SANTE-AFRIQUE DU SUD: Cibler les jeunes pour réduire l'infection du VIH

JOHANNESBURG, 3 août (IPS) – Le succès ou l'échec de la lutte contre le VIH et le SIDA en Afrique du Sud reste entre les mains des jeunes en général et des jeunes hommes en particulier.

"Le comportement sexuel des adolescents sert de fil conducteur à l'épidémie en Afrique du Sud", indique un rapport publié en juillet par Lovelife, une organisation qui cible la jeunesse pour réduire le taux d'infection du SIDA.

Alors que l'épidémie en Afrique du Sud a atteint sa phase meurtrière, avec une concentration conséquente sur la maladie, la prévention est toujours aussi importante qu'impérative, affirment les activistes.

Une enquête réalisée pour Lovelife et publiée le mois dernier (juillet) par Africa Strategic Research Corporation (Société de recherche stratégique en Afrique) a révélé que quatre jeunes sur 10, dans la tranche d'âge de 12 à 14 ans, étaient sexuellement actifs avec un partenaire sexuel, tandis que le reste avait déjà eu entre trois et sept expériences sexuelles.

Selon Lovelife, le changement de comportement parmi les jeunes hommes à court-terme pourrait changer le cours de la pandémie.

En fait, l'un des facteurs conducteurs de l'épidémie est la "renonciation à la responsabilité sexuelle par les jeunes hommes". En d'autres termes, les jeunes hommes n'ont pas de rapports sexuels protégés et détestent en particulier l'usage des préservatifs, ce qui, à l'ère du SIDA, peut être une sentence de mort pour eux et leurs partenaires.

Plusieurs études dans les années 90 ont révélé qu'en général, les jeunes femmes ne pouvaient pas négocier des limites sexuelles. Les rapports sexuels sous contrainte étaient encore courants.

Les préservatifs sont toujours la forme de prévention du SIDA la plus répandue et la plus disponible, cependant en Afrique du Sud, ils sont fortement stigmatisés, selon Lisa Vetten, coordonnatrice en matière de genre au Centre d'étude de la violence et de la réconciliation. "Il y a une croyance parmi les jeunes hommes selon laquelle les condoms sont une idiotie. De nos jours, il y a la honte supplémentaire qui fait que lorsque vous demandez un condom, vous êtes séropositif".

Les jeunes femmes, d'un autre côté, n'insistent pas sur l'usage du préservatif parce que "les condoms signifient que vous êtes facile et de mœurs légères", ajoute Vetten. Et les femmes sont plus exposées à l'infection que les hommes, mais ont toutefois moins de pouvoir à négocier des rapports sexuels protégés.

En plus de la stigmatisation, les jeunes femmes pauvres s'engagent dans "le commerce sexuel) avec les "suggar daddy" (vieux protecteurs) qui leurs achètent des vêtements et les font sortir. De telles relations sexuelles sont souvent non protégées.

Alors que Lovelife a constaté que six adolescents sur 10 ont indiqué dans une étude, l'an dernier, qu'ils avaient utilisé un préservatif pour leur dernier rapport sexuel, la plupart n'avaient pas utilisé de protection dans d'autres rapports sexuels dans la même année.

Pour Condomie, une firme allemande, l'une des raisons est que les condoms sont encore enveloppés de secret.

Condomie, qui ouvre une usine en Afrique du Sud en septembre, appelle ses articles "tenue d'érection" et est devenue une société leader en Europe en rendant ses produits "légers". Elle négocie un accord avec Lovelife pour la marque et la vente des condoms – les cadeaux ne sont pas efficaces, estime le président Volke de l'Homme de Courbiere.

"Les condoms sont un produit de style de vie comme les téléphones portables, ils doivent alors être légers", ajoute-t-il. La société allemande a commencé à Cologne, mais a actuellement son siège à Erfurt et a bâti son succès en rendant ses produits jeunes et amusants.

Ils espèrent faire de même en Afrique du Sud en ouvrant des magasins de condoms et en introduisant de nouveaux modèles, de nouveaux goûts et de nouvelles couleurs sur le marché.

C'est une façon de lancer un appel à une génération d'adolescents qui est un fan de style et de labels, mais à moyen-terme, il est essentiel de développer des méthodes qui sont contrôlées par les femmes, selon Vetten.

De telles méthodes incluent les préservatifs et microbicides pour femmes, qui sont des solutions vaginales qui tuent ou arrêtent le virus du SIDA.

Mais les femidons n'ont en fait jamais marché en Afrique du Sud. Alors que la plupart des lieux publics offrent maintenant des condoms masculins à travers des cuvettes pleines, les préservatifs pour femmes sont rarement disponibles, que ce soit en vente libre soit dans les pharmacies.

"Nous avons constaté que les femmes ne sont pas totalement enthousiastes pour les préservatifs féminins", indique Vetten, ajoutant qu'à trois rands chacun, ils sont hors de portée pour la plupart des femmes. Un dollar US équivaut à 10,25 rands.

"Plusieurs femmes les trouvent bruyants – il y a toujours une opinion dominante que le sexe est quelque chose de bon, de silencieux, et de mystique", ajoute-t-elle. Utiliser le préservatif féminin exige du réalisme et de la pratique et pourrait se répandre s'il était plus facile à utiliser et moins bruyant, souligne Vetten.

Une campagne mondiale pour les microbicides commence également par gagner du terrain. Ces microbicides rendent le vagin hostile au virus du VIH et viennent en forme de gels, de mousses et de crèmes.

Même s'il n'est pas efficace à 100 pour cent (un microbicide anti-VIH/SIDA ne sera pas produit avant sept ans au moins), il peut notablement réduire le risque parce qu'il est contrôlé par les femmes.

Et une étude sur 243 hommes sud-africains, rapportée dans International Family Planning Perspectives (Perspectives internationales de planification familiale) a révélé que la majorité préférait le microbicide aux condoms.

"La majorité de l'échantillon voulait que leurs partenaires soient protégées contre le VIH", a constaté l'étude.

Cette étude ainsi que la preuve de la prise de conscience croissante vis-à-vis du condom parmi les jeunes couples sont des signes positifs du changement de comportent naissant, conclut le lobby du SIDA.