FREETOWN, 5 août (IPS) – Un mélange de désespoir et d'anxiété a envahi la Sierra Leone comme les troupes britanniques se retirent de ce pays d'Afrique de l'ouest ravagé par la guerre.
Les 200 hommes de troupes britanniques, qui ont quitté le 28 juillet, maintenaient la paix en Sierra Leone depuis mai 2000. "Nous sommes vraiment affectés par leur départ étant donné le degré de soutien qu'ils ont apporté à ce pays pendant notre période de crise", fait remarquer Michael Johnson, un analyste militaire basé à Freetown, la capitale de la Sierra Leone.
"On espère seulement que la situation de sécurité restera stable puisque notre armée nationale qu'ils (les Britanniques) ont formée, piétine encore", dit-il.
La Grande-Bretagne, qui a gouverné la Sierra Leone jusqu'à l'indépendance en 1961, a mobilisé des centaines d'hommes de troupes pour aider à rétablir la stabilité dans la capitale Freetown qui était sous la menace d'un assaut des rebelles en mai 2000.
Le principal groupe rebelle, le Front révolutionnaire uni (RUF) avait renoncé à un accord de paix signé avec le gouvernement et était sur le point de s'emparer du pouvoir.
Les rebelles avaient également kidnappé environ 500 soldats de maintien de la paix des Nations Unies et se sont alors déclarés pour le désarmement et la démobilisation des factions belligérantes.
Des troupes de fusiliers marins royaux, le contingent de Shauka et des Forces spéciales sont intervenus pour renverser la tendance et redonner confiance à cette population fatiguée de la guerre.
Le professionnalisme des Forces britanniques a été réellement testé au cours de la même année, lorsque certains éléments de leurs troupes ont été enlevés par des rebelles qui se font appeler Westside Boys, un groupe de renégats de l'armée nationale rendus fous par la drogue, qui terrorisaient les villageois vivant aux alentours de Freetown.
Une opération ayant pour nom de code 'Barrass' a été lancée pour délivrer les kidnappés et neutraliser la bande de rebelles redoutés. A la fin de l'opération, des douzaines de 'Westside Boys' ont été soit capturés soit tués et leur mouvement rebelle mis hors de combat.
Ce seul exploit des Britanniques les a rendus chers à la population terrifiée et a envoyé des signaux clairs au principal groupe rebelle, le RUF, pour qu'il reconsidère son attitude belliqueuse.
"Nous sommes ici pour former l'armée sierra léonaise et pas vraiment pour nous engager dans un combat actif", précise à IPS un officier britannique partant, le 28 juillet. "Mais nous avions aussi le devoir de protéger nos troupes et la vulnérable population sierra léonaise".
Avant son départ, l'armée britannique a formé plus de 10.000 personnels militaires sierra léonais et les a équipés d'armes et de logistique. Elle a également prodigué des conseils 'techniques' et prétend disposer d'une force "au-dessus de l'horizon" qui interviendrait en cas de violation de la paix.
Ce qui est resté actuellement de l'armée britannique en Sierra Leone, c'est un peu plus de 100 hommes de troupes qui, selon l'unité conjointe de commandement, "seraient ici surtout pour la formation de l'armée".
Ce n'est certainement pas assez pour les Sierra Léonais, qui en sont arrivés à compter principalement sur les prouesses remarquables des troupes britanniques, malgré la présence de quelque 17.000 soldats de maintien de la paix de l'ONU. Les troupes de l'ONU, les plus nombreuses à travers le monde, ont été emmenées de plus de sept pays en Asie et en Afrique.
Peter Bangura, dont la maison a été incendiée par des rebelles lorsqu'ils ont envahi la capitale en janvier 1999, se demande si les Britanniques étaient en train d'abandonner le peuple sierra léonais. "Nous savons que la paix a été déclarée par le gouvernement, mais elle est encore fragile", affirme-t-il. Les Britanniques ont toutefois promis qu'ils n'abandonneraient absolument pas le pays et sa population. "Après tout", déclare un officier, "la Grande-Bretagne a tant investi en Sierra Leone que toute tentative d'abandon du pays serait contre-productive".
A part le domaine de formation militaire, la Grande-Bretagne recycle également la police sierra léonaise avec un inspecteur général britannique de souche à la tête de la force.
Elle soutient aussi la commission anti-corruption et d'autres institutions de la démocratie.
La Grande-Bretagne est le plus grand bailleur occidental de ce pays qui est sur la voie du redressement national.
En attendant, les Sierra Léonais se sentent néanmoins encore mal à l'aise avec leur propre armée nationale qui détient un record de coups d'Etat et de mutineries. Peut-être les Britanniques auraient-ils dû rester un peu plus longtemps, selon les termes du fermier Joseph Kobba, "jusqu'à ce que notre armée fasse preuve de loyauté totale envers le gouvernement et le peuple".

