COTONOU, 11 oct (IPS) – L'association Action, Espoir et Vie (AEV), regroupant des personnes vivant avec le VIH, compte 95 femmes sur un total de 150 membres recensés fin mai 2002 au Bénin. "Les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans l'association parce qu'elles sont plus frappées par la pauvreté", confie la présidente, Laurence Bayi.
Lorsque le couple va faire le test du SIDA et qu'il se révèle positif pour tous les deux, l'homme renvoie sa femme de la maison. Au moment où l'homme, malgré sa séropositivité, continue de travailler et de gagner son salaire, la femme, le plus souvent ménagère et sans qualification, se retrouve abandonnée et sans le sou. "Démunie, la femme se réfugie alors dans l'association où elle sait pouvoir trouver des personnes avec qui causer, des personnes qui l'écoutent et qui l'aident à porter le fardeau que constitue la maladie, et surtout, avoir des médicaments et une petite aide matérielle", raconte Bayi. L'AEV a été créée en décembre 1997 à Cotonou par des personnes vivant avec le VIH dans le but de se soutenir mutuellement dans la maladie. A chaque réunion de l'AEV, les femmes reçoivent des vivres qui leur sont offerts par des organisations non gouvernementales (ONG) et des associations d'aide aux personnes vivant avec le VIH. Il existe à peine cinq groupes organisés qui luttent contre le SIDA dans le pays, dont la plupart se trouvent à Cotonou et Porto-Novo, respectivement capitales économique et administrative du Bénin.
Quelque 160.000 personnes déclarées vivent avec le VIH/SIDA au Bénin sur une population d'environ 6,752 millions d'habitants (recensement de mars 2002).
Le gouvernement a créé quelques centre médicaux où les personnes vivant avec le VIH/SIDA peuvent se faire traiter et obtenir des médicaments moyennant une modique somme de 1.000 francs CFA à 20.000 FCFA (environ 1,50 dollar US à 30 dollars US) selon leurs revenus.
L'association fait aussi des visites à domicile à ceux de ses membres qui sont à une étape avancée de la maladie et qui ne sont plus en mesure de se déplacer pour assister aux réunions. A chacune de ces visites, l'AEV donne une modique somme de 1.000 FCFA (environ 1,50 dollar US) aux personnes visitées. L'AEV est financée grâce aux dons des ONG comme Ensemble contre le SIDA-Paris (ECS-Paris), Zonta Club, ou bien par l'ONUSIDA et la Fondation Bénin-SIDA. Son budget annuel tourne autour de 8 millions de FCFA (environ 12.000 dollars US).
"Les membres de l'AEV, surtout les femmes, sont pour la plupart des personnes démunies, abandonnées par leurs familles et qui sont obligées de se débrouiller pour vivre", témoigne Danielle Sonon, 34 ans, trésorière de l'association, coiffeuse de profession, mariée et mère de trois enfants. Autrefois, raconte Sonon, "j'étais coiffeuse; je vivais bien et faisais vivre ma famille grâce aux revenus que me procurait mon métier. Mais depuis que mon mari a commencé à tomber malade, parce qu'il est porteur du VIH, j'ai dû fermer mon salon de coiffure pour m'occuper de lui à la maison. J'ai appris plus tard que j'étais moi aussi infectée par le VIH. Depuis lors, nous vivons grâce aux aides de la famille et des amis". Entre 1999, où Sonon a appris sa séropositivité et 2002, sa situation économique n'a fait que se dégrader. Aujourd'hui, elle dit avoir du mal à nourrir ses trois enfants et à assurer leur scolarité. La rentrée scolaire arrive dans trois semaines et elle dit ne pas savoir encore comment trouver l'argent pour acheter les fournitures scolaires et payer les frais de scolarité. Leur papa malade ne peut plus exercer aucune activité. "C'est encore moi, avec mon petit commerce, qui doit m'occuper de lui et des enfants. Ce sont ces genres de problèmes qui précipitent la maladie et la mort des malades. Ici au Bénin, si tu as le VIH, tu ne t'en prends qu'à toi-même", déplore-t-elle. Le VIH a aussi appauvri Rachelle D., 27 ans, diplômée en marketing, mais aujourd'hui incapable de travailler parce qu'elle tombe trop souvent malade.
A chaque fois qu'elle trouve un emploi, elle le perd quelques mois plus tard pour raison de maladie. Ses parents continuent de lui donner de l'argent de poche, mais cela ne suffit pas à assurer tous ses besoins. Célibataire et vivant encore chez ses parents, Rachelle a réussi à cacher jusqu'à présent sa maladie à ses parents qui prennent ses fréquentes maladies pour le résultat d'un envoûtement dont leur fille serait victime de la part d'une autre famille jalouse de sa réussite sociale. "Je ne peux pas leur dire que j'ai le VIH parce que si mon papa l'apprend, il risque de me tuer et de se tuer après. J'ai essayé de discuter avec mes frères pour voir si je peux les mettre dans la confidence, mais eux non plus ne veulent pas du tout entendre parler de cette maladie", confie-t-elle. Malheureusement, déplore Innocent Kpoton, sociologue au Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), "les questions liées au genre sont encore à l'étape embryonnaire au Bénin. Il n'y a pas, à ce jour, un programme ciblé à l'endroit des femmes vivant avec le VIH. Le PNLS a l'intention d'ouvrir un programme pour aider les jeunes filles à devenir indépendantes sur le plan économique afin de leur éviter de se donner aux hommes, juste pour l'argent.
Mais ce n'est encore qu'une intention". En attendant, certaines institutions nationales et internationales ont commencé à octroyer des crédits aux femmes vivant avec le VIH pour leur permettre d'avoir une certaine indépendance économique. L'ONG internationale Caritas a commencé à le faire depuis quelques mois, et l'association pour la Promotion et l'appui au développement de micro-entreprises (PADME) s'apprête aussi à le faire. "Le SIDA est une maladie qui entretient un cercle vicieux avec la pauvreté.
Il coûte trop cher et conduit inévitablement vers l'extrême pauvreté", souligne le Dr Alphonse Guédémè du PNLS. Le Bénin comptait 23,3 pour cent de citoyens vivant sous le seuil de pauvreté en milieu rural et 33 pour cent en milieu urbain, en 1999-2000, selon les derniers chiffres de l'Institut national des statistiques et de l'analyse économique (INSAE).

