SANTE: Le succès de la lutte contre la cécité des rivières peut être unmodèle pour le SIDA, selon l'ONU

NATIONS UNIES, 11 nov. (IPS) – Des millions de vies pourraient être sauvées des maladies mortelles comme le SIDA, le paludisme et la tuberculose si le monde tirait leçon du succès des efforts pour éradiquer l'onchocercose – ou la cécité des rivières – de l'Afrique, selon des responsables des Nations Unies et de groupes de plaidoyer en faveur de la santé publique.

La clé pour venir à bout de la maladie, disent-ils, était de mettre les communautés au centre de la lutte, les appuyant avec une équipe de donateurs, de groupes sanitaires et de bailleurs du secteur privé.

Il y a environ 30 ans, des responsables de l'ONU avaient appris, pour la première fois, les histories horribles de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants devenant aveugles dans des zones rurales d'Afrique occidentale.

Ils avaient lancé une initiative pour lutter contre la maladie dans la région, ne sachant pas si le programme allait réussir à cause de leurs ressources limitées.

Mais en l'intervalle de quelques années, le Programme de lutte contre l'onchocercose (OCP) a non seulement commencé par produire des résultats significatifs, mais a également obtenu le soutien d'un certain nombre de gouvernements, de donateurs internationaux et de la Banque mondiale.

"Cela s'est révélé être très fructueux", affirme Lamin Manneh, conseiller régional auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui, avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a initié le programme.

"Dès le début, l'approche qui était adoptée contre la maladie l'a été dans le contexte de santé publique, avec un accent sur l'implication des autorités nationales et des gouvernements locaux".

Le PNUD et la Banque mondiale affirment que l'OCP a protégé 600.000 personnes qui auraient pu devenir la proie de la maladie en Afrique occidentale.

Selon des spécialistes de santé publique, la cécité des rivières est la première cause infectieuse de cécité dans le monde.

La maladie est causée par la piqûre d'une petite mouche noire qui se reproduit à côté des rivières et des ruisseaux le long des berges les plus fertiles en Afrique et dans certaines parties d'Amérique latine. L'Afrique représente 99 pour cent des cas infectieux.

Impressionné par le succès du programme, un certain nombre de donateurs, qui s'étaient récemment réunis à une conférence à Luxembourg, ont promis plus de 13 millions de dollars US pour traiter les dernières poches d'onchocercose au Ghana, au Bénin, au Togo, en Guinée et en Sierra Léone au cours des quatre prochaines années.

Ils prévoient que, d'ici à la fin de 2007, les 28 ans d'efforts auront protégé plus de 40 millions de personnes dans 11 pays. A la conférence, les donateurs ont également promis près de 60 millions de dollars au Programme africain de lutte contre l'onchocercose (PALO), un projet créé en 1995 pour tout le continent africain.

Pourquoi? "Parce que, beaucoup de progrès ont été réalisés", explique Frank Richards, un médecin de santé publique en poste au Centre Carter, un groupe de plaidoyer en faveur de la santé publique, créé par l'ancien président américain Jimmy Carter, qui s'est impliqué dans les efforts mondiaux pour éradiquer la cécité des rivières en Afrique en 1987.

"Le succès de ce programme est surtout basé sur l'initiative de développement communautaire et le système de distribution", ajoute Richards.

Selon la firme pharmaceutique américaine Merck, qui fournit des doses gratuites de Mectizan pour combattre la maladie depuis 1987, plus de 60.000 communautés rurales et plus de 100.000 distributeurs en Afrique subsaharienne seule sont impliqués dans la gestion et la distribution du médicament.

Merck fait partie des firmes privées, des agences de l'ONU, des 26 donateurs, des 30 pays africains, des communautés rurales et d'environ 40 organisations non gouvernementales (ONG) en partenariat pour lutter contre la cécité des rivières.

Selon ceux qui suivent de près les initiatives dans la région, l'éradication presque réussie de la maladie donne un certain nombre de leçons pour la lutte contre le VIH/SIDA et d'autres maladies mortelles en Afrique et ailleurs dans le monde.

"Si vous jetez un coup d'œil aux données sur le paludisme, vous devez prendre en considération le contexte de la pauvreté. Nous parlons des pays où les populations n'ont pas les moyens de pulvériser", estime Manneh.

"Regardez de près le VIH/SIDA – les gens ne peuvent pas acheter les médicaments".

"La leçon que la communauté internationale doit tirer est qu'on doit impliquer les autorités nationales et les communautés locales, mais ensuite, il y a une leçon pour les donateurs aussi".

Manneh et d'autres déclarent qu'ils apprécient le rôle que Merck a joué.

"Merck est l'un des facteurs derrière ce succès. Elle sait que les gens dans la région n'ont pas d'argent", poursuit Richards qui aimerait voir d'autres firmes pharmaceutiques suivre le modèle de Merck et faire don de médicaments aux populations dans la région, qu'elles souffrent de la cécité des rivières, du SIDA, du paludisme ou de toute autre maladie mortelle.

"Ils ont apporté une énorme contribution", ajoute Alan Alemian, un biologiste travaillant à Africare, un groupe de développement basé aux Etats-Unis qui a été impliqué dans les programmes contre la cécité des rivières pendant des années. Africare dit qu'il essaie de persuader d'autres firmes pharmaceutiques de faire don de médicaments à la région.

Merck soutient que plus de 30 millions de personnes dans le monde entier reçoivent tous les ans du Mectizan pour traiter la cécité des rivières.

"Il y a quinze ans, Merck a décidé de faire don du Mectizan parce que nous avions senti une obligation très forte de le mettre à la disposition des gens qui en avaient besoin, mais également des gens qui étaient le moins à même de l'acheter", a indiqué Raymond Gilmartin, président de Merck Inc.

"Nous sommes heureux de voir que cela (le programme de donation du Mectizan) a servi de modèle pour d'autres initiatives sanitaires mondiales".

Selon des responsables de l'ONU, environ 70 firmes internationales sont présentement impliquées dans la lutte mondiale contre le VIH/SIDA, mais leurs contributions sont encore très en deçà des besoins en Afrique.

L'année dernière, le SIDA a tué 300 millions de personnes. En 2000, le paludisme et la tuberculose ont fait à deux environ deux millions de victimes, en grande partie des enfants en Afrique.

Richards dit "qu'il est facile d'être paralysé par l'épidémie du SIDA", mais croit que la maladie peut être effectivement maîtrisée si la bonne approche est adoptée par les dirigeants politiques, l'industrie pharmaceutique, les organisations sanitaires internationales et les ONG.

L'OCP est "un modèle de renforcement du pouvoir des communautés", souligne-t-il. "Ce modèle dont vous avez besoin pour n'importe quel type de système de fourniture de soins de santé dans des pays en développement".