POLITIQUE: Les gouvernements africains lancent la nouvelle union

JOHANNESBURG, 11 juil (IPS) – Il est difficile de ne pas s'enthousiasmer par rapport au lancement de l'Union africaine (UA) pendant trois jours, dans la ville portuaire de Durban, en Afrique du Sud.

Un nouveau timbre a été édité, une chansonnette composée par le trompettiste de renom, Hugh Masekela, sans compter une exposition parallèle du talent africain dans des domaines aussi variés que la mode, le film et la musique.

Avec des drapeaux neufs montés devant le grand Centre international de convention, l'évènement brillait d'espoir et de fierté.

Pendant que la semaine dernière était marquée par les homélies à l'Organisation de l'unité africaine (OUA) âgée de 39 ans, qui cède sa place à l'Union africaine, il n'y a pas eu beaucoup de larmes de crocodile versées pour ce que nombre d'analystes qualifient d'organisation moribonde. Selon eux, l'OUA n'est jamais allée loin sur des voies hardies pour rendre le continent meilleur pour ses populations.

L'Afrique au sud du Sahara reste au bas de l'échelle pour la plupart des indicateurs de développement : la mortalité infantile, l'accès à l'éducation et le revenu par tête d'habitant. L'Union africaine est une tentative d'une nouvelle génération de dirigeants africains pour trouver leurs propres solutions au développement, à travers le Nouveau partenariat pour l'Afrique (NEPAD), la politique économique de l'union.

Il plaide pour un gouvernement démocratique et une politique de gestion économique en échange d'engagements de la part des pays industrialisés d'accroître l'aide; d'ouvrir leurs marchés aux produits venant des marchés africains avec la possibilité d'exporter et d'aider avec une série de projets économiques et d'infrastructures.

Alors que les leaders africains avaient espéré obtenir une série d'engagements concrets après la réunion du G-8 à Kananaskis, au Canada en juin, tout ce qu'ils ont eu était une attitude attentiste. Et les commentateurs n'ont pas aimé tout ce qui avait été étalé à Durban.

Quatre questions ont fait l'objet de critique : le leader libyen Muhammar Khadafi a été introduit dans le comité de pilotage du NEPAD pour s'assurer son soutien. Mais les retombées du NEPAD sont supposées avoir été réservées aux pays démocratiques – un soi-disant "club de NEPAD", où l'adhésion se fait par auto-sélection, mais dépend, fortement, des systèmes démocratiques.

"Cette décision a été la première victoire des forces de la vieille Afrique, contre les forces de la nouvelle Afrique démocratique", a déclaré le commentateur Peter Fabricius dans le journal sud-africain "The Star".

Selon des sources gouvernementales d'Afrique du Sud, il était essentiel de mettre Khadafi dans les structures dirigeantes du NEPAD parce qu'il a récemment publié des déclarations virulentes pour vilipender le partenariat.

Contrairement à l'Union européenne sur laquelle l'UA est modelée, l'adhésion est ouverte à tous et n'est pas soumise à une série obligatoire de politiques.

Secundo, alors qu'il a été interdit à Madagascar de prendre part aux festivités à cause de son instabilité politique, le président zimbabwéen Robert Mugabe a été accepté sans murmure, malgré l'évidence croissante des violations continues des droits dans ce pays d'Afrique australe.

Tercio, la responsabilité pour le mécanisme de revue des pairs a été ravie à la Commission économique pour l'Afrique (une agence des Nations Unies) et retournée dans le giron de l'UA. Et, enfin, l'Union africaine paraît déjà aveugle face au plus pressant problème du continent : le VIH/SIDA.

Hormis les divergences, le lancement s'est effectué cette semaine, avec 53 chefs d'Etat ayant pris part à l'Assemblée inaugurale dont le principal point sur l'agenda semblait être les manœuvres politiques. Toutes les régions cherchaient des récompenses : des positions pour leurs nationaux, l'appartenance aux différentes institutions à mettre en place et une course pour abriter les institutions.

Le président sud-africain Thabo Mbeki sera le président inaugural de l'Union africaine et occupera ce poste pendant une année. L'Assemblée est le principal conseil d'administration de l'Union africaine, tandis que le Conseil exécutif des ministres des Affaires étrangères, qui se réunit deux fois l'an, aura un rôle plus pratique dans l'adoption de politiques en dirigeant le travail de sept commissions techniques.

Tous les yeux sont tournés vers un Conseil de sécurité et de paix, fort de 15 membres, qui sera le maître politique d'une force africaine de maintien de paix. Ce conseil marque une rupture avec le passé puisqu'il autorise l'intervention dans les situations de conflit.

Une commission représentative permanente, qui sera toujours basée au siège de l'UA en Ethiopie sera fonctionnelle, alors que les autres institutions sont encore très loin d'être installées. Parmi elles, figurent un parlement africain pour garantir la représentation populaire, une Cour de justice (conçue sur le modèle de la Cour internationale de justice), une Banque centrale africaine, une Banque africaine d'investissement et un Fonds monétaire africain.

Le secrétariat de l'OUA continuera à gérer les affaires de l'Union africaine puisque la relève administrative prendra au moins une année pour être effective. Pendant les travaux, il y avait des tractations pour déloger le secrétaire général de l'OUA, Amara Essy, mais ce dernier avait des supporters qui voulaient qu'il reste à son poste pendant au moins la période de passation de pouvoir.

L'Union africaine a été officiellement lancée mardi, avec une célébration de quatre heures dans un stade sud-africain, les règles et procédures ont été adoptés mercredi, le dernier jour de l'Assemblée.