ZEGOUA, Mali, 17 oct. (IPS) – Depuis le début de la crise politico-militaire en Côte d'ivoire le 19 septembre, il y a eu un afflux massif de populations vers la frontière malienne, à Zégoua où, entre le 28 septembre et le 10 octobre, 2.582 réfugiés avaient été recensés, dont 665 femmes, 964 hommes et 953 enfants.
"Ah! Mon Dieu, qu'avons nous fait pour mériter ce sort?", s'interrogeait Hélène Ouley, à son arrivée au centre d'accueil de cette localité frontalière, après avoir parcouru environ 200 kilomètres à pied en compagnie de son garçon de 12 ans. Elle et tous les autres réfugiés ont abandonné, pour des raisons de sécurité, leurs foyers afin de se réfugier au camp de zégoua (Mali), située à 480 km au sud de Bamako, la capitale malienne et à 03 km de Pogo, la première ville ivoirienne.
Zégoua est une petite ville qui comptait environ 500 habitants, selon le dernier recensement de janvier 2001. Mais entre-temps, la ville s'est beaucoup étendue.
Le camp des réfugiés de Zégoua a été mis en place le 28 septembre à l'arrivée massive des populations qui fuyaient les zones de combat dans des villes ivoiriennes occupées par des soldats insurgés. Ces réfugiés sont pour la plupart des ressortissants d'une dizaine de pays de la sous-région ouest-africaine : Côte d'Ivoire, Mali, Nigeria, Mauritanie, Sénégal, Bénin, Togo, Gambie et Niger.
Le 10 octobre, sur les 2.582 réfugiés recensés, on dénombrait 1.876 Maliens dont 471 femmes, 650 hommes et 755 enfants. Les Ivoiriens étaient au nombre de 425 dont 107 femmes, 186 hommes et 132 enfants.
Des cadres civils et para-militaires – au nombre de 600 – ont été les premiers réfugiés recensés par les autorises maliennes, selon le haut-commissaire de la région de Sikasso, Bocary Samassékou. Pour des raisons de sécurité et pour éviter d'éventuelles exactions, étant donné la proximité des deux frontières, ces cadres et leurs familles ont été installés à Sikasso, ville située à 380 km au sud de Bamako et à 100 km de Zégoua, explique Samassékou. Certains, ajoute-t-il, ont été conduits à Bamako, à leur propre demande.
Selon le sergent-chef Mohamed Sacko, chargé de la logistique et de l'hébergement au camp des réfugiés de Zégoua, les moyens mis à leur disposition par les autorités maliennes et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) sont insuffisants pour les installer tous sur un même site. Ce site comprend 49 tentes, à raison d'une tente pour une famille de huit personnes. Ce qui fait une population de 392 personnes sur le site.
"En raison du nombre insuffisant des tentes, plus de la moitié des réfugiés se sont fait héberger auprès des populations du village ou se trouvent en location", a indiqué Sacko.
Une délégation gouvernementale malienne s'est rendue le 10 octobre dans les camps de réfugiés pour s'enquérir de leurs conditions de vie. Elle comprenait les ministres de la Défense, Mahamane Maïga, de la Sécurité et de la Protection civile, Souleymane Sidibé, et de I'intérieur, le général Kafagouna Koné.
"Vous avez l'impérieuse nécessité du respect et de l'observation stricte des règles d'éthique et de déontologie en matière de mission humanitaire d'assistance aux populations déplacées", a déclaré le ministre de l'Intérieur aux agents des forces de sécurité. Et aux réfugiés, il a exprimé la disponibilité des autorités maliennes pour les "aider et les soutenir" en ces moments difficiles.
Le porte-parole des réfugiés, Arsène Tahoua, après avoir remercié les autorités de l'attention dont ils font l'objet, a mis surtout l'accent sur les cas des malades et les conditions de précarité des réfugiés. Les nattes sont inadaptées compte tenu de la forte humidité.
L'on constate aussi une mévente de certaines denrées du fait de la fermeture de la frontière, ainsi que la consommation de la viande avariée suite aux difficiles conditions de conservation dans cette zone chaude.
Sur le plan sanitaire, tous les enfants âgés de zéro à cinq ans ont été systématiquement vaccinés à leur entrée à Zégoua. Les autorités ont demandé la prise en charge de tous les malades. A la date du 10 octobre, 103 malades avaient été enregistrés dont quatre femmes enceintes et 32 enfants. Un de ces enfants devrait subir une intervention chirurgicale, selon l'infirmier du camp, le sergent-chef Aly Sidibé. "Tous les cas compliqués sont transférés au centre de santé de Kadiolo, localité située à une dizaine de kilomètres de Zégoua", ajoute-t-il.
Les nombreux enfants, qui accompagnent leurs parents, sont actuellement dé-scolarisés. Le directeur national de la Promotion de la Famille, de l'Enfant et de la Femme, Mohamed Attaher, en compagnie du chargé de l'information du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Ismaël Maïga, ont recensé les besoins des enfants en vue de leur réinsertion dans le système éducatif malien.
A Sikasso, les populations offrent leur hospitalité aux réfugiés, mais craignent une augmentation jugée déjà élevée du flux migratoire à cause de l'enlisement de la crise ivoirienne. Une situation qui fait craindre, de l'avis du chirurgien de l'hôpital de Sikasso, Dr Bréhima Cissé, une propagation du VIH/SIDA dont la prévalence est assez élevée en Côte d'ivoire.

