SANTE: Un chercheur espagnol présente un vaccin 'thérapeutique' contre le SIDA

BARCELONE, 15 juil (IPS) – Un vaccin "thérapeutique" expérimental contre le SIDA, produit et testé avec un certain succès en Espagne, a été présenté jeudi à la 14ème Conférence internationale sur le SIDA dans la ville portuaire du nord-est de l'Espagne, Barcelone.

Le chef du service d'immunologie à l'hôpital Gregorio Marañón de Madrid, Eduardo Fernández Cruz, a présenté les résultats positifs obtenus jusqu'ici dans la Phase II des tests cliniques impliquant 243 patients dans 13 hôpitaux en Espagne sur trois années.

Le vaccin Remune développé par Immune Response Corporation (Société de réponse immunitaire) basée aux Etats-Unis serait particulièrement utile dans le monde en développement, puisqu'il serait moins coûteux que les médicaments anti-rétroviraux existants, et serait plus facile à administrer, tout en enrayant la progression du VIH, le virus du SIDA, a indiqué le chercheur aux participants de la conférence qui s'est déroulée de lundi à vendredi.

Fernández Cruz a expliqué que Remune était le premier vaccin "thérapeutique" – en d'autres termes, une option de traitement destinée à renforcer les systèmes immunitaires des personnes déjà infectées par le VIH, en association avec les médicaments anti-rétroviraux.

Remune était l'idée personnelle de l'homme qui a découvert le vaccin contre la polio, Jonas Salk, qui est mort en 1995 à Los Angeles, en Californie.

Fernández Cruz, un immunologiste, travaillait avec l'équipe de recherche de Salk.

Après son retour en Espagne, il a continué à développer le vaccin, le testant dans les hôpitaux dans plusieurs pays. La phase II est prévue pour prendre fin dans un délai de trois mois à un an.

En septembre, l'équipe de recherche dirigée par Fernández Cruz lancera la troisième et dernière phase de l'étude avant que la nouvelle thérapie ne commence à être testée sur un nombre plus important de patients, afin de confirmer les résultats obtenus jusqu'ici.

Le VIH détruit les globules blancs connus comme des aides de cellules-T, affaiblit le système immunitaire et laisse les patients vulnérables aux infections virales ou bactériennes secondaires potentiellement mortelles.

Le vaccin thérapeutique présenté jeudi a déjà reçu une réponse positive de l'agence espagnole de médecine, qui a recommandé son homologation par l'agence européenne de médecine.

Le traitement consiste à inoculer aux patients tous les trois mois, pour une durée maximum de quatre ans, un virus inactif qui stimule le système immunitaire.

"Le système immunitaire est ainsi rebâti, et reçoit la capacité de lutter contre le virus. Par ailleurs, (le vaccin) réduit temporairement la reproduction du virus, en accordant aux patients un répit par rapport aux effets secondaires toxiques du traitement anti-rétroviral, et en empêchant la résistance" aux médicaments, a poursuivi Fernández Cruz.

Il a souligné qu'il n'était pas encore possible de parler d'un "remède" pour le SIDA, et a estimé que personne ne savait s'il serait possible d'éradiquer complètement le VIH, même s'il n'exclut pas cette possibilité par "un traitement plus vigoureux et plus suivi".

Il a toutefois ajouté que les malades du SIDA, traités avec le nouveau vaccin, "n'auront pas les problèmes qu'avaient eu ceux qui sont à des stades plus avancés de la maladie".

Il a également mentionné la possibilité d'éviter définitivement la première attaque du SIDA chez des personnes à la phase initiale de l'infection du VIH.

La prochaine étape dans l'investigation consistera en des essais au cours desquels les malades subiront des interruptions structurées de traitement avec la thérapie de cocktail anti-rétroviral, afin de maîtriser le virus avec le vaccin seul pendant des périodes intermittentes.

Si elle se révèle couronnée de succès, les malades pourraient alterner le traitement avec les médicaments anti-rétroviraux, qui ont d'importants effets secondaires, avec des périodes durant lesquelles ils recevront seulement le vaccin.

Fernández Cruz a expliqué que les malades prenant part aux essais étaient divisés en deux groupes. Le groupe, qui a reçu le vaccin en même temps que la thérapie de cocktail au VIH, a obtenu 70 pour cent de protection contre le VIH, contre 50 pour cent dans le groupe placebo, qui était seulement traité avec le régime anti-rétroviral.

Même si Fernández Cruz n'a pas apporté de précisions sur le coût du vaccin, affirmant seulement qu'il serait beaucoup moins coûteux que les thérapies actuelles, cette question est perçue comme essentielle pour les pays du sud en développement.

Le traitement pour les malades du VIH/SIDA dans le monde industrialisé coûte 14.000 à 34.000 dollars par an par malade, selon le stade de la maladie.

Le coût des médicaments anti-rétroviraux seuls varie entre 11.000 et 24.000 dollars par an, selon une étude effectuée sur quelque 700 malades aux Etats-Unis, a indiqué Michael Saag de l'Université d'Alabama.

Un porte-parole du ministère thaïlandais de la Santé a également annoncé jeudi que son pays pourrait avoir un vaccin préventif dans cinq ans, qui est déjà en train d'être testé sur 16.000 personnes avec des résultats satisfaisants.

Robert Siliciano de l'Ecole de médecine de l'Université Johns Hopkins aux Etats-Unis, a affirmé au début de la conférence que le SIDA est "intrinsèquement incurable" par la thérapie anti-rétrovirale, qui, estime-t-il, pourrait enrayer la progression de la maladie, mais pas la guérir.

Les résultats de la recherche sur les vaccins, combinés avec la production des génériques des médicaments anti-rétroviraux et un engagement renouvelé par le monde industrialisé de fournir les ressources pour combattre la propagation du SIDA, font qu'il est possible de regarder vers l'avenir avec un certain optimisme, a déclaré à IPS le directeur pour le Brésil de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), Jorge Werthein.