POLITIQUE-GUINEE: Le parti au pouvoir remporte une victoire écrasante auxélections législatives

CONAKRY, 10 juil (IPS) – Avec 85 députés sur 114 sièges dans la nouvelle Assemblée nationale, le Parti de l'unité et du progrès (PUP – au pouvoir) a remporté, aux élections législatives du 30 juin en Guinée, une écrasante victoire qui provoque des protestations au sein de l'opposition.

Le taux de participation est de 72 pour cent, selon le ministre de l'Administration territoriale, de la Décentralisation et de la Sécurité, Moussa Solano, qui a proclamé lundi les résultats provisoires des législatives guinéennes.

Avec ses 85 députés, le PUP se taille la part du lion, améliorant son score de 1995 qui était 71 sièges, suivi de l'Union pour le progrès et le renouveau (UPR – opposition) de Siradiou Diallo qui décroche 20 sièges. Ensuite, l'Union pour le progrès de la Guinée (UPG – opposition) de Jean Marie Doré et le Parti démocratique de Guinée-Rassemblement démocratique africain (PDG-RDA – opposition et ancien parti unique de l'ancien président Sékou Touré) arrivent en troisième position avec trois sièges chacun.

L'Alliance nationale patriotique (ANP) et le Parti pour l'Union et la démocratie (PUD), tous les deux proches du pouvoir, ont obtenu respectivement deux sièges et un siège.

Conformément au souhait du président Lansana Conté, exprimé à l'ouverture de la campagne, de remporter tous les sièges au scrutin uninominal, les 38 circonscriptions électorales ont, comme par hasard, tous élus des députés PUP. Tous les 26 sièges obtenus par les partis d'opposition l'ont été au scrutin proportionnel.

Ces résultats n'ont pas empêché Solano d'affirmer que "les partis ont privilégié, dans ces élections, le dialogue et le consensus au détriment des querelles partisanes".

Ce qui n'est pas l'avis de l'opposant Siradiou Diallo, président de l'UPR qui a déclaré à IPS : "Nous sommes très mécontents de ce qui s'est passé.

Le pouvoir a donné les résultats qu'il a voulus sans se soucier de la réalité sur le terrain".

"Nous donner 20 députés est une manière de nous consoler. Nous, nous savons que nous méritons beaucoup plus que ça. Nous avons été à l'intérieur du pays et tout le monde a constaté que le bourrage des urnes a plus fonctionné que par le passé. (…) Mais, nous n'allons pas protester car nous savons que tous les membres de Cour suprême, qui doit entériner ces résultats provisoires, sont au service du pouvoir", a-t-il affirmé.

"Nous croyions que c'était une occasion pour la Guinée de redorer son blason en organisant des élections transparentes, nous voyons, avec ces résultats, que nous nous sommes trompés", a ajouté Diallo qui est l'un des quatre plus grands leaders de l'opposition à avoir participé à ces élections boycottées par les trois autres. Pour Mohamed Diané, secrétaire exécutif du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG) d'Alpha Condé, principal absent du scrutin, "le fait que les autorités aient attendu près de 10 jours avant de se décider à proclamer les résultats, prouve que c'est une farce électorale. Nous avons eu raison de boycotter le scrutin".

Organisées avec deux ans de retard, "dû à des phénomènes contingents", selon les propres termes de Solano, les élections législatives en Guinée ont été boycottées cette année par le RPG et l'Union des forces républicaines (UFR) de l'ancien Premier ministre Sidya Touré, et le président d'honneur de l'UPR, Bâ Mamadou, pourtant allié de Siradiou Diallo.

Jean Marie Doré de l'UPG a aussi dénoncé la fraude électorale. "En Guinée, la fraude a été érigée en système de gouvernement", a-t-il déclaré avant qu'un communiqué de son parti ne vienne évoquer "la manipulation des résultats des votes à Lola, Yomou, Macenta et Nzérékoré par la modification des chiffres sortis des urnes". Candidat malheureux à la présidentielle de 1998, Charles Pascal Tolno, du Parti du peuple de Guinée (PPG), a exprimé ses "regrets d'avoir participé à une élection où tout a été préparé pour assurer la victoire du parti au pouvoir". Le PPG n'a pas obtenu un seul siège.

Bâ Mamadou, qui s'était singularisé par son appel au boycott des législatives malgré son titre de président honoraire de l'UPR – qui participait au scrutin -, a déclaré à IPS : "Nous avons réussi à démontrer au monde entier que ce n'était pas la peine de d'aller au vote. Même ceux qui ont accepté d'aller aux élections comme Siradiou Diallo et Jean Marie Doré se sont plaints de l'attitude des cadres de l'administration. Tout le monde savait que le pouvoir ne peut pas passer de 10 à 80 pour cent sans frauder".

Selon les résultats provisoires, ce sont six partis sur les douze engagés dans les législatives, qui seront représentés au prochain parlement où le PUP dispose désormais de plus des deux tiers des voix nécessaires à tout amendement de la constitution ou au vote des projets de loi du gouvernement.

Ce qui fait dire – dans les colonnes de l'hebdomadaire l'Enquêteur – à l'ancien ministre de la Sécurité, Sékou Koureissy Condé : "Constitutionnellement parlant, nous sommes dans une dictature". Connu lui-même pour ses méthodes musclées de répression, Sékou Condé est actuellement exilé aux Etats-Unis. Les élections législatives se sont déroulées cette année en Guinée sans l'aide de l'Union européenne. Par contre, les Etats-Unis, le Canada, le Japon et la Chine se sont joints aux Nations Unies pour en assurer le financement.