DEVELOPPEMENT: Les nations pauvres perdent des milliards à cause de labaisse des prix des matières premières

NATIONS UNIES, 11 oct (IPS) – Une forte baisse des cours des matières premières est en train "d'affecter considérablement" les nations productrices du Tiers-Monde, en particulier les pays africaine, selon un rapport des Nations Unies.

La nature cyclique des marchés des matières premières et les subventions des nations riches à leurs agriculteurs ont aggravé ces conséquences, indique une étude de 13 pages intitulée "Tendances et perspectives des matières premières dans le monde".

Le niveau des prix des matières premières en dollars US courant est maintenant comparable à celui du début des années 1970, souligne le rapport.

Depuis 1997, la chute des prix de certaines matières premières, dont le café, le coton et le sucre, a été "spectaculaire", causant d'énormes pertes économiques et une pauvreté accrue dans plusieurs pays en développement.

Les pays les plus affectés sont les pays africains qui dépendent fortement des exportations des matières premières pour leurs revenus.

Le Burkina Faso et le Mali dépendent du coton, le Ghana du cacao et de l'or, le Kenya et le Malawi du thé, et la Côte d'Ivoire du cacao et du coton.

L'indice combiné des prix pour toutes les matières premières a chuté de 17 pour cent en termes réels et de 24 pour cent en dollars courants depuis 1997.

Les prix des boissons tropicales, dont le thé et le café, ont chuté de 55 pour cent.

Les prix d'autres produits agricoles ont baissé d'environ 30 pour cent tandis que ceux des minerais et des métaux ont chuté de près de 18 pour cent.

Les cours de certains produits – dont le cacao, le sucre, et le caoutchouc – ont diminué très nettement de 1998 à 2000, mais ont connu une remontée en 2001-2002.

Selon l'Organisation internationale du café (OIC), il y a également un écart croissant entre ce que les producteurs gagnent et ce que les consommateurs paient pour le même produit.

A la fin des années 1980, par exemple, les pays producteurs de café ont reçu environ 10 à 12 milliards de dollars par rapport à un marché de détail de 30 milliards de dollars aux Etats-Unis.

Mais aujourd'hui, alors que la valeur des ventes en détail du café dépasse 70 milliards de dollars annuellement, les producteurs reçoivent seulement 5,5 milliards de dollars, a déclaré l'OIC.

Selon l'étude de l'ONU, près de 70 pour cent de la fourniture mondiale de café est assurée par de petits agriculteurs qui sont directement affectés par la chute des prix.

La culture du café emploie plus de 40 pour cent de la main-d'œuvre rurale dans des pays comme le Nicaragua.

Selon des calculs faits par l'organisation caritative britannique Oxfam, des agriculteurs produisant du café sur deux hectares en République dominicaine gagnent seulement 260 dollars par an sur la production de café.

La chute des cours mondiaux du café affecte directement 125 millions de personnes. "Ceci a des conséquences catastrophiques en termes d'accroissement de la pauvreté", indique le rapport.

L'étude souligne que de récentes baisses des cours des matières premières "avaient eu un impact considérable sur les pays en développement".

Plusieurs de ces nations, dont le Ghana, le Nicaragua, la Côte d'Ivoire et la République dominicaine, "sont économiquement vulnérables et doivent souvent faire face à des situations en dents de scie", ajoute l'étude.

"Ils doivent faire face au risque d'effondrement des devises étrangères issues de l'exportation des matières premières – qui influence leur capacité à importer – et ils sont affectés par des montées rapides des prix des matières premières importées comme le pétrole", a-t-il expliqué.

L'étude a choisi le Ghana, qui exporte principalement le cacao et l'or et importe du pétrole.

Entre 1998 et 2000, les prix du cacao et de l'or ont chuté de 47 pour cent et de 5,0 pour cent respectivement, alors que les cours du pétrole ont grimpé de 116 pour cent.

La situation s'est inversée en 2001-2002 avec une augmentation estimée de 76 pour cent des prix du cacao et une baisse de 15 pour cent des prix du pétrole. "Gérer de tels cycles est une énorme tâche macroéconomique", selon l'étude.

Selon la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le développement (CNUCED) basée à Genève, si les prix moyens du café, du sucre et du coton étaient demeurés à leurs niveaux de 1998, les nations productrices auraient pu gagner les années suivantes 19 milliards de dollars, 1,4 milliard de dollars et 1 milliard de dollars de plus qu'ils ne l'avaient fait.

Selon le rapport, plusieurs facteurs expliquent la récession sur les marchés des matières premières : la surabondance, la baisse du dollar US, et la réduction de la demande provoquée par le ralentissement de l'économie mondiale.

Le rapport choisit également un domaine qui "nécessite une attention urgente"- les subventions agricoles aux agriculteurs dans les pays industrialisés.

En juin, le président américain George W. Bush a signé une nouvelle loi agricole qui accorde 180 milliards de dollars de subventions aux agriculteurs américains, qui inondent le marché mondial de maïs, de blé, de riz et de soja coûtant moins cher.

Ces produits sont actuellement en train d'être vendus sur le marché mondial à la moitié de leur coût de production, ce qui conduit à des prix artificiellement bas.

L'industrie américaine du sucre est aussi fortement subventionnée, avec environ la moitié des revenus des producteurs provenant du soutien du gouvernement, selon "Perspectives économiques mondiales", publié par la Banque mondiale au début de cette année.

En moyenne, les producteurs américains de sucre ont perçu 2,6 fois le cours mondial du marché pour le sucre depuis le milieu des années 1980.

L'Union européenne, composée de 15 membres, est également généreuse dans ses subventions à ses agriculteurs, qui inondent le marché mondial de sucre et de café, faisant baisser les prix.

"La surabondance conduisant aux chutes spectaculaires des cours doit être éliminée", souligne le rapport.

La communauté internationale doit également prendre des mesures pour améliorer l'accès des exportations agricoles des pays en développement aux marchés des pays développés.