DROITS-GUINEE: Plusieurs centaines de cadavres dans des charniersdécouverts à Kindia

CONAKRY, 11 nov. (IPS) – Le président de l'Organisation guinéenne des droits de l'Homme (OGDH), Mandjou Diallo, a déclaré que "d'importants charniers regroupant des centaines de cadavres ont été découverts, au pied du mont Gangan, à Kindia", une ville située à 135 kilomètres à l'est de Conakry, la capitale.

"C'est dans ma voiture que la délégation s'est rendue à Kindia, pour vérifier les informations, en compagnie d'un membre de l'OGDH. Nous avons donc effectivement constaté, nous-mêmes, qu'il y avait des charniers où plusieurs centaines de personnes, civils comme militaires, ont été ensevelies. Ces gens ont vraisemblablement été exécutés sous la première République, à l'époque du président Sékou Touré, mais il n'est pas exclu que certains l'aient été sous l'actuel régime", a affirmé Diallo à IPS vers la fin-octobre.

Le président de l'OGDH explique la présence de ces charniers par la vaste répression qui a commencé au milieu des années 60, qui a coûté la vie à plusieurs opposants de l'ancien président Sékou Touré, dont le plus célèbre est le premier secrétaire général de la défunte Organisation de l'unité africaine, Diallo Telli. Mais il s'est également référé aux différents coups d'Etat manqués – réels ou supposés – ou agressions armées qui ont servi d'alibis aux dirigeants guinéens pour liquider des adversaires.

Selon Diallo, "Ce n'est pas la première fois qu'on découvre de telles choses en Guinée. Nous avons déjà le charnier de Nongo – un quartier de la haute banlieue de Conakry – dont on n'a pas encore cerné tout le mystère". Quelques jours auparavant, Aminata Barry, porte-parole de l'Association des enfants des victimes du camp Boiro (AEVCB), a déclaré à une radio étrangère que trois charniers avaient été découverts à Kindia. D'après elle, il y avait un premier où on a dénombré plus de 400 cadavres, un second où on n'a pas pu déterminer le nombre, et un troisième qu'elle n'a pas pu visiter mais qui, serait aussi "très important, et pourrait contenir plus d'un millier de corps, selon des témoins". Barry avait, elle aussi, parlé de "certains cadavres de militaires qui se trouvaient dans ces charniers".

Des photos ont été prises sur le site du charnier et publiées par un journal privé, "La Lance".

Construit à Conakry, le camp Boiro était l'une des plus sinistres prisons politiques du régime de l'ancien dictateur Sékou Touré. Selon plusieurs rescapés de ce camp, confirmés par certains témoignages, l'une des méthodes les plus utilisées pour faire parler les prisonniers politiques de l'époque était la "diète noire" qui consistait à garder un détenu pendant plusieurs jours en le privant de nourriture et d'eau.

Selon l'AEVCB, plus de 50.000 personnes ont disparu ou ont été assassinées à cet endroit par les bourreaux de l'ancien président. Ces chiffres sont cependant contestés par les partisans de Sékou Touré, l'homme qui a régné pendant 26 ans d'une main de fer dans ce pays d'Afrique de l'ouest. "Pas plus d'un millier de personnes sont mortes au camp Boiro", avait déclaré à IPS, il y a quelques semaines, Ismaël Condé, un homme politique guinéen qui défend le bilan de l'ancien président. Toujours selon le président de l'OGDH, les alentours des charniers sont truffés de mines anti-personnels pour "sans doute éviter que certains curieux ne s'en approchent". Diallo a indiqué que des démarches ont été entreprises auprès des chancelleries occidentales pour aider à faire le travail de déminage, afin de faciliter le travail de l'OGDH.

"Malheureusement, on nous a souvent dit que cela coûtait trop cher, en nous citant, comme exemples, la Yougoslavie, l'Angola, etc. Mais pour nous, ce travail est nécessaire pour savoir ce qui s'est réellement passé dans ce pays", affirme-t-il. "Maintenant qu'on a commencé à nous aider à déminer les environs des charniers, grâce à l'aide de l'armée, je pense que nous allons être en mesure de progresser, parce que tout porte à croire qu'il y en a d'autres, disséminés à travers le pays", ajoute le président de l'OGDH.

Les autorités guinéennes n'ont pas encore réagi officiellement aux déclarations des ONG de défense des droits de l'Homme.

Dès 1961, la Guinée a connu ses premiers "complots" qui se sont révélés destructeurs pour des hommes politiques guinéens. "Cette tendance s'est renforcée après l'agression du 22 novembre 1970, où plusieurs hauts cadres, accusés d'être de mèche avec les assaillants, appuyés par le Portugal et certains pays voisins, ont été pendus", rappelle Adamson Camara, vétérinaire.

Au milieu des années 70, l'ethnie peulh a été particulièrement persécutée par le régime de Sékou Touré qui le soupçonnait de "trahir les objectifs de la révolution". Mais il y a eu aussi le coup d'Etat du 3 avril 1984, qui a porté le général Lansana Conté au pouvoir et le coup de force avorté du 5 juillet 1985. Selon de nombreux témoignages, plusieurs citoyens guinéens ont péri au cours de ces différents événements, quelquefois dans la clandestinité.