KINSHASA, 1 nov. (IPS) – Le chef d'état-major des forces armées des Etats de la Communauté de développement d'Afrique australe (SADEC), alliées du gouvernement de Kinshasa, le général Philip Tshibanda, se dit satisfait de la contribution de ses troupes à la sauvegarde de l'ordre institutionnel en République démocratique du Congo (RDC).
Le jeudi, 31 octobre, toutes les troupes alliées auront quitté la RDC.
Depuis la veille, des avions militaires effectuent des navettes entre Kinshasa, Luanda, en Angola et Harare, au Zimbabwe, pour rapatrier les militaires de ces pays. "La guerre est terminée. Les troupes rentrent à la maison, satisfaites d'avoir contribué à sauvegarder l'ordre institutionnel ainsi que l'intégrité du territoire congolais. Aujourd'hui, la RDC tient debout grâce au sang versé par beaucoup de soldats représentés à cette cérémonie", a notamment déclaré le général Tshibanda, au cours d'une parade militaire d'adieu aux troupes des forces armées congolaises, mercredi à Kinshasa, capitale de la RDC. A cette cérémonie, présidée par le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila, avaient participé les troupes alliées du gouvernement congolais, invitées lors du déclenchement de la guerre en RDC, en août 1998. Quelque 2.000 militaires namibiens, 5.000 Angolais et 11.000 Zimbabwéens avaient répondu à l'appel de Laurent Désiré Kabila, alors chef de l'Etat congolais.
L'objectif de leur intervention était d'endiguer une avancée rapide des troupes rwandaises et ougandaises qui, en moins d'un mois, avaient, grâce à une opération aéroportée sur l'aéroport de Kitona, sur les bords de l'Océan Atlantique, réussi à transporter la guerre de Goma (à l'est) de la RDC, à Kinshasa, la capitale.
Le général Tshibanda, de nationalité zimbabwéenne, s'est déclaré confiant que l'armée congolaise continuera la tâche de maintien de la paix et de la sécurité sur toute l'étendue du territoire congolais et qu'en tout état de cause, "le départ des troupes alliées ne signifie pas la fin de la coopération militaire avec la RDC". Il a demandé à la Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) de procéder à la vérification et de prendre acte du retrait, du Congo, des troupes de la SADEC et d'en informer le Conseil de sécurité de l'ONU.
Autre signal fort de l'événement, le quartier général des forces de la SADEC, situé à la cité de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), à Kinshasa, a été démantelé et les drapeaux des quatre pays ramenés. Pour les autorités militaires congolaises, le départ des troupes alliées est l'occasion pour leurs forces armées de s'assumer. "Nous allons faire de cette armée une armée du peuple pour qu'ensemble, nous puissions reconstruire le pays dans la paix", a déclaré, au nom des Forces armées congolaises, le général-major John Numbi, chef d'état-major inter-armes.
Le retrait définitif des troupes zimbabwéennes, namibiennes et angolaises, entre dans le cadre de l'accord de Pretoria entre le Rwanda et la RDC sur le départ immédiat des troupes respectives. Depuis le 17 septembre, près de 30.000 militaires rwandais ont quitté le territoire congolais pour le Rwanda. Mais selon des sources officielles à Kinshasa, près de 2.000 Rwandais manquent encore à l'appel.
La guerre est donc terminée. Beaucoup de Congolais, incrédules, s'étonnent de la précipitation des événements par rapport à tant d'années qu'a duré le conflit. Au Palais du Peuple de Kinshasa où se tenait la parade militaire, des Congolais curieux ont tenu à se déplacer pour s'en convaincre. "Nous sommes venus pour écouter de la bouche même des officiers zimbabwéens que les troupes repartent parce que la guerre est réellement terminée", déclare Francis Tshibwabwa, commerçant qui ne tarit pas d'éloges à l'endroit des troupes alliées. "Sans les Angolais et les Zimbabwéens en août 1998", ajoute-t-il, "je ne sais pas ce que serait devenu le Congo aujourd'hui. Je vois encore les hélicoptères zimbabwéens pilonnant les positions des rebelles et des Rwandais dans les communes de Kisangani et de Masina. Les alliés nous ont vraiment épargné une profonde humiliation". Cependant, le départ des troupes alliées ne fait pas que des heureux en RDC.
Devant le Palais du Peuple, un groupe de jeunes femmes, en pleurs, manifestaient silencieusement leur désarroi. Certaines d'entre elles, comme Marcelline Mujinga, portaient des enfants en bas âge. Ce sont des femmes qui vivaient avec des éléments des troupes alliées.
Depuis quatre ans, Mujinga, 22 ans, vit avec Andrew Tshitewe, un militaire zimbabwéen dont elle a eu un enfant. "Andrew va m'abandonner parce qu'il ne peut, semble-t-il, pas m'emmener avec lui, sur ordre des autorités militaires du Zimbabwé", déplore-t-elle.
Avec une vingtaine de ses amies, victimes, comme elle, de cette séparation "sur commande", Mujinga compte faire parvenir leurs doléances auprès du général Tshibanda et des autorités militaires congolaises pour pouvoir voyager avec leurs compagnons. "Nous avons vécu ensemble depuis des années sans aucun problème et avons pris des engagements", raconte Anne Marie Kalanga, l'une des dames. "Ce n'est pas parce qu'ils repartent pour leurs pays que nous devons nous séparer. Nous irons jusqu'au Zimbabwe ou en Angola s'il le faut", ajoute Kalanga.

