DAKAR, 8 nov. (IPS) – Le nouveau Premier ministre du Sénégal, Idrissa Seck, a pendant longtemps été perçu comme le dauphin évident du président Abdoulaye Wade. A 43 ans, Seck a 33 ans de moins que le président sénégalais.
Mais la jeunesse n'a pas constitué une barrière à la promotion rapide de Seck et d'autres loyalistes de Wade, qui ont émergé des rangs du Parti démocratique sénégalais (PDS) de Wade et ont survécu au passage de l'opposition au gouvernement.
Après deux jours de consultations et de spéculations de la presse sur les changements au sommet, Seck dirige maintenant une nouvelle équipe ministérielle élargie.
Plusieurs des portefeuilles ministériels clés n'ont pas changé de mains. Par exemple, le général Mamadou Niang reste ministre de l'Intérieur et Cheikh Tidiane Gadio conserve le contrôle du ministère des Affaires étrangères. Au nombre des plus importantes victimes du remaniement, figure l'ancienne ministre du Développement social et de la solidarité nationale, Aminata Fall, qui avait croisé autrefois le fer avec Seck dans le parti.
La lecture des noms – longtemps attendue – au palais présidentiel mercredi nuit n'a pas produit l'effet escompté. Mais Seck a confirmé sa propre nomination en tant que Premier ministre avec une promesse ferme de faire ressortir ce que le Sénégal a de meilleur, afin que le pays puisse jouir une fois encore de "la joie et du triomphe" d'événements comme ses performances à la Coupe du monde en Corée du Sud et au Japon. Seck a décrit la Coupe du monde comme étant l'un des deux événements majeurs pour le Sénégal au cours de l'année 2002, l'autre étant le naufrage du ferry le Joola, qui a fait plus de 1.000 victimes en septembre. Seck a indiqué que c'était prioritaire d'agir contre les erreurs et les faiblesses qui avaient conduit à cette tragédie.
La perte du Joola a eu un impact majeur sur tous les domaines de la vie nationale, y compris la scène politique. Dans les jours qui ont suivi la déclaration hésitante du Premier ministre d'alors, Mame Madior Boye, le matin du 27 septembre annonçant le naufrage du bateau, des voix s'étaient élevées pour exiger un changement complet de gouvernement.
Le ministre des Transports, Youssouph Sakho, avait par la suite, démissionné de ses fonctions, de même que le ministre des Forces armées, Youba Sambou.
Mais la position de Mame Madior Boye semblait également de plus en plus intenable.
Bien avant le naufrage du Joola, il y avait eu des rumeurs d'une campagne pour l'évincer de son poste, toujours avec Seck comme le plus probable remplaçant. La première réaction de Mame Madior Boye au naufrage, qui a souligné, avant toute enquête, que le mauvais temps en était responsable et que la sécurité du bateau n'était pas en cause, a rendu son gouvernement vulnérable aux critiques.
Le retour du président Wade a donné lieu à un changement de ton sensible, puisque le président mettait l'accent sur la nécessité de rendre compte et celle d'une enquête approfondie.
Inévitablement, aucune référence n'a été faite au Joola dans les déclarations officielles sur le départ de Mame Madior Boye, Wade ayant remercié le Premier ministre sortant pour le "calme, la lucidité et la compétence" dont elle avait fait preuve à son poste.
Après une longue carrière juridique, aussi bien à l'intérieur du Sénégal qu'à l'extérieur, Mame Madior Boye avait servi initialement en qualité de ministre de la Justice, obtenant une promotion après le départ fracassant de Moustapha Niasse en mars 2001. Niasse, qui a été aussi bien Premier ministre que ministre des Affaires étrangères dans des gouvernements sous le Parti socialiste (PS), a été nommé à la tête du gouvernement en partie comme une compensation électorale, le soutien de l'Alliance des forces du progrès (AFP) s'étant révélé critique dans la victoire finale de Wade sur Abdou Diouf.
Mais l'arrangement n'a pas fonctionné. Niasse s'est plaint plus tard d'un amateurisme au sein du gouvernement, faisant des commentaires virulents sur la capacité de Wade à créer des idées et son incapacité à diriger un gouvernement cohérent. Quelques semaines après sa démission, Niasse avait transformé l'AFP en un parti d'opposition et a dirigé une campagne farouchement critique, tellement condamnée, au cours des élections législatives d'avril 2001.
Les partisans de Niasse soutiennent qu'il a été sapé en tant que Premier ministre par Seck. Seck a, pendant longtemps, été perçu comme l'adjoint naturel de Wade. Depuis l'organisation de la campagne électorale infructueuse de Wade en 1988, Seck a été fortement identifié comme l'homme ayant le plus de chance de lui succéder au PDS. Avant sa nomination lundi, Seck avait servi en qualité de directeur de cabinet de Wade et ministre sans portefeuille. Seck a été élu maire de Thiès, la seconde grande ville du Sénégal, dans des élections locales en mai. Il détient toujours un contrôle puissant sur les affaires du PDS, n'ayant jamais peur de s'en prendre aux détracteurs et de traiter avec les éléments renégats.
Les critiques avertissent déjà que la nomination de Seck marquera un changement de style politique au Sénégal, renforçant l'hégémonie du PDS et centralisant davantage le pouvoir entre les mains d'une petite élite.
Les leaders de l'opposition comme Amath Dansokho du Parti de l'indépendance et du travail (PIT) et Djibo Laity Ka de l'Union pour le renouveau démocratique (URD) avaient été invités à entrer dans le gouvernement au lendemain de la tragédie du Joola dans ce que Wade a qualifié d'un geste d'unité nationale. Mais ils ont décliné l'offre.
L'opposition continuera à se focaliser sur les problèmes économiques du Sénégal, en particulier sur le malaise actuel du monde rural. Les agriculteurs des zones rurales restent farouchement critiques par rapport aux politiques agricoles du gouvernement, notamment dans le secteur crucial de l'arachide. Les donateurs, dont le Fonds monétaire international(FMI) et l'Union européenne, ont lancé de sérieuses mises en garde par rapport à l'incapacité du gouvernement à canaliser efficacement les financements.
Puisqu'il n'y a plus d'élection présidentielle en vue avant 2007, Seck et Wade ont suffisamment de temps pour renverser la situation. Mais le gouvernement de Wade est confronté à une tâche difficile. Son premier gouvernement était entré en fonction dans une vague d'excitation et d'optimisme. Son second cabinet, débarrassé de Niasse et autres sceptiques, a également suscité de grandes espérances en promettant une approche plus résolue. L'état d'esprit en novembre 2002 est très différent.

