JOHANNESBURG, 29 juil (IPS) – Il y a quelque chose de tristement familier dans l'image de l'Afrique décrite dans l'Indice de développement humain (IDH) de cette année, publié annuellement par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
L'Afrique est plus pauvre qu'elle ne l'était au début de la décennie et l'Afrique subsaharienne est la région qui a probablement le moins de chances aussi bien d'atteindre les objectifs de développement du millénaire fixés par l'ONU il y a deux ans à l'intention de la moitié des pays pauvres du monde d'ici à 2015, que d'améliorer le taux d'inscription scolaire et les niveaux d'alimentation.
Moins de la moitié des pays de la région est en voie de réaliser les objectifs mondiaux, environ 11 d'entre eux – dont l'Angola et la Somalie – complètement à côté de la plaque.
L'indice de cette année identifie la gamme habituelle des raisons : conditions inéquitables du commerce mondial, aide budgétaire en baisse et mauvaise gouvernance. Mais il fait également ressortir une autre raison – la décadence de la démocratie après la vague qui a frappé l'Afrique dès la fin des années 1980.
Le Zimbabwe est une "pseudo-démocratie" et symbolise la découverte fondamentale selon laquelle le développement dépend du renforcement de la démocratie, estime le rapport publié la semaine dernière.
"La démocratie n'est ni un luxe ni une panacée pour les pays pauvres. Elle fait partie du processus du développement humain", indique le rapport.
Au moment où le monde est plus démocratique qu'il ne l'avait jamais été auparavant, avec 140 des 200 nations organisant des élections multipartites, "seulement 47 ont continué d'être des démocraties fonctionnant pleinement".
"Plusieurs d'entre elles sont retournées depuis au régime autoritaire : soit militaire, comme au Myanmar (Birmanie) ou au Pakistan, soit pseudo-démocratique, comme au Zimbabwe au cours des dernières années", selon le rapport. Une troisième vague de démocratisation s'impose, soutient l'administrateur du PNUD, Mark Malloch-Brown.
C'est parce que des auteurs à travers le monde et en particulier en Afrique établissent de plus en plus le lien entre les démocraties qui marchent et le développement humain. Là où les gens ont plus le droit de dire leur mot sur la manière dont leur argent est dépensé, et sur la façon dont leurs politiques sont conçues et appliquées, il y a plus de chances de succès du programme de développement.
Naturellement, il y a des exceptions à cette règle, mais en général, elle s'est révélée vraie, comme l'a démontré l'œuvre du Prix Nobel Amartya Sen.
En tant qu'organisme extrêmement diplomatique, une telle critique est inhabituelle pour les Nations Unies et le Zimbabwe revient sur le tapis pour des critiques répétées dans tout le rapport de 274 pages. Dix-huit pays ont connu des interventions armées – allant des coups d'Etat aux incursions étrangères – dont 15 sur le continent africain. Et dans plusieurs pays, on utilise les forces armées à des fins politiques.
De plus, le Zimbabwe se distingue comme un exemple de la manière dont "des gouvernements élus ont sapé la démocratie et la sécurité individuelle en utilisant des parties du secteur sécuritaire à des fins personnelles". En ceci, ils ne représentent plus que les anciens régimes que les gouvernements démocratiques ont promis d'écraser.
"Il y a une propagation inquiétante de démocraties "intolérantes", comme au Kyrgzstan et au Zimbabwe, où des gouvernements élus agissent de la même manière que leurs prédécesseurs autoritaires, privant les citoyens des droits de l'Homme et des limites constitutionnelles du pouvoir. Alors, pourquoi les appeler 'transitoires'? Ils ne semblent faire de transition nulle part", souligne l'IDH.
L'IDH de cette année reconnaît que le développement humain n'est pas seulement une mesure de ces indicateurs historiques tels que l'alphabétisation, l'alimentation, la mortalité infantile et l'émancipation sans discrimination sexuelle. "L'IDH a renforcé l'interprétation étroite, trop simplifiée du concept de développement comme concernant seulement l'expansion de l'éducation, la santé et des niveaux de vie décents", selon l'auteur principal du rapport, Saki Fakuda-Parr.
"Cette vision a obscurci le concept plus vaste, plus complexe du développement humain comme l'expansion des capacités qui élargissent les choix des gens à mener une vie qu'ils apprécient. Le concept (de développement humain) est plus vaste que l'index", écrit-elle.
La Libye – au numéro 64 – est en tête de liste de l'Afrique dans l'IDH, suivie par le Cap Vert et l'Afrique du Sud. Le continent figure nettement dans la section des nations les moins développées de l'index et n'a pas réussi à s'introduire dans la section convoitée de grand développement humain.

