NAIROBI, 12 nov. (IPS) – Les Nations Unies ont lancé le plus grand projet jamais conçu pour s'attaquer à la désertification en travaillant avec des nomades traditionnels africains.
Des projets pilotes sont en train d'être mis en place dans neuf pays africains, dont le Sénégal, la Namibie, le Zimbabwe et le Kenya pour s'attaquer à la désertification, l'un des plus importants problèmes environnementaux auxquels est confrontée l'Afrique.
Cette année, des millions d'Africains sont menacés de famine, surtout à la suite de la sécheresse. Le problème va vraisemblablement empirer, avec des changements climatiques conduisant à une réduction des précipitations et l'accroissement de la population exerçant beaucoup plus de pression sur la terre.
L'insécurité alimentaire sera une importante question dans un avenir prévisible. La fertilité du sol doit être préservée si l'Afrique veut se nourrir elle-même.
"La dégradation du sol, la désertification et la sécheresse ont été identifiées comme étant une principale priorité pour la composante environnementale du Nouveau partenariat pour le développement économique de l'Afrique (NEPAD)", a fait remarquer Klaus Toepfer, directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), au lancement du projet, lundi à Nairobi, au Kenya.
Des chercheurs veulent utiliser l'expertise des nomades africains, qui vivaient en bordure de désert depuis des milliers d'années, pour empêcher une dégradation supplémentaire de la terre.
"Jusqu'ici, nous n'avons pas tiré profit de leur connaissance. Ils savent très bien comment nous pouvons préserver une partie de la faune et de la flore, et une partie de la biodiversité. Ils ont une connaissance approfondie de la terre, de l'environnement", a déclaré le Dr Saidou Koala, coordonnateur mondial du projet.
"Si nous ne travaillons pas avec eux, si nous n'apprenons pas d'eux, nous tenterons d'imposer de nouvelles connaissances qui pourraient ne pas cadrer avec leur mode de vie. Il est alors très important de compter sur la connaissance indigène", dit-il.
Dans le passé, il y a eu trop d'approches imposées venant du sommet. Les modes de vie traditionnels ont été méprisés comme étant primitifs et dépassés. Des gouvernements ont fait pression sur les nomades pour qu'ils s'installent et se modernisent.
La disponibilité de l'aide alimentaire les a également encouragés à rester sur place. Mais cela n'a fait qu'empirer la déforestation. La surexploitation des arbres et des plantes pour le fourrage, le bois de chauffe, la construction et les enclos pour le bétail ont provoqué une importante dégradation de la terre.
L'impact des hommes et du bétail a rendu davantage les sols durs et compacts, favorisant l'écoulement rapide de l'eau de pluie et le fait que très peu d'eau pénètre dans le sous-sol pour amener l'humidité en bas. Les précipitations annuelles sont justes de 200 mm par an. Ajoutées à cela, des stratégies traditionnelles de chaperons nomades, comme la consommation de tubercules et fruits sauvages ou le fait d'emprunter des chameaux pour le lait, ne sont plus pratiques depuis longtemps.
La taille des familles s'élargit à cause de leur style de vie sédentaire, estime le Dr Henry Cheruiyot, directeur adjoint en charge des Prairies et terres arides à l'Institut kényan de recherche agricole, qui travaille avec les nomades vivant à Kargi, à Marsabit, dans le nord-est du Kenya.
"Le mari et la femme sont beaucoup plus longtemps ensemble qu'ils n'en avaient l'habitude. Dans le passé, les hommes étaient dehors et les femmes à la maison. Il y avait donc un espacement naturel des naissances.
"Maintenant, vous avez des familles dont la taille passe de quatre à 12", poursuit-il.
Selon des experts, il est important de raviver les connaissances et aptitudes traditionnelles des nomades pour protéger l'environnement. "Ils se rendent compte que la dégradation de l'environnement est de plus en plus liée au fait qu'ils utilisent de moins en moins leurs connaissances indigènes. Ils commencent par y remédier en formant d'eux-mêmes des comités de gestion environnementale dans certaines régions", affirme Cheruiyot.
Ces aptitudes pourraient également leur fournir des moyens de subsistance alternatifs. Par exemple, les populations de Kargi utilisent des herbes et plantes locales pour traiter leur bétail.
"Certains de leurs remèdes traditionnels sont même plus puissants que les médicaments conventionnels", selon Cheruiyot.
Des études sont en cours pour comparer ces traitements naturels avec des médicaments vétérinaires conventionnels. Cheruiyot espère isoler des composantes prometteuses des plantes et les transformer en nouveaux produits vétérinaires. L'argent gagné irait aux populations de Kargi.
De même, au Mali, une étude pilote a montré que le fait de planter des rangées d'arbres pour le fourrage non loin de la ville a réduit la pression sur les forêts environnantes, tout en augmentant également les revenus. Au Niger, où Koala travaille à l'Institut international de recherche culturale pour les tropiques semi-arides, des experts ont déjà identifié quelques solutions. "Nous introduisons l'irrigation à petite échelle. Nous introduisons de nouvelles cultures pouvant survivre dans ces zones, comme les dattiers et beaucoup d'autres arbres fruitiers, tels que les figues, les raisins. Ce sont de nouvelles choses que nous ajoutons et que, nous le croyons, feront une grande différence", confie-t-il.
Au cours des cinq prochaines années, les Nations Unies envisagent de dépenser 50 millions de dollars US en travaillant ensemble avec les populations indigènes d'Afrique pour élaborer des plans d'action destinés à combattre la désertification. Ces plans seront utilisés comme des recettes pour la récupération de la terre et les projets de conservation partout ailleurs en Afrique.
"Au cours des cinq prochaines années, nous pourrons développer quelques technologies clés qui apporteront un changement. Nous identifierons des systèmes de subsistance alternatifs qui épargneront les terres pauvres de la pression", promet Koala.
"Conjointement avec l'apport d'une connaissance indigène, nous aurons acquis une connaissance combinée qui permettra à ceux qui vivent sur cette terre de la gérer plus durablement afin de pouvoir inverser le problème de la dégradation de la terre", explique-t-il.
Selon le PNUE, 46 pour cent des terres d'Afrique sont vulnérables à la désertification. Quelque 22 millions de personnes vivent le long des zones désertiques pauvres les plus vulnérables.

