium pour le développement du manioc au Nigeria.

Le Nigeria est le plus grand producteur de manioc au monde, avec plus de 33 millions de tonnes métriques sur une surface totale de 3,1 millions d'hectares. Cultivé principalement dans le sud du Nigeria, le manioc représente 70 pour cent de la production totale de tubercules en Afrique occidentale.

Le manioc est planté notamment par de petits agriculteurs (taille moyenne des fermes : 0,37 à 0,50 hectare) sur des zones de hautes terres, et dépend des pluies saisonnières.

"La vie de millions de personnes est liée à la culture du manioc dans ce pays, le plus peuplé d'Afrique, avec environ 120 millions d'habitants. Dans toute l'Afrique subsaharienne, le manioc fournit une ration calorifique quotidienne à plus de 200 millions de personnes. L'importance du manioc s'étend sur toute l'Afrique subsaharienne", explique Anga.

Le manioc est un aliment de base au Nigeria, consommé sous la forme de gari (une pâte dure), et l'amidon est fait à partir de sa farine. Des statistiques indiquent que 90 pour cent du manioc produit au Nigeria est consommé localement.

Des experts soulignent que les producteurs de manioc au Nigeria utilisent encore des outils rudimentaires pour la culture, qui sont inadéquats pour répondre à la grande production nécessaire pour l'utilisation industrielle.

Selon Olusegun Oke, membre de l'Initiative présidentielle sur le développement du manioc au Nigeria, l'atelier de la semaine prochaine abordera les problèmes fondamentaux de manque de compétitivité de la production de manioc; d'absence de marketing à l'exportation et de la position du Nigeria en tant qu'acteur principal sur le marché mondial du manioc.

"L'atelier est la première étape vers la réalisation des objectifs de l'Initiative présidentielle sur le manioc", affirme Oke.

"Contrairement au cacao, où le produit est exporté pour subir une transformation, le manioc sera transformé et vendu localement, créant ainsi des emplois. Il n'y a aucune surabondance dans la production de manioc. Nous mangeons actuellement 90 pour cent de notre manioc, mais nous voulons accroître la production et transformer la majeure partie en une source de devises étrangères. Le manioc rapporte beaucoup plus d'argent que le cacao", ajoute-t-il.

Selon Taye Babaleye, porte-parole de l'Institut international d'agriculture tropicale (IITA), le manioc souffre souvent de problèmes liés à la gestion de l'après récolte à cause de sa haute teneur en humidité (70/80 pour cent).

Et il commence à pourrir deux à quatre jours après sa récolte. Mais, l'introduction de moyens améliorés, développés par l'IITA pour la gestion de l'après récolte, a aidé à accroître la demande du marché et à augmenter la durée de conservation, explique-t-il.

"Une attention accrue devrait être accordée au potentiel du manioc à la fois en tant que source de sécurité alimentaire, et culture commerciale, comme en témoigne le récent lancement de l'Initiative présidentielle sur le manioc au Nigeria. Etant donné l'importance actuelle du manioc au Nigeria, couplée avec sa capacité à servir de moteur pour un développement agricole futur, les industriels nigérians devraient relever le défi destiné à rendre compétitives la production, la transformation et l'utilisation du manioc", poursuit Babaleye.

Une étude, impliquant 16 pays africains, montre que le manioc n'est pas seulement une culture de sécurité alimentaire, mais également une bonne culture commerciale et une importante source de revenus monétaires pour plusieurs familles agricoles en Afrique. Près de la moitié de tout le manioc récolté en Afrique est vendue, et non pas consommée par le planteur, selon l'étude.

"Le manioc peut apporter une énorme contribution à la sécurité alimentaire, aux recettes rurales et à l'économie nationale. En raison de sa disponibilité pendant toute l'année, de sa tolérance des conditions pressions écologiques extrêmes et de sols appauvris, et de sa convenance aux systèmes agricoles et alimentaires existants, le manioc joue un rôle majeur dans les efforts d'allègement de la crise alimentaire et de la pauvreté rurale, et possède plusieurs usages industriels", souligne Babaleye.

"Des opportunités de développement commercial demeurent largement sous-exploitées, contrairement aux autres grandes zones de culture de manioc en Asie et en Amérique du Sud. Tout en apportant une importante contribution à l'alimentation de la population, le manioc possède un énorme potentiel pour l'exploitation future et fournit, par la même occasion, une clé pour le processus de développement futur", indique-t-il.

Le Nigeria veut assurer une augmentation de la production de manioc, pour créer ainsi des emplois et débarrasser les rues des chômeurs.

"De 10 tonnes par hectare de rendement actuel de manioc, nous envisageons d'encourager les agriculteurs à produire entre 20 et 40 tonnes par hectare.

Ils commenceront également à produire du manioc soutenu par un objectif, qui aura des marchés prêts avant même la récolte. Actuellement, il n'y a aucun marché organisé, il y a des millions de petits agriculteurs et le coût de la collecte du manioc des petits producteurs en quantité suffisante nécessaire aux usines, est très élevé", affirme Anga. Il appelle tous les 776 gouvernements locaux au Nigeria à investir dans la production à grande échelle du manioc à l'intérieur de leurs Etats. Il indique qu'à l'heure actuelle, 34 millions de tonnes de racines de manioc sont produites chaque année, et que même si la moitié de cette quantité est exportée, les recettes depuis la source seront significatives.

"Si l'Afrique doit se nourrir elle-même, toutes les options possibles doivent être prises alors en considération. L'utilisation des cultures traditionnelles, comme le manioc, devrait être réexaminée et explorée davantage plutôt que d'être ignorée en faveur de la production, ou même de l'importation, des cultures modernes et peut-être moins appropriées", conclut-il.