POLITIQUE-ZIMBABWE: Le président avertit les travailleurs des organismeshumanitaires

HARARE, 25 juil (IPS) – Le président Robert Mugabe a prévenu cette semaine les groupes humanitaires de ne pas interférer dans les affaires internes de son pays, comme la crise alimentaire du Zimbabwe devient très politisée.

Prenant la parole à l'ouverture officielle de la troisième session du cinquième Parlement de son pays, qui a été boycottée par les députés de l'opposition, Mugabe a dit que même si l'aide était la bienvenue, son gouvernement suspectait certaines organisations de l'extérieur d'ébranler son gouvernement.

Les Nations Unies disent qu'elles ont besoin de 285 millions de dollars US pour aider le Zimbabwe à survivre à la crise humanitaire et à la plus grave pénurie alimentaire en 50 ans. Plus de six millions de personnes ont besoin d'aide alimentaire au Zimbabwe.

"Même si le Zimbabwe accepte l'assistance – liée à la sécheresse – issue de la communauté internationale, nous demeurons très méfiants par rapport aux pays et organisations qui cherchent à tirer profit de nos moments difficiles pour réduire notre souveraineté ou même contrer ces politiques vitales que nous aurons adoptées en tant que peuple souverain", a indiqué Mugabe au Parlement, mardi.

"Oui, nous avons besoin de l'aide alimentaire en provenance des organisations et des nations de bonne volonté. Mais nous avons assurément horreur des intérêts sinistres, qui cherchent sournoisement à s'avancer sous couvert d'implication humanitaire", a-t-il ajouté.

Seuls les députés de la ZANU-PF au pouvoir étaient présents lors du discours de 40 minutes, qui a été boycotté par les parlementaires du MDC (opposition).

Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) dit qu'il ne reconnaît pas la légitimité du président Mugabe parce qu'il a "truqué" les élections présidentielles zimbabwéennes très disputées. Mugabe, qui a dirigé ce pays d'Afrique australe déchiré par les dissensions depuis qu'il a obtenu son indépendance de la Grande-Bretagne en 1980, a nié avoir truqué les élections.

Les 55 députés sont sortis quelques minutes seulement avant que le président Mugabe n'entre pour s'adresser au Parlement.

C'est la seconde fois que les parlementaires de l'opposition boycottent le discours de Mugabe depuis les élections parlementaires de mars 2000.

Les députés sont revenus dans le Parlement quelques secondes après le départ du président Mugabe et ont continué leurs activités parlementaires.

Devant le Parlement, la police a maintenu une forte présence après qu'un groupe civique, the "National Constitutional Assembly" (l'Assemblée nationale constitutionnelle), a menacé d'organiser des manifestations durant le discours de Mugabe. La manifestation n'a pas pu avoir lieu.

Mugabe n'a pas fait de commentaires sur le boycott de l'opposition. Dans son discours, il a dit que son gouvernement ferait tout ce qui est en son pouvoir pour nourrir les six millions de personnes confrontées à la famine suite à la combinaison de la sécheresse et du programme de réforme agraire.

"Aucun effort ne sera épargné pour veiller à ce que suffisamment de vivres soient obtenus", a déclaré Mugabe. "Nous luttons contre la sécheresse actuelle avec les yeux bien fixés sur l'avenir du secteur agricole, qui est le pivot de notre économie. Nous n'oserons pas mettre compromettre son avenir à travers des décisions mal placées basées sur des actes de désespoir ou d'opportunisme".

La crise alimentaire du Zimbabwe est devenue très politisée avec le gouvernement accusant l'opposition des pénuries au cours desquelles on a vu les produits de base disparaître des rayons des magasins.

Le ministre de l'Agriculture, Joseph Made, a accusé des meuniers de constituer des stocks pour des buts spéculatifs. Sa déclaration fait suite aux allégations de la police selon lesquelles le Mouvement pour le changement démocratique serait en train d'organiser des pénuries pour fomenter des troubles politiques.

Les allégations ont été qualifiées par le MDC "d'absurdes".

Pour sa part, Mugabe a également nié que son gouvernement avait politisé l'aide alimentaire pour obtenir un soutien politique dans les zones rurales.

Il a souligné qu'il ne renoncerait pas à l'indépendance de son pays pour l'appui humanitaire.

"Nous rejetons toute manipulation visant à utiliser l'effort actuel d'atténuation de la famine pour faire admettre subrepticement des politiques inappropriées et infructueuses du FMI qui ont, nous le savons, aggravé notre vulnérabilité aux caprices de la nature et de la manipulation néo-coloniale déguisée en mondialisation", a affirmé Mugabe.

Mugabe, un socialiste déclaré, a dit que son gouvernement continuerait son programme de réforme agraire dans lequel 5.153 fermes, avec un total de 9,8 millions d'hectares, ont été publiées dans le journal officiel comme devant servir à réinstaller des Noirs sans terre.

Sur ces fermes, a indiqué Mugabe, 6,2 millions d'hectares ont été utilisés pour réinstaller 210.520 familles selon le programme accéléré du gouvernement, connu sous le nom de "Al Model". Il a ajouté que 281.520 familles ont obtenu des terres agricoles conformément au projet "Al Model".