DEVELOPPEMENT-AFRIQUE: Le SIDA constitue une sérieuse menace pour lasécurité alimentaire

HARARE, 8 juil (IPS) – Le VIH/SIDA constitue de plus en plus une importante menace pour la sécurité alimentaire et la nutrition, principalement par la diminution de la disponibilité des vivres à cause de la production en baisse, et la perte de la main d'œuvre familiale, selon des groupes de soutien anti-SIDA et des travailleurs humanitaires.

La malnutrition est l'une des principales manifestations cliniques de l'infection du VIH.

Au cours des dernières semaines, Rudo Kwaramba de World Vision, une organisation non gouvernementale chrétienne, a constaté une importante augmentation du nombre d'enfants relativement mal nourris du fait du VIH/SIDA dans certaines parties du sud du Zimbabwe où son organisation distribue actuellement l'aide humanitaire.

"Nous nous sommes rendu compte que les pénuries alimentaires commençaient maintenant par tomber en spirales", affirme Kwaramba.

"Une bonne alimentation est une façon de prolonger la vie de l'être humain, qu'il soit infecté du VIH ou non. Mais s'il n'y a pas d'aliment et que vous êtes infecté, vous devenez plus vulnérable", souligne-t-elle.

Selon Kwaramba, l'insécurité alimentaire augmente davantage aussi bien les risques d'être exposé au VIH/SIDA que la vulnérabilité d'un ménage à son impact croissant au fur et à mesure que la maladie progresse.

"Alors pour le Zimbabwe, c'est particulièrement pire lorsque vous vous rendez compte que nous avons l'un des plus forts taux d'infection et également que nous sommes le pays le plus durement touché par la sécheresse dans la région", poursuit-elle.

Plus de 28,5 millions de personnes vivent avec le VIH/SIDA en Afrique au sud du Sahara, selon le dernier rapport du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).

Six des sept pays – excepté l'Afrique du sud ayant maintenant des taux de prévalence supérieurs à 20 pour cent – le Botswana (38,8 percent), le Lesotho (31 percent), la Namibie (22.5), l'Afrique du sud (20,1), le Swaziland (33,4), la Zambie (21,5) et le Zimbabwe avec 33,7 percent, font face à une sécheresse dévastatrice.

Le Swaziland a le second taux de prévalence de l'infection du VIH/SIDA le plus élevé au monde, après le Botswana.

Selon Elizabeth Lwanga, représentant résident du Programme des Nations Unies pour le développement au Swaziland, environ 34 pour cent des femmes sélectionnées au service de consultation prénatale se sont révélées infectées. "Bien que le taux officiel soit de 25 pour cent, il pourrait être beaucoup plus élevé", affirme-t-elle.

"Ce que nous craignons, à l'heure actuelle, c'est l'ampleur à laquelle la faim va accélérer la situation du SIDA. Beaucoup de gens développeront plus rapidement le SIDA qu'ils ne le devraient parce que, s'ils sont infectés et n'ont pas l'alimentation appropriée, ils deviendront vraiment très infectés", souligne Lwanga.

Selon elle, il est nécessaire d'examiner le lien entre le VIH/SIDA et la sécurité alimentaire.

"C'est un problème dont tout le monde, toutes les agences doivent vraiment se préoccuper; ce qui nécessite un programme alimentaire qui inclut le souci de l'alimentation pour tous les gens et pas seulement pour ceux qui sont infectés par le VIH".

"Je crois que la plupart des personnes infectées par le VIH/SIDA ne savent pas qu'elles sont infectées. Il est alors important de s'assurer qu'il y a une alimentation adéquate pour tous dans le pays", ajoute-t-elle.

Pour une personne souffrant du VIH/SIDA, ne pas avoir la bonne alimentation pourrait être une recette pour accélérer la mort.

La pénurie alimentaire, qui s'étend au Lesotho, au Malawi, au Mozambique, au Swaziland, en Zambie et au Zimbabwe, a accru la vulnérabilité de millions de personnes infectées par le VIH. Au même moment, les effets du VIH/SIDA sur le personnel, la famille et la communauté jettent déjà de l'huile sur le feu de l'insécurité alimentaire.

Alors que des millions de personnes dorment l'estomac vide chaque nuit, la forte infection du VIH/SIDA aggrave davantage la crise alimentaire.

Selon un récent rapport de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le VIH/SIDA a touché durement le secteur agricole de la région, avec des familles frappées luttant pour produire suffisamment de vivres pour survivre.

"La maladie n'est plus seulement un problème de santé, mais commence par avoir un impact mesurable sur la production alimentaire, la sécurité alimentaire du ménage et la capacité des populations rurales à gagner leur vie", indique le rapport.

Selon une citation asiatique très répandue actuellement, "il n'y a personne pour labourer les champs puisque tout le monde est parti enterrer un parent qui est mort du SIDA".

Les ménages dirigés par les femmes sont les plus vulnérables. Les femmes, qui ont leurs propres enfants, auraient en plus à charge la garde des enfants de parents et amis décédés.

Selon une déclaration d'engagement à atteindre d'ici à 2003, faite en juin dernier par la session spéciale de l'Assemblée générale des Nations Unies sur le VIH/SIDA, l'inclusion de l'alimentation en tant que partie centrale de tout programme anti-SIDA, est essentielle.

La session a noté que la fixation actuelle sur l'accès accru aux médicaments anti-rétroviraux, dans les pays à faibles revenus et à revenus intermédiaires, ne devrait pas voiler le fait selon lequel, pour nombre de populations du monde vivant avec le VIH, le besoin d'aliments reste une énorme priorité.

"L'alimentation et le SIDA opèrent en tandem. Les déficits nutritionnels rendent les personnes vivant avec le VIH plus prédisposées à la maladie et aux infections de toutes sortes. Et la malnutrition est l'une des principales manifestations cliniques de l'infection du VIH".

Une étude de l'ONUSIDA en Zambie a révélé que le nombre de victimes du VIH/SIDA dans les ménages peut être très élevé. Dans plusieurs cas, la présence du SIDA signifie que les ménages vont se disloquer. En Zambie, il a été démontré que 65 pour cent des ménages dans lesquels la mère est décédée, s'étaient disloqués.

Mais beaucoup de choses surviennent dans la famille avant que cette dislocation n'intervienne; le VIH/SIDA dépouille la famille des biens et des salariés.

La recherche en Tanzanie a montré que la consommation alimentaire des individus a chuté de 15 pour cent dans les ménages les plus pauvres après la mort d'un adulte.