NAIROBI, 16 oct (IPS) – Une trentaine de sommités scientifiques se sont réunis, pendant trois jours, sur le Bassin du Nil à Nairobi et parmi eux, figuraient des spécialistes en météorologie, en gestion des ressources en eau, des biologistes, géologues, économistes et des membres d'organisations non gouvernementales (ONG).
Les participants, venus de plusieurs pays traversés par ce grand fleuve africain, ont confronté, la semaine dernière, leurs idées sur la meilleure manière de gérer toutes les ressources en eau du Bassin du Nil.
Long de 6.700 kilomètres, le Nil – le plus long fleuve d'Afrique – prend ses sources dans ce que les spécialistes préfèrent appeler aujourd'hui les grands lacs équatoriaux. Plus singulièrement dans le lac Victoria que se partagent le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda, mais également dans les lacs Edouard et Albert qui bordent l'Ouganda et la République démocratique du Congo (RDC).
En y ajoutant encore le Rwanda et le Burundi dont certaines rivières se jettent dans le lac Victoria, cela fait autant d'Etats qui estiment constituer la ou les sources du Nil et qui demandent des comptes à l'Egypte qui, à leurs yeux, reste le plus grand bénéficiaire des eaux du fleuve au nom du principe de la redistribution des responsabilités et des bénéfices.
Le Nil se jette dans la mer Méditerranée par un vaste delta en Egypte.
Deux camps se sont âprement confrontés sur cette question cruciale. Si tous les participants se sont accordés sur le principe de rendre pérennes les eaux du Nil, une proposition du professeur Thomas Odhiambo de l'Université du Kenya, il en a été différemment de celui de la redistribution des revenus.
En effet, les communautés de base habitant les régions abritant les sources du fleuve estiment ne subir que les contraintes liées à la gestion de l'eau sans en tirer aucun avantage sur le plan du développement. Telle la réaction de Julien Malikidogo, président de l'ONG 'Observatoire du Bassin du Nil' opérant dans la partie congolaise du bassin.
"Non seulement la partie congolaise du Bassin du Nil est en grande partie occupée par le Parc national de Vitunga, ex-Parc national Albert, interdisant aux populations riveraines la jouissance des ressources halieutiques du Lac Edouard, la coupe de bois de chauffe et de construction, mais en plus, il leur est interdit de construire le moindre barrage hydroélectrique sur la rivière Semliki qui relie les lacs Edouard et Albert pour ne pas perturber la gestion des eaux du Nil en aval", explique Malikidogo. Selon lui, les populations ont même des difficultés à se procurer du bois parce que la pluviométrie du bassin en serait affectée.
Pour la délégation égyptienne, la plus fortement représentée à la conférence avec 10 personnes, le problème n'est pas que seule l'Egypte bénéficie de la presque totalité des eaux du Nil. L'utilisation des ressources des eaux du Nil est régie par des lois qui restent valables jusqu'aujourd'hui. Selon Mohamed Mustapha Abas, ingénieur météorologiste et chef de la délégation égyptienne, "Les eaux provenant des lacs équatoriaux ne sont pas les seules à former le Nil bien qu'elles soient déterminantes. L'Egypte a ses propres apports en eau".
En fait, les lois auxquelles fait allusion la délégation égyptienne, dont l'Egypte tire une certaine légitimité, sont les traités de 1929 et 1959, signés par la Grande-Bretagne et l'Italie et qui accordent à l'Egypte seule, le contrôle des eaux du Nil, tout en reconnaissant quelques droits également au Soudan. Dr Raphael Kapiyo, doyen de la Faculté des Etudes environnementales de l'Université de Maseno du Kenya, a relevé que les parlements ougandais et Kenyan avaient déjà jugé ces lois obsolètes et exigé qu'elles soient revues et réactualisées.
En guise de compromis, le secrétariat de l'Initiative du Bassin du Nil a pris le dossier en étude et convoquera une réunion des directeurs chargés, par pays, des ressources en eau, qui en discuteront pour chercher une solution équitable. La rencontre est prévue en décembre à Kampala, en Ouganda, siège du secrétariat du Bassin du Nil. Les projets de solutions seront soumis à une rencontre ultérieure des ministres de l'Environnement de l'organisation.
Le Bassin du Nil couvre environ 3 millions de km2; près de 10 pour cent du continent. Dix pays se partagent ce vaste territoire où vivent quelque 255 millions d'habitants : le Burundi, le Rwanda, la RDC, l'Ethiopie, l'Erythrée, le Kenya, l'Ouganda, la Tanzanie, le Soudan et l'Egypte.
Tous ces pays sont caractérisés par des ressources inégales et des fortunes diverses : pauvreté, instabilité politique, démographie galopante et dégradation de l'environnement. Ce que regrette Meraji Msuya, secrétaire exécutif de l'Initiative du Bassin du Nil, la structure qui gère administrativement les activités dans le Bassin du Nil. "Parmi les 10 Etats qui forment le Bassin du Nil, quatre se trouvent sur la liste de pays les plus pauvres de la planète", a déclaré Msuya. Il s'agit du Rwanda, du Burundi, de l'Erythrée et de la RDC.
L'Initiative du Bassin du Nil compte, à travers une coopération agissante, stimuler le développement dans tous ces pays en finançant certains projets dans le cadre d'une intégration régionale des pays riverains. Ceci apporterait sûrement, affirme Msuya, une solution à la controverse entre les pays riverains de l'amont et ceux de l'aval au sujet de l'utilisation et de la gestion des ressources en eaux dans le bassin.
Créée en 1999 à Dar es Salaam, en Tanzanie, l'Initiative du Bassin du Nil sert actuellement d'interlocuteur aux bailleurs de fonds qui, apparemment, s'intéressent de près à cette expérience assez rare de coopération entre riverains d'un même cours d'eau. Le Canada, la Suisse, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale sont les principaux partenaires.
Actuellement, 22 projets de développement sont en cours d'étude ou de financement pour une valeur de 100 millions de dollars, indique-t-on à l'Initiative du Bassin du Nil.

