KINSHASA, 18 oct. (IPS) – Les milices maï-maï ont investi la ville d'Uvira sur la rive congolaise du lac Tanganyika, province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), le 12 octobre, chassant ainsi les troupes du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma). Uvira se trouve en face de Bujumbura, la capitale du Burundi.
L'incident survient deux semaines après le retrait des troupes rwandaises de cette ville où elles avaient déjà maille à partir avec le commandant Patrick Masunzu, un ex-officier tutsi-banyamulenge dissident de l'armée du RCD-Goma.
Cet incident, qui fait grand bruit au Congo, survient également deux semaines après l'aboutissement des négociations politiques à Pretoria, en Afrique du Sud, entre le gouvernement de Kinshasa et la rébellion du RCD-Goma. Ce qui provoque une grande colère chez Azarias Ruberwa, secrétaire général du RCD-Goma : "Il est vraiment dommage que le gouvernement de Kinshasa nous pousse à de telles extrémités", a-t-il déclaré, "mais avons pris la décision de suspendre tout contact avec le gouvernement jusqu'à ce que les Maï-Maï, envoyés par Kinshasa, évacuent la ville d'Uvira". Le RCD-Goma taxe les milices maï-maï de "forces négatives" alors qu'à Kinshasa, la capitale de la RDC, on préfère les appeler "résistants ou combattants".
Pour le RCD-Goma, le gouvernement de Kinshasa est impliqué dans cet événement. Le RCD évoque une rencontre, à Lubumbashi, province du Katanga, il y a une semaine, entre Joseph Kabila, le chef de l'Etat congolais, et des leaders maï-maï. "Ils ont reçu des instructions de Kabila pour attaquer nos forces à Uvira pour ne pas donner des chances au processus de paix", a ajouté Ruberwa. Le gouvernement confirme la tenue de cette rencontre, mais, affirme Vital Kamerhe, commissaire général du gouvernement et chargé du processus de paix, c'était une "rencontre de routine" entre toutes les couches socio-politiques du pays : "Il n'y a aucune relation de cause à effet entre ce qui se passe à Uvira et la rencontre entre le chef de l'Etat et des leaders maï-maï", a-t-il réagi. "La rencontre, dont il est question et à laquelle j'ai assisté personnellement, consistait justement à mettre les leaders maï-maï en garde contre les risques de dérapages après le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais.
Les Rwandais ne sont pas partis du Congo de gaieté de cœur et il n'est pas exclu qu'ils mettent des mécanismes de déstabilisation pour prétexter d'un problème d'insécurité aux frontières et justifier un retour possible au Congo. "La rencontre de Lubumbashi entre dans le cadre des rencontres initiées par le chef de l'Etat avec toutes les composantes du processus de paix. Il a reçu les Maï-Maï comme il a reçu des délégués du RCD-Goma, du MLC (Mouvement de libération du Congo) et bien d'autres, étant donné la situation politique nouvelle créée par le départ subit des troupes rwandaises", poursuit Kamerhe.
Kamerhe a dit regretter "sérieusement" l'incident d'Uvira "qui risque de compromettre gravement les efforts en cours pour restaurer la paix dans le pays". Il faisait cette déclaration au cours d'une conférence de presse conjointe à Kinshasa avec le ministre de l'Information et porte-parole du gouvernement, Kikaya bin Karubi. Karubi a profité de la rencontre avec la presse pour lancer un appel solennel aux combattants maï-maï ainsi qu'au RCD-Goma pour une "cessation immédiate et sans condition des hostilités afin de donner sa chance à la paix". Le même appel demande également au RCD-Goma de "s'abstenir de tout acte de provocation ainsi qu'à toutes les forces en présence d'arrêter tout mouvement de troupes susceptible d'envenimer la situation".
Sur place, dans la province du Sud-Kivu, la situation est loin d'être calme.
Bukavu, la capitale de la province, vit sous la hantise de nouveaux troubles politiques. Les combattants maï-maï, qui vivent sur les hauteurs de Bunyakiri – qui surplombent la ville -, menacent également de descendre dans la ville pour en chasser les troupes du RCD-Goma. Le 14 octobre, des attaques des maï-maï ont été repoussées, selon les autorités du RCD-Goma qui ont décidé de fermer l'aéroport de Kavumu qui dessert la ville de Bukavu à 30 kilomètres au nord. Le RCD-Goma a en outre donné un ultimatum au gouvernement de Kinshasa en lui demandant de retirer ses troupes d'Uvira dans les meilleurs délais. La Mission d'observation des Nations Unies au Congo (MONUC) ne peut que constater l'accélération inattendue des événements. Son porte-parole, Hamadoun Touré, a confirmé les combats dans le Sud-Kivu, mais aussi dans d'autres foyers de tension dans la Province Orientale entre les troupes du MLC de Jean-Pierre Bemba et du RCD-Mouvement de libération (RCD-ML) de Mbusa Nyamwisi. "Nous maintenons les contacts avec le gouvernement de Kinshasa et les différents mouvements en rébellion et les exhortons à plus de modération afin de ne pas compromettre tout ce qui a été fait jusqu'ici", a indiqué Touré.
En réalité, les Maï-Maï procèdent à un règlement de certains comptes dans la province du Sud-Kivu. Ils tiennent à se venger de certaines frustrations vécues sous l'occupation rwandaise. Pour Justin Bitakwira, coordinateur de l'action maï-maï à Kinshasa, leur problème est d'abord de retourner dans leurs maisons.
"Mettez-vous à notre place. Pendant quatre ans, nous avons été maintenus dans la brousse, loin de nos familles, loin de nos habitations par les troupes rwandaises. Que voulez-vous que soit notre réaction sitôt les Rwandais partis? Pendant quatre ans, nous avons été pourchassés par les troupes du RCD-Goma. Nombreux parmi nous ont perdu leur vie. Dans quelles conditions voulez-vous que nous revenions chez nous quand nous savons que les troupes du RCD-Goma ne nous feront pas de cadeaux?", explique Bitakwira.
Et il ajoute : "Il n'est pas de notre intention de torpiller le processus de paix en cours. Notre seul souci, c'est de rentrer à la maison. C'est ce qui s'est fait".

