POLITIQUE: Les confessions religieuses exigent la démission des ministresimpliqués dans le pillage des ressources du Congo

KINSHASA, 31 oct. (IPS) – Les confessions religieuses de la République démocratique du Congo (RDC) exigent la démission des ministres mis en cause par le dernier rapport des Nations Unies dans le pillage des ressources naturelles du pays et des poursuites judiciaires contre eux.

Le 26 octobre, les chefs de toutes les confessions religieuses ont convoqué la presse pour livrer leur opinion sur ce dossier. Les protestants, les catholiques, les kimbanguistes et les musulmans ont exigé "la démission pure et simple", des charges de l'Etat, de toutes les personnes impliquées et leur traduction devant la justice. "Par décence et pour leur propre intérêt, ces personnes devraient prendre leurs distances des charges publiques afin de permettre à la justice de faire calmement son travail", a déclaré le cardinal Frédéric Etsou, archevêque de Kinshasa, la capitale de la RDC. A l'encontre des Etats étrangers impliqués, les confessions religieuses demandent des "sanctions immédiates suivies de dédommagements au profit du peuple congolais".

Monseigneur Laurent Monsengwo, archevêque de Kisangani, province Orientale, en territoire sous administration du Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma (RCD-Goma), a été le premier à exprimer son indignation dans une déclaration remise à la presse le 24 octobre. Il avait également présidé la Conférence nationale souveraine et le Parlement de transition sous le président Mobutu Sese Seko. "Il est honteux de voir des dirigeants de notre pays se servir d'une situation de guerre qui est la cause de la paupérisation de notre population pour s'enrichir", s'est insurgé le prélat. "La guerre se fait sur le dos de la population pendant que d'autres personnes en profitent pour se faire de l'argent", a ajouté Mgr Monsengwo.

Le rapport du panel des Nations Unies sur le pillage des ressources naturelles de la RDC par des fils du pays a provoqué une sorte de peur panique dans les milieux gouvernementaux à Kinshasa, en même temps qu'un débat houleux dans la société congolaise sur l'opportunité ou non de laisser les personnes mises en cause continuer à exercer des charges publiques. Des personnalités très haut placées dans les structures de l'Etat, dont deux ministres du gouvernement, sont nommément citées : Augustin Katumba Mwanke, ministre délégué à la présidence de la République, de surcroît pressenti à l'un des postes de vice-président dans la configuration politique de l'après-guerre, et Jeannot Mwenze Kongolo, ministre de la Sécurité et de l'Ordre public. Les deux ministres sont spécialement accusés d'avoir signé des contrats léonins de joint-ventures avec des sociétés minières étrangères dans lesquelles ils sont devenus actionnaires à titre individuel au détriment de l'Etat congolais. L'affaire fait grand bruit à Kinshasa et les Congolais se disent "très choqués" par l'implication, dans les pillages des richesses du pays, de personnalités aussi importantes pendant que tout le pays s'impose d'énormes sacrifices du fait de la guerre. Sur le banc des accusés, les personnalités concernées évitent de répondre aux questions des journalistes, laissant le gouvernement s'exprimer à leur place. Le 25 octobre, le gouvernement a donné sa position officielle : "Nous n'avons pas l'intention de nier les faits à charge des personnalités mises en cause par le panel des Nations Unies ni de rejeter en bloc les résultats de ses investigations", a déclaré Kikaya bin Karubi, ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement congolais, au cours d'une une conférence de presse.

"Mais nous attendons que les mécanismes juridiques de notre pays prouvent leur innocence. Nous étions en pleine guerre et il est reconnu à tout Etat souverain en guerre d'utiliser toutes ses ressources afin de faire face à la guerre et sauvegarder l'intégrité de son territoire. Nous n'avons pas honte de dire que nous avons dû créer certaines sociétés en joint-ventures avec des entreprises étrangères pour pouvoir soutenir l'effort de guerre", a ajouté Karubi.

Face à un sentiment généralisé de désapprobation, l'argumentation du gouvernement est difficile à accepter par des citoyens ordinaires. Pourtant, par principe, les personnalités, mises en cause dans le rapport de l'ONU, "jouissent de la présomption de l'innocence jusqu'à ce que la justice du pays établisse et confirme leur culpabilité", explique un juriste qui a requis l'anonymat. Mais l'opinion publique s'embarrasse rarement de ce genre de détails. Pour les Congolais, les ministres et autres personnalités, mis en cause dans le pillage, sont fautifs par le simple fait que le rapport de l'ONU les a nommément chargés. A Kinshasa, le gouvernement vient d'autoriser l'ouverture d'un dossier judiciaire à charge contre des ministres et autres personnalités citées dans le rapport des Nations Unies. A la question de savoir si la justice congolaise pouvait poursuivre effectivement des ministres de la RDC en fonction au cas où leur implication était avérée, le procureur général de la République, Luhonge Kabinda Ngoyi, a déclaré : "En RDC, tout le monde est égal devant la loi". Mais pour de nombreux Congolais, des doutes persistent sur la volonté réelle du gouvernement de traduire ses ministres en justice. En témoigne la solidarité dont il les assure depuis leur mise en cause par le rapport.

"Les ministres ont été mandatés dans le cadre de la loi sur les investissements, qui recommande que l'Etat soit représenté de manière symbolique dans toutes les entreprises de grande envergure", a plaidé le ministre de la justice, Ngele Masudi.

"Il n'est donc pas question de mettre sur le même pied d'égalité un gouvernement souverain et des armées d'occupation qui se sont livrées à des pillages systématiques de nos ressources", a ajouté le ministre.