NEW YORK, 29 juil (IPS) – Les crises survenant beaucoup plus rapidement que les travailleurs des organismes humanitaires ne peuvent y faire face – dans des endroits tels que l'Afghanistan, la Sierra Leone et l'Angola – les agences comme les Nations Unies et "Médecins sans frontières" débattent actuellement des raisons pour lesquelles des milliers de personnes pourraient mourir malgré les efforts acharnés – et coûteux – pour les sauver. Certaines estiment que le nœud du problème est le manque de fonds.
D'autres citent une incapacité à coordonner efficacement les efforts de l'aide dans "les situations critiques politisées", où différents groupes opèrent avec des programmes contradictoires.
Prenez par exemple l'Angola, un pays déchiré par la guerre. Erick de Mul, en charge de la myriade d'opérations onusiennes dans le pays, fait remarquer qu'un tiers seulement des fonds nécessaires a été réuni au cours de cette année.
La guerre civile dans ce pays d'Afrique australe a pris fin officiellement depuis le 4 avril. Mais de vastes domaines restent interdits d'accès aux travailleurs des agences humanitaires à cause des routes bombardées et du péril créé par des milliers de mines terrestres.
On estime à trois millions le nombre d'Angolais qui seraient dans le besoin de l'aide médicale et alimentaire, et un autre demi-million, le nombre de personnes qui n'avaient eu aucun accès à l'aide humanitaire depuis que la guerre civile a repris en 1998.
Ceci malgré les meilleurs efforts des 10 agences onusiennes, 100 organisations non gouvernementales (ONG) nationales et internationales et plus de 300 groupes locaux, qui travaillent avec 11 départements et ministères du gouvernement.
Alors que la région d'Afrique australe fait face à la plus grave sécheresse en plusieurs décennies, et que 12 millions de personnes sont confrontées à la famine, la question de savoir comment mieux régler les crises humanitaires massives a pris une nouvelle urgence.
"Le financement est l'une des nombreuses contraintes clé", a indiqué de Mul. "Les autres contraintes incluent les problèmes logistiques liés à l'état effroyable de l'infrastructure du pays et l'infestation massive, par des mines, de toute l'étendue du territoire".
"Nous devons reconnaître que le gouvernement doit faire beaucoup plus pour aider à alléger les souffrances de ses propres populations", a-t-il indiqué dans une interview par courrier électronique. "Si nous recevons de l'argent maintenant, nous pouvons aider à amoindrir la crise – dans le cas contraire, la crise continuera pour une période beaucoup plus longue".
De Mul a publié un article dans l'édition de la Revue médicale britannique 'The Lancet' de cette semaine, pour défendre les Nations Unies contre les accusations de Nathan Ford de "Médecins sans frontières" (MSF), qui a écrit un éditorial dans 'The Lancet' du mois dernier intitulé "Réponse lente à la crise alimentaire de l'Angola".
Le 11 juin, MSF a également tenu une conférence de presse dans la capitale angolaise Luanda, accusant le gouvernement et les agences des Nations Unies, notamment le Programme alimentaire mondial et l'Office de coordination des affaires humanitaires (OCHA) que de Mul dirige dans le pays, d'être "terriblement lents à réagir" à la crise.
Les autorités angolaises, selon MSF, ne sont pas impressionnées par "l'étendue catastrophique de la crise et continuent de mener une politique de négligence chronique criminelle vis-à-vis de leurs propres populations", avec la conséquence que "le monde permet sciemment que les Angolais meurent de faim".
En réponse, l'OCHA a dit que "la capacité des organisations humanitaires à satisfaire aux besoins des personnes déplacées à l'intérieur du pays et des populations nouvellement accessibles est limitée" en Angola.
Et de Mul d'indiquer que les travailleurs des agences humanitaires dans ce pays ont fait beaucoup – par exemple, pour faire parvenir aux populations isolées l'aide alimentaire et médicale malgré les voies impraticables, les ponts cassés et les pistes d'atterrissage minées.
Coordonner le travail des diverses agences a également constitué une priorité, souligne-t-il.
"Plus de 80 structures de coordination séparées existent aux niveaux central et provincial", a-t-il dit à IPS. "Il y a des réunions hebdomadaires, aussi bien politiques que techniques, avec toutes les parties prenantes, y compris les homologues gouvernementaux, les agences des Nations Unies et les ONG nationales et internationales, au cours desquelles les priorités sont acceptées, les stratégies fixées et les plans opérationnels partagés".
Mais dans son éditorial, Ford de MSF a dit que "dans les situations critiques politisées comme l'Angola, l'Afghanistan, et la Sierra Leone, la coordination entre différents groupes ayant des programmes différents – les gouvernements, les Nations Unies, les organisations non gouvernementales et les donateurs – peuvent conduire à la subordination des besoins humanitaires pour consolider les préoccupations politiques, économiques et militaires".
"Une séparation claire de ces questions est nécessaire si on veut répondre convenablement aux besoins immédiats des populations en danger".
Pour de Mul, tous les efforts seront fragilisés sans le financement nécessaire.
Les Nations Unies manquent d'environ deux-tiers de l'argent dont elles ont besoin pour les efforts d'aide dans les pays comme l'Angola, le Burundi, la Guinée, la Corée du Nord et le Soudan – un total de près de 3,6 milliards de dollars.
En Angola, indique de Mul, la situation est devenue critique. Si d'importants financements ne sont pas investis dans le pays bientôt, a-t-il déclaré, "les gens vont mourir et les souffrances vont s'accroître. Nous estimons que près de 25 pour cent de la population pourrait entrer doucement en crise au cours de l'année prochaine si l'aide humanitaire est retirée ou ralentie".
Il ne reste plus beaucoup de temps dans le reste de la région, selon l'ONU.
"L'ouverture pour éloigner une crise humanitaire majeure se referme", a indiqué Judith Lewis, directrice du Programme alimentaire mondial (PAM) pour l'Afrique orientale et australe.
"La situation devient de plus en plus grave. De plus en plus de personnes ont besoin d'assistance beaucoup plus rapidement que nous ne l'avions anticipé", a ajouté Lewis mercredi.
Le PAM estime que les promesses des donateurs à six Etats africains équivalaient seulement à 20 pour cent des 507 millions de dollars pour lesquels l'agence a lancé un appel au début de juillet.

