GENEVE, 14 oct (IPS) – Des négociations intergouvernementales pour une convention internationale sur le contrôle du tabac reprendront cette semaine au milieu de pressions de la communauté sanitaire et des organisations de la société civile qui exigent une action vigoureuse pour protéger la santé publique mondiale de la menace qui est, selon eux, créée par de grandes transnationales de tabac.
Des délégués de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) – regroupant 192 Etats membres – se réunissent du 14 au 25 octobre dans cette ville suisse pour débattre de l'avant-projet d'une convention de contrôle du tabac présentée en juillet par le président de son organe de négociation intergouvernementale (INB), le diplomate brésilien Luis Felipe de Seixas Correa. L'initiative, qui a essuyé des attaques de la part d'une poignée de compagnies dominant l'industrie mondiale du tabac et a été critiquée par des planteurs de tabac dans certains pays, cherche à élaborer des lois internationales "pour réduire la publicité, la promotion et les ventes ainsi que la contrebande des produits du tabac". Mais certaines organisations non gouvernementales comme le Réseau pour la responsabilité des transnationales de Tabac (NATT) ont allégué que l'avant-projet de la Convention-cadre de Correa Seixas sur le contrôle du tabac (FCTC) n'est pas allé assez loin. Le NATT, basé dans la ville américaine de Boston, qui en chapeaute plus de 70 ONG anti-tabac venant d'une cinquantaine de pays, a demandé une formulation plus stricte de l'avant-projet de loi avant le vote sur son approbation, prévu en mai 2003 à la prochaine Assemblée mondiale sur la santé. "Ceci est un moment critique pour les négociations", a déclaré le directeur général de l'OMS, Gro Harlem Brundtland, ajoutant : "Le travail technique est terminé et je crois que le moment est venu pour que des pays montrent leur détermination à contenir l'épidémie du tabac". On reproche à la consommation des produits dérivés du tabac, en particulier les cigarettes, d'être responsable de la mort de 4,9 millions de personnes dans le monde chaque année. Brundtland a insisté sur le fait qu'une forte convention de contrôle du tabac pourra sauver des vies humaines. "Des retards signifient plus de décès, et plus d'enfants tombant en proie au tabac", a-t-elle ajouté. Fondée sur le taux actuel de consommation de tabac, la projection de chiffre annuel pour les décès qui y sont liés est de 10 millions d'ici à la fin de 2020. Le directeur exécutif de l'OMS pour les maladies non transmissibles et la santé mentale, Derek Yach, a toutefois déclaré que ceci est "en quelque sorte, une sous-estimation". Les tendances des taux de décès liés au tabac sont basées sur des mécanismes de consommation d'il y a 10 à 20 ans. Deux variables ayant réellement besoin d'être prises en compte sont le taux de jeunes fumeurs et les "taux de gens qui ont cessé de fumer" parmi les adultes, a expliqué Yach. En Chine, où 320 millions de personnes fument et un million de personnes meurent chaque année des suites de la consommation du tabac, la proportion d'adultes ayant arrêté de fumer est de très loin inférieure à celle de l'Europe et de l'Amérique latine. Le responsable de l'OMS a fait remarquer que tout changement dans le taux de tabagisme en Chine — qui a une population de près de 1,3 milliard d'habitants — aurait un impact sur les chiffres mondiaux sur l'usage du tabac. Le gouvernement chinois "va inexorablement dans la bonne direction" en lançant divers programmes, comme les écoles sans tabac. Les Jeux olympiques de 2008, qui se dérouleront à Beijing, seront également "une vitrine pour le sport sans tabac", selon le gouvernement chinois, a indiqué Yach. Petit à petit, les principaux sports déploient des campagnes contre l'usage du tabac. Le football professionnel et le volley-ball font partie des pionniers en la matière, tandis que la Formule 1 de course automobile interdira la publicité du tabac et de la cigarette à partir de 2006. C'est précisément cette question qui agace les ONG du NATT par rapport à l'avant-projet de la convention. Elles disent que le traité devrait inclure une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage fait par de grandes compagnies de tabac. Le NATT exprime également des inquiétudes par rapport à l'incapacité du texte à faire explicitement de la santé publique une priorité sur le commerce international, et estime que cela pourrait subordonner le FCTC aux accords de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Des négociateurs des Etats membres de l'OMS se réuniront à Genève pour deux semaines de discussions sur les règles internationales pour limiter la publicité, la promotion et les ventes ainsi que la contrebande des produits dérivés du tabac et des questions qui y sont liées. Pour ce qui concerne les interdictions de publicité, Yach a cité les cas du Brésil et de l'Afrique du Sud, où les taux de tabagisme ont diminué suite à la mise en place de restrictions sur la publicité. En ce sens, a-t-il souligné, les négociations liées au traité ont commencé par porter des fruits avant même son application : "Le processus de la convention-cadre a été presque aussi important que son propre résultat". Plusieurs pays renforcent actuellement leurs propres réponses législatives par rapport au problème de la consommation du tabac, ils révisent leurs systèmes de taxe, et prennent des actions au niveau communautaire comme ils ne l'avaient jamais fait jusqu'à aujourd'hui, a souligné le responsable de l'OMS. On peut citer comme exemples les nouvelles lois introduites au parlement allemand pour restreindre le tabagisme sur le lieu du travail, une législation semblable au Pakistan et en Inde, tandis que le gouvernement de Malaisie devrait promulguer une interdiction de la publicité sur les produits dérivés du tabac à partir de janvier 2003. Mais les grandes compagnies de tabac se tournent de plus en plus vers les pays en développement et les marchés auparavant fermés afin de compenser les ventes stagnantes sur d'ex-grands marchés comme l'Europe et les Etats-Unis, a indiqué Yach. L'entrée récente de la Chine dans le système de l'OMC signifiait que Beijing devait adapter sa législation aux lois de libéralisation de marché dans le domaine du commerce multilatéral.
En conséquence, les transnationales comme British American Tobacco (BAT, la deuxième plus grande compagnie de tabac au monde) a déjà commencé par ouvrir des usines en Chine et, protégée par les lois de l'OMC, pourrait importer la matière première à des prix très en dessous de ceux qui sont disponibles sur le marché national, constituant ainsi une menace pour les planteurs chinois de tabac, a expliqué Yach.

