TRAVAIL-AFRIQUE DU SUD: Des travailleurs en grève exigent des salairesconvenables

JOHANNESBURG, 18 juil (IPS) – Une grève nationale menée par des agents municipaux, actuellement dans sa troisième semaine, est en train de symboliser le grand mécontentement des travailleurs en Afrique du Sud face à l'inflation galopante.

Les travailleurs reviennent à la charge avec des revendications salariales plus élevées que l'inflation, suscitant des craintes de blocage auprès de la banque centrale qui s'est fixé une fourchette d'inflation entre trois et six pour cent.

Des chiffres publiés cette semaine ont fait état d'une inflation de 9,8 pour cent en juin (contre 9,2 pour cent en mai) avec un accroissement entretenu par des coûts élevés de nourriture, de soins de santé et de logement.

Le Syndicat des agents municipaux d'Afrique du Sud (SAMWU) fait grève pour exiger une augmentation moyenne des salaires de neuf pour cent et un salaire minimum de base de 2.100 rands (soit 210 dollars US) par mois.

Malgré une révision à la baisse des 10 pour cent d'augmentation initialement exigés par le syndicat, les patrons des municipalités ne se sont pas gênés pour entreprendre des pourparlers urgents en vue de trouver une solution à la grève nationale la plus longue menée cette année.

A travers le pays, le SAMWU a changé sa position conciliante en durcissant le ton. Les agents ont occupé des mairies dans plusieurs centres, y compris le centre économique de Johannesburg.

Un agent a été abattu dans la ville de Louis Trichaardt lundi, le premier cas de décès d'une grève qui a vu d'autres travailleurs blessés dans les accrochages avec des chargés de la sécurité et des agents de la police.

"Beaucoup de travailleurs ont le sentiment qu'ils sont bloqués dans une exemption d'avant 1994. Ils voient une détérioration de leur situation alors que les gérants des municipalités s'enrichissent aisément et que les conseillers s'octroient des indemnités plus élevées", affirme le secrétaire général du SAMWU, Roger Ronnie.

La grève du SAMWU a été soutenue par les plus grands syndicats du pays comme faisant partie de la Campagne pour un minimum vital du Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) fort de 1,8 million de membres.

Selon l'économiste Neva Seidman-Makgetla du COSATU, la campagne est nécessaire parce que leur analyse a révélé que les augmentations des agents s'amenuisaient progressivement après une période d'augmentations salariales convenables.

"De 1994 à 1999, nous avons remarqué que les augmentations étaient de deux à trois pour cent supérieures à l'inflation. Mais il y a eu une nette diminution au cours des deux dernières années. On dirait que les employeurs ont éprouvé un besoin impérieux de combler les trous créés par les salaires de l'après apartheid en 1994, mais la tension sociale est en train de se généraliser maintenant".

Les syndicats veulent à présent maintenir cette tension et le SAMWU dirige le combat. En tant que syndicat historiquement militant, les membres du SAMWU maintiennent le tempo de la grève depuis plus de 20 jours maintenant.

Le site web du syndicat (www.samwu.org.za) est inondé de récits concernant les marches et autres formes de lutte syndicale à travers le pays. Dans les villes principales, et dans certaines communes, les agents se sont mis à saccager les ordures. Dans une ville, ils ont réquisitionné un camion de vidange et déversé son contenu sur la voie principale. Ceci a valu au syndicat des critiques du public et émoussé la sympathie de la communauté.

Ronnie ne s'est pas confondu en excuses. "Saccager les ordures est une tactique du mouvement démocratique anti-apartheid et nos membres l'utilisent parce que pour eux, rien n'a changé. C'est facile de faire la morale lorsqu'on a le ventre plein en gérant l'eau et l'électricité", rétorque-t-il aux critiques.

Mais l'Association des administrations locales d'Afrique du Sud (SALGA) soutient que le niveau municipal d'un gouvernement local ne peut pas se permettre une plus grande augmentation. Il ne reçoit que huit pour cent du gâteau national et génère plus de 90 pour cent de son propre revenu. Selon l'association, si on dépense trop d'argent pour l'augmentation des travailleurs, il en restera moins dans la marmite pour le développement.

L'administration municipale est responsable des services tels que l'électricité, l'eau et les routes.

Le gouverneur de la Banque centrale, Tito Mboweni, qui se plaignait en juin, estimant que les revendications de salaires élevés des syndicats signifiaient qu'ils n'étaient pas partie prenante au consensus national sur l'inflation, a lancé des appels au patriotisme en direction des agents.

De plus, la semaine dernière, le président Thabo Mbeki a sévèrement critiqué la grève parce qu'elle est tombée au moment du lancement de l'Union africaine dans la ville portuaire de Durban.

"Les agents municipaux en grève à Durban ont décidé d'accueillir le reste de l'Afrique en souillant les rues de Durban à Ces agents ont cherché à mal utiliser et à déformer les chants, les slogans et les méthodes de communication de notre mouvement de libération nationale", se plaint Mbeki.

Les plaintes des deux dirigeants semblent pour le moment avoir seulement rompu davantage les relations entre l'autorité et la classe ouvrière. Avant jeudi, une semaine après le lancement de l'Union africaine, il s'en est suivi un blocage.

Le COSATU et ses syndicats affiliés veulent que la Banque centrale fixe un objectif plus élevé pour l'inflation, et soutiennent également la nécessité d'une enquête sur les prix des vivres afin de comprendre pourquoi les prix des denrées alimentaires locales montent en flèche.