POLITIQUE: Un optimisme prudent concernant les perspectives de paix au Soudan

NAIROBI, 26 juil (IPS) – Un optimisme prudent est de mise par rapport aux perspectives de paix au Soudan après la signature d'un protocole au terme des pourparlers de paix entre le gouvernement et les rebelles de l'Armée de libération populaire du Soudan (SPLA).

Le Protocole de Machakos, qui porte le nom de la ville kényane où s'est déroulée la première série de discussions du 18 au 20 juillet, a été conclu sous l'égide de l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD).

L'IGAD regroupe le Kenya, l'Ouganda, la Somalie, l'Erythrée, l'Ethiopie, Djibouti et le Soudan.

C'est la première fois qu'un accord intervient sur les deux principaux problèmes qui divisent le gouvernement et les rebelles – la religion et l'Etat puis l'autodétermination du sud-Soudan.

"C'est un pas très important. Peut-être en 20 ans, la première fois que nous avons eu un véritable espoir qu'un accord était possible", déclare John Prendergast du Groupe international de crise.

"Je considère que c'est une importante percée. Je ne croyais pas que c'était possible. C'est une grande surprise", convient Dan Ife de l'Aide du peuple norvégien, engagée au Soudan.

Le protocole, signé le 21 juillet, stipule que la constitution du Soudan sera modifiée afin de s'assurer que la Sharia (loi islamique) peut être appliquée dans le nord, mais ne violera pas les droits des non-musulmans dans le sud. Deuxièmement, un référendum offrant l'indépendance au sud-Soudan aura lieu après une période transitoire de six ans.

Toutefois, beaucoup de choses restent à négocier.

"Rappelez-vous, ceci n'est qu'un plan. Ce n'est pas un accord de paix. Les éléments essentiels de l'accord restent à négocier. En attendant que cela arrive, je partage le scepticisme que c'est juste un exercice de relations publiques", souligne Prendergast.

"Ils ne sont pas obligés de faire quelque chose sur la base de ce document à part continuer à négocier. Je ne pense pas que quelqu'un ait donné quoi que ce soit à part dire "okay", nous voulons poursuivre les discussions sur la base de ces points".

"Cela ne veut pas dire qu'ils conviennent que c'est la bonne manière d'avancer. Cela signifie seulement que c'est la manière d'avancer sur ce dont nous allons discuter".

"D'autre part, il semble vraiment y avoir un nouvel enthousiasme de la part des deux parties pour examiner certains des compromis que les médiateurs ont proposés", fait remarquer Prendergast.

Il qualifie certaines des concessions de Khartoum de "bond idéologique", ce qui pourrait bien signifier qu'il y aura un "plus grand empressement à prendre les décisions difficiles" une fois que l'accord de paix intégral sera devant eux.

La SPLA a pris les armes en 1983 contre le gouvernement de Khartoum afin de lutter pour une plus grande autonomie et la liberté du culte dans le sud.

Environ 2 millions de personnes ont été tuées au cours du conflit, surtout par la famine qu'a engendrée la guerre.

La guerre du Soudan est souvent décrite comme une bataille entre un nord musulman et un sud chrétien. Cependant, la question de partage des ressources et du pouvoir est également au centre du conflit.

Le pétrole est devenu un problème clé depuis que Khartoum a commencé à l'exporter en 1999. Le désir de Khartoum de garder cette ressource précieuse a augmenté sa détermination à ne pas laisser le sud se séparer, surtout qu'il y a davantage de réserves inexploitées dans le sud.

Le partage des richesses du pétrole est l'une des questions épineuses qui seront démêlées lors de la prochaine série de discussions au Kenya, qui débuteront le 12 août, en même temps qu'un cessez-le-feu, assurant la sécurité et intégrant les chefs rebelles dans le gouvernement national.

"Ce n'est pas encore terminé. Des deux côtés, il y aura encore une élaboration de leur position future", avertit Prendergast.

Il prédit que Khartoum durcira sa position à ce dernier stade.

"Une fois qu'une réelle mise en œuvre sera engagée, Khartoum adoptera une position totalement différente. Ils seront plus intransigeants dans la négociation d'un accord de paix final que sur des plans théoriques.

"Les nuances et les détails sur la façon dont chaque chose se passera seront là où ils combattront cette chose et non dans des concepts généraux".

Il pourrait bien y avoir un autre point de friction dans la définition du rôle de la commission sur l'autodétermination.

"Je suis intéressé de voir si à la fin, ils accepteront que la commission décide de la tenue d'un référendum ou s'ils le laisseront comme un référendum automatique au terme de la période transitoire", déclare Prendergast.

Il semble que les deux parties étaient désireuses de trouver un compromis en raison de la pression tant de l'intérieur que de l'extérieur, aucune des parties ne voulant être accusée d'intransigeance.

"Je crois qu'il y avait une énorme pression venant de la circonscription électorale du nord (du Soudan) pour parvenir à une sorte d'accord, et des observateurs internationaux, particulièrement les Américains. Si rien ne s'était passé, l'IGAD se serait en principe effondrée", affirme Ife.

"Si vous observez l'économie dans le nord, elle est dans une impasse, elle ne peut pas progresser. Presque toutes les familles dans le nord ont perdu quelqu'un dans la guerre. Elles s'aperçoivent qu'elles ne peuvent pas l'emporter militairement, quoi qu'elles fassent. Elles sont désespérées. Les deux parties en ont assez de la guerre.

"Après le 11 septembre (les attaques contre les Etats-Unis), il y a eu une pression sur le gouvernement du Soudan pour qu'il fasse une réforme. C'est un gouvernement paria. Il veut revenir dans le giron de l'Occident. Ils cherchent désespérément l'approbation", poursuit-il.

Ife croit que Khartoum subira une très forte pression du monde arabe qui voit le protocole comme une capitulation devant les exigences du sud.

"La question est de savoir si (le président Omar al) Bashir peut garder le pouvoir dans le nord. Parce qu'il aura des groupes qui s'opposeront à lui.

La Libye est furieuse. L'Egypte tentera de le faire échouer. Il y a des efforts énormes de l'extérieur pour empêcher le sud de faire sécession.

"Aucun gouvernement au Soudan ne voudrait être tenu pour responsable de la sécession du sud. C'est un stigmate qu'ils porteraient pendant des années.

C'est un problème auquel ils seront confrontés", prédit-il.

Les Soudanais ordinaires sont probablement les plus pessimistes.

"Il y a eu tant d'accords. Le gouvernement ne mettra rien en œuvre. Le gouvernement sabotera ces gens qui tenteront une séparation", affirme Peter Kueth, un réfugié du sud-Soudan à Nairobi, au Kenya.

Il croit que le projet d'intégration des chefs rebelles dans le gouvernement est une ruse.

"Ils veulent que la SPLA s'écroule. Ils veulent connaître leurs positions, leurs politiques, leurs leaders. Ils veulent diviser la SPLA. Ils veulent savoir qui ne supporte pas (le leader de la SPLA, John) Garang", souligne-t-il.

Cette technique de diviser pour régner a très bien réussi à Khartoum par le passé, co-optant des leaders comme Riak Machar — qui, en 1997, a signé un accord similaire qui n'a jamais été honoré par Khartoum – pour diviser le sud.

Ife exhorte les Sudistes à être plus optimistes.

"Il y a beaucoup de cyniques à cause des années et des années de frustration, mais ce cynisme ne devrait pas exister. Il est devenu endémique à cause des accords non honorés au fil des ans. Les Sudistes l'observent minutieusement", conclut-il.