POLITIQUE: Les agences humanitaires ont accès à tout le territoire soudanais

NAIROBI, 5 nov. (IPS) – Les agences humanitaires ont maintenant un accès illimité à des millions de personnes affectées par la guerre au Soudan, à partir du 1er novembre, grâce à un accord essentiel signé par le gouvernement soudanais et les rebelles de l'Armée de libération du peuple du Soudan (SPLA).

"Ceci est une opportunité unique pour atteindre les populations et faire face à leurs besoins comme jamais auparavant", affirme Ronald Sibanda de l'Opération des Nations Unies Cordon de sécurité humanitaire au Soudan (OLS), un consortium de 41 agences de l'ONU et organisations non gouvernementales, qui apportent de l'aide dans la zone de guerre.

"Dans toute l'histoire des OLS, nous n'avons jamais eu un accès illimité.

Certains endroits, nous le savons, sont confrontés à des conditions épouvantables et nous pouvons nous attendre à ce que les demandes soient extraordinaires", indique-t-il.

Pour les partants, cela signifie que 585.000 autres Soudanais auront accès à l'aide alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Ceci dépasse largement les quelque trois millions de personnes recevant déjà l'aide alimentaire.

Les travailleurs humanitaires ont commencé une campagne de vaccination anti-polio pour des milliers d'enfants qu'on ne pouvait pas atteindre jusque-là.

"Nous aurons accès à plusieurs zones que nous n'avions pas pu atteindre pendant longtemps. Et nous aurons, nous l'espérons, l'une des meilleures images du Sud- Soudan que nous n'en avions eu pendant des années", affirme Martin Dawes, porte-parole pour le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

Les interdictions de vols par le gouvernement avaient empêché les agences humanitaires d'atteindre des zones comme Eastern Equatoria, à la frontière entre le Soudan et l'Ouganda, pendant plus de quatre ans.

"On a eu accès à la population, partiellement, par la route. Le problème avec ce moyen de transport est qu'il très risqué. Vous demandez aux travailleurs humanitaires de prendre des risques à cause de la frontière avec l'Ouganda et de l'activité de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA)", explique Dawes.

La LRA est composée de rebelles ougandais basés au Sud-Soudan. Ils traversent la frontière et terrorisent la population locale au nord de l'Ouganda, enlevant des enfants pour en faire des soldats, des porteurs et des prostituées. Ils affirment lutter pour l'instauration d'un gouvernement basé sur les Dix commandements.

Certaines parties éloignées de Eastern Equatoria ne peuvent pas être accessibles par route, ce qui laisse la population locale dans une situation désespérée.

L'aide par voie aérienne est coûteuse. Mais c'est le moyen le plus rapide et le plus sûr d'apporter l'aide. Cela signifie que des évaluations rapides peuvent être conduites, au lieu de longues opérations avec des véhicules voyageant en convois pour la protection.

I y a plus d'une semaine, le gouvernement et la SPLA se sont mis d'accord pour permettre un accès humanitaire illimité à tout le territoire soudanais jusqu'à la fin de l'année.

Ceci fait partie d'un accord de cessez-le-feu signé par les deux parties le 15 octobre lorsqu'ils ont repris les pourparlers de paix à Machakos, au Kenya. Le cessez-le-feu et l'accès humanitaire illimité dureront aussi longtemps que se poursuivront les discussions.

Certaines populations reprendront leurs activités immédiatement, comme celles des villes de Gogrial et Wau dans le Bahr el Ghazal et dans le Haut Nil — toutes dans le Sud-Soudan.

D'autres doivent attendre jusqu'à l'évaluation de leurs besoins.

L'accès à une bonne partie de l'ouest du Haut Nil a présenté beaucoup de contraintes au cours des deux ou trois dernières années, depuis que l'exportation du pétrole a commencé dans cette zone. Ceci a conduit à une résurgence des combats autour des champs de pétrole.

Les rebelles ont essayé de détruire les installations tandis que le gouvernement serait accusé d'avoir utilisé une politique de la terre brûlée pour faire évacuer les populations de la zone afin qu'elle ne présente aucun danger pour la poursuite de l'extraction du pétrole.

"Nous ferons l'évaluation des besoins dans quatre à cinq localités dans l'ouest du Haut Nil, avec l'implication de plusieurs agences durant le mois de novembre. Cela dépendra de ce que nous trouverons par rapport au type d'intervention à faire. Cela pourrait être une intervention rapide. Cela pourrait se faire sur une période courte. Cela pourrait être le genre d'intervention qui requiert en effet une plus longue période", ajoute Dawes.

Dawes espère que l'accord sera prolongé jusqu'à l'année prochaine afin que les populations du Soudan puissent voir certains avantages réels. On passera une bonne partie de novembre à évaluer les besoins des populations et à concevoir des programmes pour les aider. "Nous devons découvrir les besoins avant de pouvoir faire quelque chose en conséquence. Si les gens sont manifestement dans une situation extrêmement grave, nous devons mettre au point la meilleure intervention à faire", affirme-t-il.

"Il est alors très important que nous puissions avoir en principe l'argent, les ressources, mais également que nous nous attendions à ce que cela prenne peut-être plus de deux mois. Depuis le temps où nous examinons la situation, nous avons vu, nous avons élaboré nos programmes, ceci prend du temps, mais c'est une partie essentielle du processus", poursuit-il.

"Nous espérons que l'accord continuera au-delà des délais actuels et que c'est le début d'une nouvelle réalité. Les populations du Soudan ont souffert terriblement", reconnaît Sibanda.

Cet accord ne signifie pas qu'il est totalement sans danger d'amener de l'aide au Soudan. Il y a eu quelques combats entre les milices soudanaises qui ne sont pas sous le contrôle des deux signataires du cessez-le-feu.

Toutefois, les Nations Unies espèrent que cela ne va pas affecter les efforts humanitaires.

"Nous espérons certes que, dans le climat actuel, avec les négociations de paix en cours, les besoins humanitaires de la population constituent la première priorité, et que l'accès sera donné aux gens qui peuvent intervenir efficacement dans la région", ajoute Dawes.