SANTE-RD CONGO: Une ONG encouragée par la réussite professionnelle de sesorphelins du SIDA

KINSHASA, 25 juil (IPS) – Beaucoup d'orphelins du SIDA en République démocratique du Congo (RDC) ont fait des études et acquis une formation professionnelle grâce aux efforts de l'organisation non gouvernementale (ONG) Avenir meilleur pour les orphelins (AMO-Congo).

"Les enfants orphelins du SIDA que nous recevons chez nous sont comme estampillés du sceau de la maladie qui a emporté leurs parents. Notre souci, en les encadrant est, d'une part, de leur assurer un environnement affectif dont ils ont été sevrés avec la mort de leurs parents et, de l'autre, de les aider à vivre leur vie d'enfant comme tous les autres enfants de leur âge afin de se prendre en charge à l'âge adulte", déclare Espérance Mukubu, coordinatrice technique de AMO-Congo. Deuxième personnalité de l'ONG après le directeur, elle est parmi la dizaine de volontaires, médecins pour la plupart, assistants sociaux, hommes de bonne volonté, qui, en 1993, ont décidé de créer une structure qui s'occuperait de soulager les maux dont souffrent les survivants du SIDA après la mort des parents, du conjoint ou de la conjointe. En 1993, dans l'ancien Zaïre, la pandémie du SIDA était très peu connue. Les Zaïrois s'en sentaient tellement éloignés du fait que la presse internationale l'imputait essentiellement, à l'époque, aux toxicomanes et aux homosexuels, des pratiques très peu répandues dans les mœurs locales.

Pourtant, la maladie existait bien dans le pays. Les milieux médicaux sont les premières à sonner l'alarme. Mukubu, qui a fait des études de gestion hospitalière et d'économie, est bien placée pour connaître la gravité de la situation. "Au départ, il nous était difficile de trouver les enfants orphelins du SIDA par le fait que tout ce qui touche au sexe est plus ou moins tabou dans la société zaïroise de l'époque.. Et forcément, toute maladie en rapport avec le sexe telles la syphilis, la blennorragie et autres maladies sexuellement transmissibles", explique-t-elle. "Les malades sont gênés de se déclarer et leurs proches préfèrent assumer les conséquences stoïquement, à huis clos. Nous avons dû nous rendre auprès des malades dans les hôpitaux, nous familiariser avec les assistantes sociales afin qu'elles nous montrent là où se trouvent les enfants. Les églises nous ont beaucoup aidés quand elles se sont convaincues du bien-fondé de notre démarche", poursuit Mukubu. Aujourd'hui, l'ONG AMO-Congo, qui tend à devenir Action communautaire contre le SIDA (ACS), est devenue célèbre à Kinshasa, la capitale de la RDC, où elle encadre 1.500 orphelins et à Lubumbashi, la deuxième ville de la RDC, avec 500 orphelins à charge. AMO-Congo est financé pour environ 60.000 dollars US par an, en majeure partie par l'Union européenne, Christian Aid et le Programme alimentaire mondial (PAM). Prochainement, l'ONG compte lancer un nouveau programme à Matadi, la ville portuaire qui reçoit des bateaux de haute mer, avec des marins venant de l'étranger. Matadi, à 4OO kilomètres à l'ouest de Kinshasa et Boma, 150 km plus à l'ouest, sont, plus que toutes les autres villes congolaises, exposées à diverses maladies importées par les marins. Les statistiques du ministère de la Santé attribuent à ces deux villes 7 pour cent de prévalence de SIDA.

A Kinshasa, le siège d'AMO-Congo est pourtant discret, mais ne désemplit pas à longueur de journée : jeunes enfants et adultes de tous les âges et de toutes les conditions physiques. Les jeunes orphelins viennent pour diverses raisons. AMO est devenu leur famille. "Ici, ils peuvent trouver de quoi se nourrir, se vêtir et se soigner", indique la coordinatrice technique de l'ONG. "Nous intervenons sur trois plans. Nous appuyons la prise en charge des enfants par leurs familles d'accueil en les aidant à résoudre leurs problèmes matériels et sociaux. Nous essayons de développer l'autosuffisance économique des familles d'accueil des enfants orphelins en collaborant à la mise sur pied de petits projets générateurs de revenus. Enfin, nous aidons à l'amélioration de l'état de santé des populations cibles affectées par le VIH/SIDA, à savoir, les orphelins ainsi que leur famille d'accueil", explique-t-elle. Pour réaliser ces objectifs, AMO-Congo travaille avec les hôpitaux, les églises et d'autres ONG. Aujourd'hui, la confiance est très bonne entre AMO, les orphelins, les malades et les familles d'accueil. Les gens viennent déclarer leurs problèmes sans plus se gêner. Ils savent qu'ils peuvent recevoir un soulagement, si petit soit-il. Des veuves viennent déclarer le décès de leurs maris des suites du SIDA. Des familles viennent déclarer les orphelins à charge. Et AMO-Congo intervient dans la mesure de ses moyens. "Nous avons des critères dans nos conditions de prise en charge des enfants. La famille d'accueil doit être réellement dans le besoin matériel avec au moins trois enfants à charge. L'âge des enfants doit varier entre zéro et 16 ans. Il faut, en plus, pour les enfants candidats à la prise en charge, que l'un ou les deux parents soit morts de SIDA", souligne Mukubu.

Généralement, une équipe d'assistants sociaux descend sur le terrain, pour mener des enquêtes dans les familles. C'est à partir des résultats des enquêtes et des critères de sélection qu'AMO se prononce sur la recevabilité de la demande de prise en charge. "Depuis 1999, AMO a ouvert un centre médical qui prend totalement en charge les soins médicaux des orphelins, des veuves ainsi que des familles d'accueil. Nous pratiquons également les soins à domicile pour nos nombreux malades qui, hélas, pour la plupart, au stade final, sont grabataires. Nous prenons également en charge les frais funéraires en cas de décès de nos malades", ajoute Mukubu.

L'ONG s'occupe en outre de la scolarité des orphelins jusqu'à la fin de leurs études secondaires. Beaucoup d'entre eux, étant donné le nombre de frères et sœurs à charge, optent pour une formation professionnelle.

Certains sont devenus chauffeurs de taxi, boulangers, couturières ou charcutiers. D'autres encore ont choisi la filière d'agents de bureau et sont devenus secrétaires de direction. A la grande satisfaction d'AMO-Congo.