LOME, 4 nov. (IPS) – Les premières négociations directes entre les belligérants de la crise en Côte d'ivoire se poursuivent cette semaine à Lomé, la capitale du Togo, avec l'examen du volet politique des exigences formulées par les rebelles.
Mais des analystes estiment que la suite des discussions risque d'être difficile, les rebelles menaçant de reprendre les armes en cas de rejet leurs revendications politiques. "Si nos exigences politiques ne sont pas satisfaites lors de ces négociations, nous sommes prêts à reprendre la guerre", affirme Guillaume Soro, secrétaire général du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI, branche politique de la rébellion).
Après les trois jours de discussions de la semaine dernière, les médiateurs parlent "d'avancées", même si les deux camps maintiennent leurs exigences respectives : la démission du président ivoirien Laurent Gbagbo et la tenue de nouvelles élections, pour les rebelles; et le désarmement des militaires insurgés, considéré comme un préalable à toute négociation concrète par le gouvernement.
Pour les rebelles, les "vrais débats" débuteront cette semaine. Lors des premiers pourparlers de Lomé, Les deux parties se sont engagées à ramener la paix en Côte d'Ivoire, un pays de l'Afrique de l'ouest secoué par un conflit armé depuis le 19 septembre. Les négociations se déroulent sous l'égide du coordonnateur du groupe de contact de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO), le président togolais, Gnassingbé Eyadéma. Ce groupe de contact comprend le Ghana, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger et le Togo.
A l'issue de la première phase des pourparlers qui a pris fin vendredi, avec la signature d'un communiqué et de deux déclarations portant essentiellement sur les revendications à caractère corporatiste des rebelles et l'acheminement de l'aide humanitaire dans les zones sous leur contrôle, les deux parties se sont engagées à libérer les prisonniers, chacun de son côté.
Selon un communiqué conjoint, "le gouvernement s'engage à déposer, sur le bureau de l'Assemblée nationale, un projet de loi d'amnistie à l'effet d'obtenir la libération des militaires emprisonnés, l'arrêt des procédures contre les personnes poursuivies pour atteinte à la sûreté de l'Etat". Il est également question du retour des militaires en exil et de leur réintégration dans l'armée.
Les deux belligérants ont engagé leurs mandants à s'abstenir de tout acte belliqueux, tel que "les exactions, les exécutions extrajudiciaires, le recrutement et l'usage de mercenaires, l'enrôlement d'enfants et les violations de l'accord de cessation des hostilités".
"L'essentiel a été fait, mais ce n'est pas fini", déclare le chef de la délégation gouvernementale, Laurent Dona Fologo. "Il nous faut obtenir de ces jeunes gens, avec précision, des détails pour dégager les zones occupées. Il nous faut obtenir d'eux l'engagement ferme de déposer les armes".
"Avec de la bonne volonté de la part de tous, je ne vois aucune raison pour que cela ne marque pas le début d'un retour à la paix", estime Mohammed Ibn Chambas, secrétaire général de la CEDEAO.
Pour le chef de l'Etat togolais, les Ivoiriens n'ont pas besoin de cette guerre. "La sous-région ouest-africaine a besoin de paix et de stabilité", dit-il. "Les armes n'ont jamais permis de régler un problème, on gagne la paix par la négociation", a réaffirmé Eyadéma. "Nous sommes ici pour montrer notre volonté d'aller à la paix et de faire en sorte que la Côte d'Ivoire s'engage résolument dans la voie de la démocratie, de la liberté, de l'égalité et de l'hospitalité", souligne Sorro, de la délégation des rebelles.
"Je ne partirai pas à Abidjan sans que la paix ne soit conclue", affirme, de son côté, Dona Fologo, chef de la délégation gouvernementale.
Tout a été mis en œuvre pour que les membres des deux délégations se côtoient régulièrement, même en dehors du lieu des négociations. Ils sont logés dans un même hôtel dans le centre de Lomé, et les deux délégations sont séparées par trois étages. Ils sont même obligés de prendre le même ascenseur. Pendant la première phase des pourparlers, les deux parties ont déjeuné ensemble.
Les chefs de délégation étaient repartis samedi en Côte d'Ivoire pour informer leurs bases respectives des résultats des premières négociations directes.
"Nous sommes optimistes, mais il faut rester calme pour voir la fin", indique Chambas de la CEDEAO.
L'archevêque de Lomé, Monseigneur Philippe Fanoko Kpodzro, estime que "la paix des armes est précaire et que seule la paix divine demeure". Il a souhaité, au cours d'une messe célébrée quelques heures avant le début des négociations, que la paix revienne en Côte d'ivoire, "ce pays combien important de la sous-région". La réunion de Lomé fait suite à celle d'Accra, au Ghana, le 29 septembre, qui a mis en place le groupe de contact et à celle d'Abidjan, tenue plus récemment en Côte d'Ivoire et qui avait désigné le président Eyadéma comme coordonnateur des négociations.

