HARARE, 17 juil (IPS) – Le gouvernement zimbabwéen a ordonné lundi à Andrew Meldrum, un journaliste américain travaillant pour le journal britannique "The Guardian", de quitter le pays dans 24 heures.
Meldrum a été informé de la décision de retrait de son statut de résidence permanente quelques minutes après avoir été acquitté pour avoir publié de fausses nouvelles dans ce qui est perçu comme un procès test pour la presse.
Meldrum, 50 ans, vivait au Zimbabwe depuis 1980. Il était le premier des 13 journalistes accusés d'infractions liées aux nouvelles lois sur la presse, que son avocat, Beatrice Mtetwa a qualifié "d'absurdes".
Il a été arrêté pour avoir écrit un article affirmant qu'une femme partisane de l'opposition avait été décapitée par les partisans du parti au pouvoir.
La nouvelle, que Meldrum avait prise dans un quotidien privé local, s'est révélée fausse plus tard être fausse.
Dans un jugement très long, le magistrat Godfrey Macheyo a indiqué que Meldrum avait agi de façon raisonnable pour vérifier son information par recoupements. Malgré son expulsion, Meldrum a dit à ses amis journalistes qu'il était ravi par le verdict.
"C'est une victoire et une justification pour moi. Mais c'est aussi une victoire pour la presse zimbabwéenne. Il y a 13 autres journalistes accusés aux termes de la même loi. Et avec ce verdict, les autres journalistes pourront justifier qu'ils agissaient en tant que journalistes responsables comme je l'ai fait. Et c'est donc formidable", a déclaré Meldrum.
"De même, ce qui a été bien est que ce procès a dénoncé le gouvernement comme en train d'œuvrer pour dénaturer l'Etat de droit et essayer d'écraser une presse libre dans le pays. Et je pense que faire passer ce message est très important".
"Meldrum a ajouté : "Les journalistes dans ce pays (Zimbabwe) essaient de travailler, notamment les journalistes de la presse indépendante. Ils essaient de rendre le gouvernement responsable pas seulement pour une bonne histoire, mais pour le bien de tous les Zimbabwéens, pour le bien des droits de l'Homme, pour un gouvernement qui n'est pas corrompu et n'est pas irresponsable".
Il a souligné que, alors qu'il était ravi par son acquittement, il était "accablé" par son expulsion. "Ceci concorde avec les efforts du gouvernement pour essayer de m'empêcher de rapporter exactement ce qu'un journaliste est supposé faire. J'en suis alors maintenant à ce point, essayant d'arriver à comprendre ce que je vais faire de l'expulsion. Je peux faire appel. Je vais m'entretenir avec mes avocats".
L'avocat de Meldrum, Mtetwa a qualifié les actions du gouvernement de "pur harcèlement".
Lorsqu'on lui a demandé ce que les responsables de l'immigration avançaient comme raison de l'expulsion de Meldrum, Mtetwa a répondu : "Ils suivent sans aucun doute les instructions du ministre de l'Intérieur (John) Nkomo.
Ils disent qu'ils ne savent pas de quoi il s'agit. On leur a simplement demandé de remettre les documents".
Nkomo ne s'est prêté à aucune déclaration.
"Les documents exigeaient que Andrew (Meldrum) quitte le Zimbabwe dans les prochaines 24 heures à moins que le ministre ne lui accorde beaucoup plus de temps", a souligné Mtetwa.
"C'est du harcèlement. C'est tout ce qu'il y a à dire sur ce point. Vous êtes acquittés et vous êtes expulsés. Cela signifie simplement que si vous gagnez au tribunal, ils auront leur vengeance", a ajouté Mtetwa.
La décision de retirer le statut de résidence permanente de Meldrum est arrivée comme un choc, beaucoup plus ainsi après avoir été disculpé de toute infraction à la loi par les tribunaux.
"Cela sert à illustrer ce que ce régime est en réalité. Un régime autoritaire", a déclaré John Makumbe, professeur à l'Université du Zimbabwe.
Meldrum a été accusé conformément à la loi sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée, une disposition draconienne de la législation votée par le parlement cette année.
Il a fait appel de la décision d'expulsion devant la Haute cour, mais celle-ci l'a confirmée en lui accordant simplement un délai supplémentaire de 24 heures. Meldrum devait quitter le Zimbabwe ce mercredi après-midi. Durant les deux dernières années, le gouvernement du président Robert Mugabe a placé en garde à vue plus de 50 journalistes, torturé au moins deux et intenté plus de trois douzaines de procès à des journalistes et à leurs organes de presse, selon le Comité de protection des journalistes.
Le Comité a cité le Zimbabwe, aux côtés de la Cisjordanie, l'Afghanistan et la Birmanie, parmi les 10 endroits les plus mauvais au monde pour la pratique du journalisme cette année.
Selon Lovemore Madhuku, un expert en droit constitutionnel, il n'était pas surprenant que le gouvernement ait dit publiquement qu'il était mal à l'aise pour respecter les décisions de sa cour de justice.
"Alors, à quoi bon aller en justice lorsque le gouvernement aura toujours sa propre manière", a demandé Madhuku.
La décision d'expulser Meldrum est perçue actuellement comme un avertissement à d'autres correspondants étrangers au Zimbabwe que la loi ne peut pas les protéger contre l'arme lourde de l'Etat.
Le gouvernement a catalogué les journalistes indépendants et étrangers comme des "terroristes" décidés à créer le chaos dans le pays.
Trois autres journalistes étrangers – Joseph Winter de la British Corporation (BBC), Mercedes Sayagues de 'Mail and Guardian' d'Afrique du Sud et David Blair de 'The Telegraph' – ont été expulsés du Zimbabwe depuis février 2001. Et la plupart des médias étrangers ne sont pas autorisés à envoyer des représentants dans le pays.

