KINSHASA, 16 juil (IPS) – Les 80 pour cent de la dette extérieure de la République démocratique du Congo (RDC) pourront être annulés l'année prochaine si les autorités congolaises continuent de pratiquer une orthodoxie monétaire telle qu'elles l'ont fait depuis une année.
Ce sont en substance les propos de James Wolfensohn, président de la Banque mondiale, à l'issue de son séjour de trois jours lundi à Kinshasa, capitale de la RDC.
La dette extérieure de la RDC est estimée actuellement à quelque 12 milliards de dollars US.
Au cours de sa visite en RDC, Wolfensohn a eu des entretiens, successivement, avec le président Joseph Kabila, le gouvernement congolais et les opérateurs économiques.
S'exprimant devant des journalistes, il s'est félicité des performances réalisées par le gouvernement congolais dans sa lutte contre l'inflation galopante qui n'a cessé de miner l'économie du pays. En une année, le taux d'inflation en RDC est passé de 500 pour cent à 10 pour cent. Un résultat que le président de la Banque mondiale a salué.
On indique officiellement à Kinshasa que cette visite de Wolfensohn scelle ainsi le "retour en programme entre la Banque mondiale et la République démocratique du Congo après douze années de rupture".
La RDC pourra ainsi recevoir, dès début août prochain, une première tranche de 450 millions de dollars US sur les 900 millions promis, a indiqué le président de la Banque mondiale, un prêt sans intérêt et remboursable en 30 ans.
Cet argent sera consacré aux investissements prioritaires, a ajouté Wolfensohn, notamment à la réhabilitation des infrastructures routières, des institutions de santé, des écoles et d'autres projets communautaires.
Le président de la Banque mondiale a beaucoup insisté sur la lutte contre le SIDA, une pandémie particulièrement ravageuse au Congo. Un problème qui lui tient à cœur car, au moment où il rencontrait le président Kabila, son épouse, Helen Wolfensohn inaugurait, à Kinshasa, un centre pour enfants abandonnés, et qui, entre autres, s'occupe des petits orphelins de parents morts de SIDA.
Très touchée par la situation de ces enfants, Mme Wolfensohn s'est déclarée décidée à promouvoir le devenir des enfants. Selon elle, "Le développement humain, dont on parle dans les grandes conférences internationales, commence par celui des enfants".
Sur près de 2 millions de Congolais vivant avec le virus, les statistiques du Programme national de lutte contre le SIDA enregistrent environ 650.000 orphelins du SIDA.
Avec l'absence de la coopération internationale, la RDC n'avait plus jamais suffisamment lutté contre plusieurs maladies dont le SIDA. Des maladies éradiquées depuis longtemps, comme la tuberculose ou la maladie du sommeil, ont refait surface.
Wolfensohn, qui connaît bien la situation économique de la RDC, a déclaré que l'argent octroyé à ce pays devra d'abord servir à "combattre la pauvreté, à améliorer la santé de la population" dont la disponibilité est requise pour la réhabilitation des infrastructures.
Frédéric Matungulu Mbuyamu, ministre de l'Economie, des Finances et du Budget ainsi que Jean-Claude Masangu, gouverneur de la Banque nationale du Congo, se sentent honorés et encouragés par les engagements de la Banque mondiale. Ils ont été, depuis environ deux ans, les principaux artisans de la politique monétaire en RDC.
Ils ont réussi à apurer le service de la dette évalué à 338 millions de dollars US et à remettre en selle la RDC qui avait perdu tous ses droits de vote et d'éligibilité dans les institutions financières internationales.
A l'inverse, c'est la population congolaise qui subit le contre-coup de cette politique qui se caractérise par une austérité drastique. Les fonctionnaires de l'Etat ne sont pas payés et, quand ils le sont, le salaire est tellement insignifiant qu'ils n'arrivent pas à subvenir aux besoins de leurs familles.
Tous les jours, on assiste à des mouvements de débrayage à Kinshasa.
Christine Sawa, agent à l'Office des postes et des télécommunications, se déclare soulagée par les propos du président de la Banque mondiale, mais elle préfère attendre la réalisation des promesses pour y croire vraiment.
"Les propos du président de la Banque mondiale sont tellement ambigus et difficiles à saisir pour les non initiés. Sous Mobutu, on a entendu d'autres propos aussi lénifiants alors que le pays s'engouffrait dans une dette extérieure de 12 milliards de dollars", indique-t-elle.
Nombreux sont les Congolais qui, comme Sawa, croient difficilement à une fin possible de leur misère. Les employés des postes congolaises sont en grève depuis près d'un mois. Elle déclare ne pas comprendre ce que veut dire "amélioration de la situation économique". Elle a 12 mois de salaires impayés.
Wolfensohn a quitté Kinshasa lundi à destination de Kigali, au Rwanda. Le but de sa tournée, selon le président de la Banque mondiale, est de discuter avec les pays africains sortant des guerres.

