HARARE, 16 juil (IPS) – Au moins deux enseignants meurent chaque jour au Zimbabwe des complications du SIDA, selon un haut responsable syndical.
Le responsable, Raymond Majongwe, qui est le secrétaire général de Zimbabwe Progressive Teachers Association (Association des enseignants progressistes du Zimbabwe), affirme que plus d'un quart des 103.000 enseignants du pays est infecté par le virus.
"Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que le taux d'infection chez les jeunes est en hausse. C'est en grande partie parce que l'enseignant, qui constitue un rouage fondamental dans le système éducatif, ne s'engage pas dans la lutte contre le VIH/SIDA", souligne Majongwe.
Pourtant, les enseignants contribuent au Conseil national du SIDA (NAC) qui contrôle le décaissement de l'argent pour les personnes vivant avec le VIH/SIDA.
"Le secteur éducatif apporte une contribution bien supérieure à 30 millions de dollars zimbabwéens (545.000 dollars US) à la caisse du Conseil national du SIDA, pourtant aucune démarche significative n'a été menée pour impliquer les enseignants et leurs syndicats dans la lutte contre le SIDA", explique-t-il.
Nous exigeons une distribution immédiate des médicaments anti-rétroviraux aux enseignants séropositifs", déclare Majongwa. "Nous exigeons aussi que le NAC finance des campagnes de sensibilisation pour le VIH/SIDA chez les ouvriers et les enseignants en particulier, vu le rôle clé qu'ils jouent dans la diffusion de l'information dans la société".
On sait que les anti-rétroviraux ralentissent le développement du SIDA chez les personnes porteuses du VIH et qu'ils améliorent la qualité de vie des gens vivant avec la maladie.
Le taux élevé d'infection chez les enseignants a entraîné une perte du personnel expérimenté et une baisse dans la qualité de l'éducation, souligne l'Association des enseignants du Zimbabwe (ZIMTA).
La maladie a influencé plus précisément le secteur éducatif de plusieurs manières dont toutes engendrent l'inefficacité du secteur ou un échec complet".
"Premièrement, les éducateurs souffrant du VIH/SIDA ne sont pas assez bien occupés de leurs élèves par suite d'un faible rendement et d'une diminution du temps passé avec les élèves", indique la ZIMTA.
Les enseignants sont expulsés du système pour 90 jours après des absences répétées. Par la suite, beaucoup se traînent jusqu'en classe pour enseigner même lorsqu'ils sont très malades.
Pour contenir la propagation de la maladie chez les enseignants, l'Association des enseignants du Zimbabwe et la Fédération américaine des enseignants (AFT) ont entamé un projet d'éducation sur le SIDA pour améliorer la sensibilisation et la prévention.
L'initiative de ZIMTA/AFT a germé lorsqu'on s'est aperçu que la faible proportion d'enseignants formés par rapport aux élèves, affecte défavorablement la qualité de l'expérience pédagogique et les niveaux de recrutement, selon la coordonnatrice du programme, Roseline Mungota.
"Les enseignants ont été traités de pauvres éducateurs pour les problèmes de VIH/SIDA, comme certains d'entre eux sont devenus de mauvais modèles. Il leur manque les connaissances nécessaires sur la question, mais la majeure partie du matériel sur le VIH/SIDA est destiné aux élèves plutôt qu'aux enseignants", écrit Mungota sur leur site web.
Le Zimbabwe, avec une population d'environ 14 millions d'habitants, a été très durement frappé, un quart des personnes sexuellement actives était considéré comme porteur du virus.
"Nous nous apercevons maintenant que les enseignants ne sont plus les modèles à émuler qu'on espérait. J'ai rencontré une jeune fille originaire de la Namibie qui m'a appris que son professeur l'avait violée. Beaucoup de cas similaires continuent et si vous demandez à beaucoup de jeunes filles qui a abusé d'elles, elles vous répondent que ce sont les professeurs", affirme Aurolla Stally, gérante de médias auprès de SAFAIDS, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Hararé.
ZIMTA/AFT vise à créer un environnement d'éducation aussi bien pour les élèves que pour les éducateurs, dans lequel on peut enseigner et soutenir le choix du mode de vie et un comportement à faible risque. Selon ZIMTA, le problème provient en grande partie d'une formation insuffisante pour le VIH/SIDA. "Premièrement, pendant que certaines écoles normales forment des gens qui veulent être des enseignants dans une région donnée, la demande d'enseignants formés pour discuter du VIH/SIDA avec les élèves, n'est pas encore satisfaite et est croissante".
Deuxièmement, ces programmes de formation ne fournissent pas aux enseignants des informations concrètes pour qu'ils se protègent contre le VIH/SIDA.
Selon ZIMTA, "il y a une forte déperdition due à la maladie chronique ainsi qu'à la mort, aux mutations, changements d'emploi et à la retraite".

